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L'économiste qui rafraîchit

24/01/2009 00:00 - JDF

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Il est l'étoile montante de l'analyse économique. Le voilà désormais présent sur tous les plateaux, sur l'ensemble des ondes et dans tous les titres de presse. A l'heure où la profession est plutôt tombée en disgrâce pour ne pas avoir su anticiper l'ampleur de la crise actuelle, Nicolas Bouzou incarne une sorte de renouveau. D'abord parce qu'il est indépendant. Après des études d'économie internationale à Paris-Dauphine et un passage rue Saint-Guillaume pour un troisième cycle de finance, il fait ses armes quelques années chez Xerfi, spécialiste des études sectorielles, avant de créer sa propre société d'études, Asterès. Le pétulant économiste n'a que 32 ans. Encore un bon point pour le renouveau. Pourtant, lorsque chez Xerfi il s'adressait à un parterre de plusieurs centaines de personnes, on lui en aurait donné dix de plus. C'est dire l'aplomb et la détermination qu'il dégageait déjà. Une belle assurance qu'il ne renie pas, au contraire. « J'ai des qualités mais la modestie n'est pas la première d'entre elles », plaisante-t-il. Il sait aussi que la clarté avec laquelle il s'exprime sur les sujets économiques est primordiale. « Il rend digeste une actualité pas toujours facile à appréhender », estime Vincent Perrault, chroniqueur économique sur LCI, devenu son ami. Aujourd'hui, plus que jamais, l'économie n'est plus réservée à une élite et doit être à la portée de tous. Fini, l'obscur jargon des précédentes décennies. La visibilité médiatique que lui valent sa clarté, son enthousiasme et un fort capital sympathie constitue rapidement un véritable tremplin pour le lancement de sa société. Avec la crise, l'heure est à la pédagogie Parti de Xerfi avec un client, Nicolas Bouzou compte désormais une grosse poignée de sociétés du CAC 40 dans son portefeuille. Une étude sur le marché immobilier slovaque, l'impact des réformes de Nicolas Sarkozy sur la demande de matériel de travaux publics, des prévisions à moyen terme sur le marché de l'électroménager en Inde, mais aussi l'animation d'un séminaire sur l'impact de la crise sur la consommation, le tout assorti de recommandations diverses et variées : voilà qui laisse peu de répit au monsieur à lunettes. « Pour tenir, je mange cinq fruits et légumes par jour, du poisson, je dors au moins sept heures par nuit et je vais régulièrement à la piscine », s'amuse- t-il. Mais parfois, cela ne suffit pas. « En décembre, en déplacement en province, je me suis réveillé plusieurs fois sans savoir où j'étais, et pourquoi j'étais là », confie-t-il. C'est le signe infaillible du surmenage. Alors, pour se décharger de trop de travail, il utilise un outil imparable : l'augmentation de ses tarifs. Mais il a de la marge : ses concurrents, qui peuvent à certains égards s'apparenter à des sociétés de conseil en stratégie de type McKinsey et Bain, pratiquent des tarifs incomparablement plus élevés. D'ailleurs, la crise pourrait même bien lui faire gagner quelques parts de marché. A terme, l'éventualité d'embauches ne lui déplaît pas. Mais pas plus de six ou huit personnes au total, pour garder un dynamisme essentiel à l'activité. Malgré ce brillant parcours, le chef d'entreprise a su garder la tête froide. « Ma société a dépassé le seuil critique des trois ans d'existence, mais j'attends de voir ce que l'avenir nous réserve» BCE, paquet fiscal : ses opinions détonnent Plus que tout, l'économiste est apprécié pour son anticonformisme. Lorsque le gouvernement, les banques et la plupart de ses confrères fustigeaient la Banque centrale européenne pour son manque de souplesse, lui trouvait très appropriée la ligne de conduite adoptée par Jean-Claude Trichet. Voilà encore un avantage de l'indépendance qu'il revendique, puisque ni les banquiers ni le gouvernement ne s'accommodent facilement de taux élevés. Même chose pour le paquet fiscal, tant décrié. Pour lui, la défiscalisation des heures supplémentaires est une idée lumineuse, puisqu'elle permet d'augmenter à la fois l'offre et la demande. Quant à l'affectation de l'impôt des redevables à l'ISF aux PME innovantes, rien de plus judicieux pour drainer les capitaux vers des vecteurs de croissance. S'il peut parfois être pris en défaut sur certains sujets, Nicolas Bouzou a souvent le nez creux sur ce qu'il connaît bien. Son modernisme touche aussi à sa vie personnelle, puisqu'il s'enorgueillit d'être l'un des pères les plus présents à la sortie de l'école, même s'il admet qu'il n'est pas facile de dresser une cloison entre vie privée et vie professionnelle.
CAROLINE MIGNON