«Une récession des plus longues et des plus profondes depuis l’après-guerre»
La situation actuelle est délicate
«Depuis l'été dernier, le monde a changé. Le ralentissement économique s'est accentué. La récession a en effet débuté à ce moment en Europe, alors qu'elle sévissait depuis décembre 2007 aux Etats-Unis. Le prix des matières premières s'est brutalement replié, notamment les cours du pétrole, qui ont chuté de 150 dollars le baril à environ 40 dollars. Dans le même temps, le dollar et le yen se sont redressé. Le spectre du risque systémique a de nouveau plané après la faillite de Lehman Brothers, mais il a été rapidement écarté grâce à l'adoption de mesures par les autorités publiques. Aux Etats-Unis, les différentes mesures de sauvetage qui ont été prises représentent environ la moitié du PIB américain, soit l'équivalent de ce qui a été déboursé lors du New Deal. Elles ont été mises en place au bout de 18 mois, alors que le plan établi par Roosevelt en 1933 est intervenu quatre ans après le début de la crise.
La menace d'une contraction du crédit reste toutefois vivace. Les échanges mondiaux pâtissent également de la crise : les grands organismes mondiaux, parmi lesquels le Fonds monétaire international, prévoient une diminution du commerce mondial, pour la première fois depuis trente ans.»
La récession va durer en 2009
«La récession va durer. Elle sera non seulement l'une des plus longues mais aussi l'une des plus profondes de l'après-guerre. Il n'y aura pas de retour à la normale avant deux ou trois trimestres. Cela correspond au meilleur de nos deux scénarii, qui est doté d'une probabilité de 70%. Le second, avec 30% de chances d'occurrence, est celui d'une dégradation violente et durable de l'économie : la dépression. Cette éventualité ne peut pas être écartée, mais nous continuons de privilégier l'hypothèse d'une reprise dès la fin 2009. Les banques centrales ont en effet décidé de baisser leurs taux rapidement, et de façon concertée. Elles devraient continuer de procéder ainsi.
Les taux longs devraient se tendre, car les investisseurs sont convaincus d'une sortie de crise rapide. Ils devraient s'établir à 3,75% aux Etats-Unis, à 3,5% dans la zone euro, et à 1,6% au Japon. Le dollar devrait poursuivre sa remontée face à l'euro pour atteindre 1,2 euro.
Le rythme de progression des prix devrait être plus modéré. Les prix ne devraient toutefois pas baisser, mais si cela arrivait et durait, ce serait extrêmement pénible. Mais nous pensons qu'une telle déflation sera évitée. Il n'y aura pas de contraction massive de la consommation comme en 1929 car les salaires ne baisseront pas.»
La crise touche aussi les pays émergents
«L'Asie manifeste déjà des signes de ralentissement, en particulier de son commerce extérieur et de sa production industrielle. L'ampleur des mesures prises par les autorités chinoises montre que la situation est plus grave que ce que l'on imaginait. La Chine et le Brésil devraient être parmi les premiers pays à sortir de la crise. La condition pour la Chine est d'éviter l'écueil d'une relance par les exportations. Elle devra plutôt développer la consommation de ses habitants.»
Signaux de reprise
«Il faudra d'abord que les ventes de logements anciens se stabilisent : le mouvement actuel d'accalmie est en effet artificiel, car il correspond à la mise en vente à prix bradés de logements saisis. Par ailleurs, si l'activité économique ne se stabilise pas au deuxième trimestre, il faudra alors s'attendre à un basculement dans une dépression longue.»
Secteurs d'avenir
«La santé, les panneaux solaires et l'eau devraient avoir le vent en poupe. Surtout, le thème des infrastructures devrait être le grand gagnant de la crise, grâce aux plans de relance, notamment celui de Barack Obama aux Etats-Unis. Dans trois mois, la visibilité devrait être bien meilleure. Les entreprises auront publié leurs résultats du quatrième trimestre 2008, entre janvier et février, ce qui permettra de prendre la mesure exacte du ralentissement de l'activité.»
