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Les fonds souverains ne resteront pas inactifs

17/01/2009 00:00 - JDF

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« Shanghai, Mumbai, Dubai or goodbye ». Il n'y pas si longtemps encore, cette formule faisait le tour des salles de marché dans le monde. De l'été 2007 au printemps 2008, les fonds souverains de Singapour, du Koweit ou encore d'Abu Dhabi signaient des chèques de plusieurs milliards de dollars pour entrer au capital d'un Barclays, d'un Citigroup ou d'un UBS. Les dirigeants politiques, quant à eux, criaient au loup, dénonçant des prises de contrôle rampantes. Le président français a même décidé de créer un fonds d'Etat pour protéger le capital des champions nationaux des « prédateurs ».



Depuis quelques mois, les « prédateurs » ne rôdent plus, du moins pas de façon ostentatoire. Pourtant, « le secteur financier a plus que jamais besoin de capitaux frais. L'approche passive des fonds souverains est cependant moins d'actualité », juge Nicolas Véron, économiste à l'institut Bruegel à Bruxelles. « Cette année, nous devrions voir plutôt des interventions, le cas échéant de taille importante, de sociétés de capital-investissement, comme lors du rachat de la banque allemande IKB par le fonds Lone Star. Ces fonds disposent de connaissances managériales et ont des capitaux à investir », prévoit-il.
Des capitaux, les fonds souverains, qui cherchent à faire fructifier des excédents budgétaires et commerciaux, en disposent toujours. De début janvier à fin octobre 2008, ces investisseurs de long terme auraient toutefois perdu un quart de leurs actifs, estimés à 2.300 milliards de dollars, selon Morgan Stanley. Au cours des trois derniers mois de l'année, leurs actifs - dont la banque américaine suppose qu'ils sont investis en moyenne à 25 % en obligations, à 45 % en actions et à 30 % en produits alternatifs - auraient encore fondu. Même s'il est impossible de chiffrer les pertes de ces investisseurs, qui sont très discrets sur leurs portefeuilles, il est certain qu'ils ont perdu de leur superbe. Le fonds norvégien (voir encadré), qui est le seul à publier ses résultats, a ainsi perdu 7,7 % au cours du troisième trimestre, la pire performance depuis sa création, il y a dix-huit ans.
Des fonds plus expérimentés
La situation est cependant assez différente d'un fonds souverain à l'autre. « Il faut distinguer les fonds anciens - notamment les deux fonds de Singapour, celui d'Abu Dhabi et celui du Koweït - des tout nouveaux, comme celui de la Chine, fondé en septembre 2007 », précise Nicolas Véron.
Les premiers n'auraient pas davantage souffert que d'autres investisseurs à long terme, ayant une expérience de plusieurs années voire décennies, et ayant donc déjà traversé des crises. Ainsi, le plus gros fonds au monde, Abu Dhabi Investment Authority (Adia), avec des actifs estimés à 875 milliards de dollars (328 milliards selon le Council on Foreign Relations), a « déjà connu des périodes avec des prix du baril au-dessous de 20 dollars », rappelle Riadh El Hafdhi, spécialiste de la zone Moyen-Orient au Crédit Agricole.
Pour preuve de leur expérience, certains fonds avaient accompagné leurs dernières injections de capitaux dans des sociétés occidentales de conditions sophistiquées. Ils avaient négocié, par exemple, une protection à la baisse pour se couvrir contre une chute des cours. Ainsi, les niveaux actuels des titres de Citigroup, de Morgan Stanley ou d'UBS ne réflètent pas forcément les pertes totales des fonds concernés.
Pour d'autres, cette crise est une première. « Le ciel leur est tombé sur la tête, entamant leur crédibilité, en interne et en externe, à un moment important, juste après leur lancement. Cela peut expliquer les termes inhabituels du dirigeant du fonds chinois qui avouait en décembre 2008 qu'il n'avait »»plus le courage'' d'investir dans le secteur financier en Occident ! », s'étonne Nicolas Véron.
Les prises de participation de la CIC (China Investment Corporation) dans le fonds d'investissement américain Blackstone et dans Morgan Stanley n'ont pas été à la hauteur de ses espérances.
Les investissements malheureux ne sont pas la seule raison de l'appétit plus réduit des fonds souverains. La décrue des prix du pétrole et la baisse de la production, qui alimente dans beaucoup de pays les fonds d'Etat, limitent leur croissance. « Avec un baril à 140 dollars, la valeur des exportations est de 2,5 milliards de dollars par jour », estime Morgan Stanley.Par conséquent, « elle est de seulement 1,3 milliard avec un baril à 70 dollars ». De même, la baisse des prix des autres matières premières et des échanges commerciaux fait que la croissance des fonds marque le pas.
Pas de changement de stratégie
Par ailleurs, les fonds souverains ont été sollicités par leurs gouvernements respectifs pour soutenir davantage l'économie locale. La chose en soi n'est pas nouvelle pour les fonds du Golfe ou d'Asie, à la différence de la Norvège ou de la Russie. Or, en octobre 2008, le fonds russe a utilisé les roubles mis de côté pour acheter des actions de plusieurs sociétes nationales. Quant aux Norvégiens, ils utiliseront cette année une partie de leurs ressources pour financer un plan de relance, certes modeste.
« Les fonds souverains ne remettent pas pour autant en cause leur stratégie. Les opérations à l'étranger reprendront, car, même aujourd'hui, ils regardent des dossiers en Occident, dans les secteurs de la finance et des matières premières. Dès qu'il y aura un peu plus de visibilité ils feront des affaires », prévoitRiadh El Hafdhi.
« Dans les pays du Golfe, on estime que les prix du pétrole grimperont de nouveau à partir de 2010. C'est seulement au bout de quatre ou cinq ans de prix bas que les stratégies de long terme de leurs fonds souverains pourraient être remises en cause » , ajoute-t-il.
Dans un avenir proche, certains observateurs estiment toutefois que des fonds souverains pourraient chercher à liquider leurs actifs accumulés à l'étranger, déprimant un peu plus les marchés financiers. « Ce serait vraiment la dernière des solutions, car cela signifierait qu'ils vendraient au plus bas. Il ne faut pas oublier que certains fonds ont préféré garder une partie de leurs actifs en cash, ou équivalent, qui serait mobilisé en premier lieu », relativise Riadh El Hafdhi.
Le contexte actuel n'a aucunement découragé le Brésil à lancer, le 27 décembre 2008, son propre fonds, doté d'un premier montant de 4,3 milliards d'euros, pour assurer des rendements aux générations futures. Avec un horizon d'investissement qui se mesure en décennies, et non pas en années, les fonds souverains ont tous du temps pour se remettre de leurs pertes récentes.
DOSSIER RÉALISÉ PAR ANNELOT HUIJGEN