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Pourquoi Air France-KLM réalise une bonne opération avec Alitalia

17/01/2009 00:00 - JDF

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On n'y croyait plus tellement tant ce dossier a donné du fil à retordre à Air France-KLM ! Mais après deux ans de négociations à rebondissements dignes d'une pièce de théâtre de la commedia dell'arte, le franco-néerlandais va prendre 25 % du capital de la compagnie italienne Alitalia. Retour sur les coulisses et sur les conséquences d'un partenariat très attendu. Comment est-on parvenu à un accord ? L'idée d'un rapprochement entre les deux compagnies ne date pas hier. Dès sa prise de fonctions en 1999, Jean-Cyril Spinetta, président d'Air France, est contacté par les dirigeants d'Alitalia de l'époque afin de travailler ensemble. Un partenariat commercial voit le jour en 2001 et les deux transporteurs échangent symboliquement 2 % de leur capital alors qu'Alitalia rejoint l'alliance SkyTeam, créée un an plus tôt par le français. Fin 2006, l'Etat italien (qui détient 49,9 % du capital) engage la privatisation d'Alitalia, laquelle sera stoppée une première fois, en juillet 2007, faute de repreneurs, découragés par le cahier des charges imposé par Rome. Le processus est relancé fin 2007 via une négociation exclusive avec Air France-KLM qui échouera en avril 2008 devant le refus des syndicats italiens d'accepter le plan de restructuration préconisé. Enfin, lorsque, sollicité par la banque Intesa-SanPaolo, Air France-KLM étudie à nouveau le dossier, Alitalia a déposé le bilan, et ses actifs sains ont été repris par un pool d'investisseurs italiens. Avec eux, Jean-Cyril Spinetta va parvenir à un accord. En proposant 323 millions d'euros pour 25 % du capital, au lieu des 250 millions évoqués en début de négociations, Air France-KLM paie un prix considéré comme élevé, mais a su dissuader Lufthansa, un temps intéressé. Enfin, le chef du gouvernement italien, Silvio Berlusconi, hostile, au départ, à Air France-KLM, a fini par se raviser. Qu'est-ce que cela va changer pour Air France-KLM et Alitalia ? En renforçant son partenariat avec Alitalia, Air France-KLM fait d'une pierre deux coups. Tout d'abord, le groupe consolide ses positions dans le ciel italien. Avec 106 millions de passagers par an, l'Italie est le cinquième marché aérien en Europe. Les marges y sont élevées grâce à la clientèle d'affaires à destination, principalement, du nord de la Péninsule. Ensuite, il maintient son avance en Europe par rapport à Lufthansa, voire affaiblit l'allemand en Italie, où sa présence repose partiellement sur un accord commercial avec Air One. « Il s'agit d'une opération défensive, souligne Yann Derocles, analyste chez Oddo Securities. Air France-KLM ne pouvait pas se permettre de voir Alitalia tomber aux mains de Lufthansa. » Du côté italien, s'adosser à un partenaire d'envergure mondiale était plus que nécessaire dans la mesure où le plan de sauvetage a entraîné la fermeture de très nombreuses lignes long-courriers déficitaires. Les synergies évoquées sont-elles crédibles ? Sur le papier, les deux compagnies se félicitent de l'existence, dès la deuxième année, de synergies supplémentaires : 90 millions d'euros en année pleine pour Air France-KLM et 320 millions pour Alitalia (cf. illustration ci-dessous). Au total, ce sont 720 millions d'euros de synergies qu'Alitalia espère dégager en trois ans, et qui viendront s'ajouter à celles déjà exploitées dans le cadre de l'alliance SkyTeam (89 millions). Toutefois, ces synergies seront difficiles à mettre en oeuvre si la conjoncture économique ne s'améliore pas. En 2009, le trafic aérien devrait reculer d'environ 3 % et le chantier prioritaire qu'est l'intégration d'Air One dans Alitalia nécessitera plusieurs mois. L'opération est-elle conforme aux ambitions initiales d'Air France-KLM ? A l'origine des discussions, Air France-KLM espérait mieux qu'un strapontin au capital d'Alitalia. Avec 3 administrateurs sur 19 au conseil d'Alitalia et 2 membres sur 9 au comité exécutif, le français, bien que premier actionnaire, ne sera pas majoritaire. Le contrôle et la gestion d'Alitalia restent entre les mains italiennes. Le bon côté des choses, c'est que l'accord est beaucoup moins risqué qu'en mars 2008, où Air France-KLM envisageait de débourser 1,5 milliard d'euros, auquel devaient s'ajouter au moins 3 milliards afin de moderniser la flotte, tailler dans les effectifs, réorganiser le réseau, etc. Or, depuis le printemps dernier, ce travail de refondation a été fait et c'est une nouvelle Alitalia (censée renouer avec les profits fin 2010) qui est prête à redécoller. Dans l'immédiat, les pertes seront consolidées à hauteur de 25 % dans les comptes d'Air France-KLM, mais elles seront supportables. Enfin, en évoquant l'hypothèse de l'introduction en Bourse d'Alitalia d'ici trois ans, Air France-KLM parie sur la valorisation de sa participation en cas de redressement réussi. Alitalia est-elle pour autant tirée d'affaires ? Déficitaire depuis une dizaine d'années, Alitalia a perdu jusqu'à 3 millions d'euros par jour. Reprise cet été par la CAI (Compagnie Aera Italiana) - un consortium regroupant 24 investisseurs italiens -, la compagnie a été scindée en deux entités. Seuls restent les actifs sains et débarrassés de la quasi-totalité des dettes. Grâce à la fusion en cours avec Air One, Alitalia récupère une flotte d'avions plus moderne : un point clé pour regagner en compétitivité. Mais, à cause de la baisse du trafic, l'italien ne pourra pas compter sur l'effet volume pour redresser ses résultats à court terme. Reste aussi à régler le problème d'une structure de coûts trop lourde du fait de deux grands aéroports de correspondance (hubs) à l'intérieur du même marché national : Milan-Malpensa et Rome-Fumicino. Enfin, les problèmes politiques et sociaux n'ont pas complètement disparu. Air France-KLM va-t-il prendre le contrôle d'Alitalia ? Tout est possible, mais pas dans l'immédiat. L'accord signé stipule qu'Air France-KLM n'aura la possibilité de monter au capital que dans quatre ans, c'est-à-dire à la fin de la période de lock up courant jusqu'au 12 janvier 2013. Reste que la fusion est sans doute le but ultime poursuivi par Air France-KLM.
NOTRE CONSEILRester à l'écart. Bien que stratégique et financièrement intéressante, la participation prise dans Alitalia n'enlève rien aux difficultés actuelles qui plombent le cours d'Air France-KLM.
L'impact de la crise sur les résultats inquiète les investisseurs (code : AF, Comp. A, SRD).
JÉRÔME MARMET