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Le départ de Siemens relance les spéculations sur le capital d'Areva

31/01/2009 00:00 - JDF

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Siemens se désengage. Le géant industriel allemand va céder sa participation de 34 % dans Areva NP, la filiale d'Areva spécialisée dans la conception et la construction de réacteurs nucléaires. Ce mouvement ravive le débat sur l'évolution du capital du français.
Pourquoi Siemens cède-t-il sa participation dans Areva NP ?
Le groupe allemand juge sa marge de manoeuvre trop limitée au sein d'Areva NP. Depuis plusieurs années, Siemens n'avait pas caché sa volonté de se renforcer au capital de la coentreprise. Mais les pouvoirs publics français n'ont jamais accédé à cette volonté. Nicolas Sarkozy estimait que l'Allemagne devait d'abord relancer son programme nucléaire (dont l'abandon est prévu pour 2020). Lassé, Siemens finit donc par se retirer, malgré une « bonne coopération » entre les deux groupes, qui travaillent ensemble depuis vingt ans. Areva NP était ainsi présenté comme un exemple de partenariat franco-allemand réussi.
Qui rachètera cette part ?
Siemens va exercer son option de vente (put) de sa part dans Areva NP. Selon le pacte d'actionnaires, Areva doit donc racheter les 34 % détenus par l'allemand dans Areva NP d'ici au 30 janvier 2012. La cession sera néanmoins effective dans quelques mois, après valorisation de la participation par des banques. Dans les comptes 2007, elle est enregistrée pour 2,049 milliards d'euros. Ce montant a fait débat l'an dernier, car il est passé de 1,117 milliard à 2,049 milliards entre 2006 et 2007. Le prix final sera âprement négocié, car Siemens espère 2 à 3 milliards.
Siemens renonce-t-il au nucléaire ?
Siemens veut garder une place importante dans le nucléaire. Il continuera à fournir les îlots conventionnels (turbines et alternateurs) pour les centrales nucléaires. Sur le chantier d'Olkiluoto, en Finlande, le groupe travaille en consortium avec Areva NP. Il reste donc sur le projet.
Siemens ne souhaite pas s'arrêter là. Le groupe allemand pourrait donc rechercher un accord avec un autre acteur du nucléaire, comme l'entreprise russe Atomenergoprom, au positionnement similaire à celui d'Areva. Cette alliance paraît difficile et moins porteuse.
De plus, Siemens est bloqué pour l'instant par une clause de non-concurrence. Il ne doit pas exercer d'activité nucléaire pendant huit ans à compter de 2012, soit jusqu'en 2020. Cette clause sera très certainement renégociée.
Quels sont les besoins financiers d'Areva ?
Le groupe nucléaire estime depuis longtemps avoir besoin de 3 milliards d'euros pour son développement. Anne Lauvergeon, présidente du directoire, milite en ce sens auprès de l'Etat, actionnaire majoritaire d'Areva.
Mais le groupe a désormais besoin d'au moins 2 milliards supplémentaires pour racheter la part de Siemens. Il a donc été placé sous surveillance négative par l'agence de notation Standard & Poor's. Sa note à court terme (la plus élevée : A-1) pourrait être dégradée si Areva recourait à l'endettement. Au 30 juin 2008, sa dette financière s'établissait à environ 2,4 milliards, soit 30,1 % des fonds propres.
Quels scénarios pour Areva ?
La sortie de Siemens d'Areva NP relance les spéculations sur l'évolution du capital d'Areva. Les conditions bancaires limitent le recours à l'endettement. L'état du marché élimine aussi l'hypothèse de la Bourse. Restent alors trois solutions. La première serait que l'Etat soutienne Areva. Cela pourrait s'inscrire dans la démarche de relance des infrastructures, par exemple. Mais la marge de manoeuvre de l'Etat est trop limitée : la Caisse des Dépôts et Consignations et le fonds stratégique français ont peu de moyens.
Autre possibilité : l'arrivée d'industriels au capital d'Areva. L'entrée de groupes comme Mitsubishi ou Total est une option. Toutefois, Total est satisfait de sa participation de 1 % et de son partenariat avec Areva aux Emirats arabes unis. D'autres groupes sont plus déterminés. Dans les couloirs de l'Elysée, la cote d'un montage lié à Alstom et Bouygues remonterait nettement actuellement. Pourtant, Bouygues, qui détient 30,07 % d'Alstom, aurait des difficultés à trouver des fonds à cause de la situation financière mondiale, comme l'a dit Martin Bouygues en décembre 2008. Anne Lauvergeon est, de plus, farouchement opposée à ce scénario. Mais ses discussions pour se rapprocher du spécialiste des services pétroliers Technip ont affaibli sa crédibilité.
En difficulté, elle étudierait désormais, selon Le Figaro, la cession de participations. Néanmoins, certaines d'entre elles, comme Eramet ou STMicroelectronics, sont des enjeux politiques importants.
NOTRE CONSEIL
Rester à l'écart du certificat d'investissement Areva (code : CEI, Comp. B). Achat sur Alstom, Bouygues, Total et Siemens (ALO, EN, FP, Comp. A, SRD et SIE, Francfort).

FABIENNE BOULOC