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Apple : les marchés s’inquiètent-ils trop ?

15/01/2009 11:26 - JDF

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Les écrans Bloomberg fixés sur l'action Apple se sont une fois de plus affolés hier en transaction hors-séance. Peu après la clôture des marchés, le titre perdait près de 10%, sur des informations éveillant de nouveau les pires craintes au sujet de la santé de Steve Jobs, son leader charismatique. Ce dernier avait, en cours de journée, envoyé un mail aux employés du groupe indiquant qu'il quittait provisoirement la société : «au cours de la dernière semaine j'ai appris que mes problèmes de santé étaient plus complexes que je le pensais». « Afin de ne plus me placer sous les feux de la rampe et me concentrer sur ma santé, et en vue de permettre à chacun chez Apple de se concentrer sur la conception de produits extraordinaires, j'ai décidé de prendre un congé médical jusqu'à la fin juin», a indiqué Steve Jobs. Officiellement donc, le patron du groupe ne laisse les clefs de l'entreprise à Tim Cook que pour six mois. Officieusement, c'est l'inconnu.


Car entre les lignes, la phrase de Steve Jobs apparaît pour certains comme un aveu à peine voilé du retour de son cancer du pancréas apparu en 2003, pour lequel il avait été opéré avec succès en 2004. Il y a quelques jours, avant le Macworld, la grand-messe des technologies Apple qui se déroulait à San Francisco, Jobs avait cherché à rassurer les marchés inquiets de sa récente maigreur , en affirmant que ce problème de poids résultait en grande partie d'un déséquilibre hormonal, et que de simples ajustements nutritionnels suffiraient à le résoudre. D'autres connaisseurs du dossier affirment que le problème de santé auquel est confronté Jobs pourrait ne pas être une rechute de son cancer du pancréas. C'est le cas de Brad Stone, qui, dans un article du New York Times, indique le problème serait, selon deux personnes familières à Steve Jobs, bien hormonal et que certains médecins lui auraient conseillé de lever le pied pour faire diminuer son stress, qui ferait empirer le problème.


L'incertitude, bête noire des investisseurs



Alors, trop inquiets les marchés ? Certes, il y a fort à parier que l'empire Apple, solidement installé sur ses trois piliers que sont l'informatique, la musique et les smartphones, ne va pas péricliter du jour au lendemain. Mais l'absence de Jobs, si elle n'est pas problématique à court terme, pourrait, de l'avis de nombreux spécialistes, être plus problématique si elle s'avérait durable, voire définitive. L'avis de Van Baker , analyste de Gartner interviewé dans PC World est assez intéressant à ce sujet : « Je pense qu'il ne s'occupait plus des opérations au jour le jour depuis déjà un certain temps. Mais, s'il ne revenait pas en juin, alors il y aurait certainement un impact. » Un avis qui n'est néanmoins pas partagé par le journaliste du Wall Street Journal, Justin Scheck, qui pense lui que « sur le long terme, le pipeline de produits Apple peut fonctionner sans Steve Jobs à sa tête ».


A examiner la place du manager dans une entreprise, Apple est sans conteste un cas singulier. Car il faut le rappeler : jamais come-back n'a été aussi lucratif dans l'histoire de la Silicon Valley, en l'occurrence, que celui qu'a effectué Steve Jobs en 1997. L'action valait à peine 4$ à son retour, elle cote désormais 85$ , et avait même touché les 200$ en décembre 2007. Normal donc que le marché accorde tant d'importance à la question de la santé de Jobs. Car l'interrogation n'est pas tant sur les process de production. De ce côté-là, rien de nouveau, on le sait, Apple est une organisation bien rodée : Tim Cook s'occupe de l'opérationnel et de la logistique, Phil Schiller du marketing, et Jonathan Ive du design. Mais le modèle Apple, basé sur la remise en cause perpétuelle de son cœur de métier, pourra-t-il survivre sans son fondateur ? C'est en tout cas la question que tout le monde se pose dans les milieux financiers. C'est bien cette incertitude que les marchés abhorrent.


Sylvain dÂ’Huissel