Bernard Madoff avoue la plus grande arnaque de tous les temps
Qui est Bernard Madoff ? Né en 1938, le financier crée sa société de courtage en 1960. Ses affaires deviennent rapidement florissantes, ce qui lui permet d'intégrer le conseil d'administration de la National Association of Securities Dealers en 1980 et d'accéder à la présidence du Nasdaq en 1990 et 1991. En 2000, il est membre de la commission des 25 experts chargés par la Securities and Exchange Commission (SEC) d'émettre des propositions pour réformer les marchés financiers. En janvier, Bernard L. Madoff Investment Securities se classait dans les tout premiers rangs des principales sociétés de courtage indépendantes. Par ailleurs, le financier avait créé en 2006 une société de gestion appelée Madoff Investment Services. Qui sont les perdants ? En Europe, les épargnants individuels seront logiquement peu touchés. Les principaux perdants devraient être les souscripteurs de fonds de fonds alternatifs. Les plus concernés se trouvent en Espagne, en Suisse et au Royaume-Uni. Selon un rapide sondage de l'AMF, une centaine de fonds seraient touchés. Ainsi, 9,36 % du portefeuille de VP Alternatif était investi à fin novembre dans le fonds nourricier Luxalpha indirectement géré par Bernard Madoff. Luxalpha est un fonds luxembourgeois d'UBS Third Party Management qui a été repris par Access Management Luxembourg en octobre. VP Alternatif est un FCP Aria de fonds alternatifs, donc destiné aux investisseurs avertis dont la souscription minimale est de 10.000 euros. Plusieurs banques sont impliquées dans la débâcle car elles ont accordé des prêts aux fonds de fonds alternatifs qui pouvaient ainsi obtenir un effet de levier. « Lorsque HSBC déclare une exposition de 1 milliard de dollars sur des fonds qui avaient un effet de levier de 5, cela signifie que les investisseurs avaient souscrit pour 250 millions de dollars », souligne Marc Poli, directeur des placements alternatifs à La Française des Placements. Pourquoi la fraude n'a-t-elle pas été découverte plus tôt ? A la suite d'une plainte déposée par un concurrent du courtier en 1999, la SEC a enquêté chez Bernard Madoff en 2005, mais en se limitant semble-t-il à l'activité la plus importante, celle de teneur de marché. Outre les bonnes relations entre le courtier et la SEC, l'enquête a pu buter sur les difficultés à obtenir des renseignements dans une société où les principaux postes de direction étaient occupés par cinq membres de la famille Madoff (Bernard Madoff, ses deux fils, son frère et sa nièce). Friehling & Horowitz, le cabinet comptable qu'il utilisait, ne comptait que trois personnes, dont son dirigeant âgé de 70 ans qui habite en Floride, et une secrétaire. « Nous avions eu l'intention d'investir dans l'un des fonds il y a trois ans, reconnaît Marc Poli, mais nous avons refusé la position lorsque nous avons vu que le reporting qui nous était remis ne permettait aucunement d'expliquer les performances. Cependant, cela ne suffit pas à étayer des soupçons de fraude. » Eliot Spitzer, l'ancien procureur général de New York qui a fait trembler tout le gotha du secteur du courtage et de la gestion pour compte de tiers, n'a pas non plus soupçonné Bernard Madoff.
JOËL ANTOINE
