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Les investisseurs piégés par Madoff victimes d'une information insuffisante

03/01/2009 00:00 - JDF

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Une fois de plus, la communication de crise est un maillon faible de la gestion pour compte de tiers. Le silence réel ou apparent de la plupart des gestionnaires sur les retombées de la fraude de Madoff inquiète les épargnants.
Comment savoir si mon fonds est touché par l'affaire Madoff ?
Il est regrettable que l'AMF n'ait pas pris la décision de publier sur son site la liste des fonds pénalisés par l'affaire Madoff. D'autant que la plupart des gestionnaires ne peuvent pas informer directement les investisseurs, les souscriptions et rachats étant le plus souvent effectués par des intermédiaires (banques, compagnies d'assurances, CGPI et courtiers électroniques). Il faut donc interroger en premier lieu votre intermédiaire financier pour savoir si les fonds que vous détenez sont pénalisés par l'affaire Madoff.
Vous pouvez aussi consulter le site Internet des gestionnaires dont vous détenez des fonds. OFI-AM se montre ainsi exemplaire en publiant en première page de son site un communiqué court et précis.
Quelles catégories de fonds sont concernées par l'escroquerie ?
La catégorie des fonds Aria (à règles d'investissement allégées) de fonds alternatifs sera, selon toute vraisemblance, la plus touchée par l'affaire Madoff, tant en nombre qu'en montant.
L'objectif de leurs gérants consiste généralement à obtenir une performance supérieure à celle du marché monétaire en sélectionnant des fonds qui mettent en oeuvre des stratégies de gestion alternative. La diversification des stratégies doit en principe réduire la volatilité de la performance, comme l'illustre le graphique ci-dessus. En outre, cette diversification permet de limiter l'impact de la contre-performance, voire la perte totale d'un fonds sous-jacent.
L'accès à cette catégorie de fonds nécessite d'investir un minimum de 10.000 euros lors de la première souscription. Des fonds ouverts au grand public pourraient cependant détenir des parts d'un fonds géré ou conseillé par Madoff. En tout état de cause, cette exposition ne pourrait excéder 10 %.
Comment savoir si un fonds profilé comporte des fonds alternatifs ?
Certains fonds de la catégorie AMF « diversifiés » peuvent détenir des parts de fonds alternatifs. Tel est le cas, notamment, des produits profilés (prudent, équilibré, dynamique), car il s'agit le plus souvent de fonds de fonds. Cette opportunité est précisée dans le prospectus simplifié du fonds et son emprise ne peut excéder 10 %, comme rappelé ci-dessus.
Les documents d'information mis spontanément à disposition des souscripteurs sont très succincts. Les rapports de gestion mensuels comportent les cinq ou dix investissements les plus importants. Rares sont les gestionnaires qui communiquent, même sur demande écrite, le détail du portefeuille de leurs fonds.
Les gérants de fonds de fonds alternatifs ont-ils bien fait leur travail ? Quelle est leur responsabilité ?
Les gestionnaires impliqués dans l'affaire Madoff ont une obligation de moyens et non de résultat. Il sera donc difficile pour les investisseurs lésés de mettre en cause la responsabilité des sociétés de gestion qui ont sélectionné des fonds gérés ou conseillés par Madoff.
Pour autant, il est surprenant que certains spécialistes de la gestion de fonds de fonds alternatifs, comme l'Union Bancaire Privée (UBP), ne se soient pas tenus à l'écart du financier new-yorkais, alors que l'examen approfondi soulignait que « la gestion, le négoce et d'administration des dépôts n'étaient pas séparés ». En outre, loin d'embaucher une importante société d'audit, Madoff utilisait les services d'un cabinet comptable de trois personnes.
Les fonds luxembourgeois sont-ils plus risqués que les fonds français ?
De toute évidence, le cadre réglementaire français sur la gestion alternative directe ou indirecte s'avère plus protecteur que dans le reste de l'Union européenne. Une note de synthèse de l'Autorité des marchés financiers (AMF) datée du 4 décembre rappelait que « l'AMF insiste sur le fait que la volonté d'investir dans un hedge fund sous-jacent très demandé ne doit pas l'emporter sur le respect du strict processus de due diligence. D'ailleurs, la performance d'un fonds sous-jacent est une information d'autant plus fiable que celle-ci est auditée, traçable dans le temps et s'accompagne d'un contrôle adéquat des risques, ce que doit vérifier, entre autres, une due diligence complète sur le fonds sous-jacent ».
Mon conseiller a-t-il une part de responsabilité si je perds de l'argent dans cette fraude ?
La mise en oeuvre de la directive européenne sur les marchés d'instruments financiers (MIF) renforce le formalisme des relations entre intermédiaires et investisseurs. Le client non professionnel bénéficie à ce titre d'une protection renforcée. C'est donc de la nature du contrat et de ses avenants que dépend la responsabilité de votre conseiller.
Est-il possible de récupérer les pertes subies dans cette affaire ?
Il existe peu d'espoir de récupérer les pertes subies dans l'affaire Madoff. Les avoirs de l'escroc new-yorkais seront liquidés, mais ils seront loin de couvrir la fraude de 50 milliards de dollars.
Et les autorités américaines ne pourront pas contrôler l'exactitude du bilan patrimonial dressé par Bernard Madoff. Il n'est pas exclu que ce dernier détienne des avoirs dans un ou plusieurs paradis fiscaux, qu'il sera bien difficile d'appréhender, voire de détecter.
En revanche, certains gestionnaires, tel VP Finance Gestion, n'ont pas perdu tout espoir. Ce dernier est intervenu auprès d'UBS, le dépositaire de deux des fonds souscrits par le FCP VP Alternatif, afin de faire jouer sa responsabilité. En outre, l'AMF a demandé aux gestionnaires de veiller à une information claire, exacte et non trompeuse en cas de « décision commerciale de la société de gestion ou de son groupe d'appartenance de prise en charge de tout ou partie de la perte potentielle liée à l'affaire Madoff ».
JOËL ANTOINE