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L'ampleur des difficultés que nous connaissons aujourd'hui ne nous permet plus de fonctionner avec nos vieux réflexes boursiers hérités des années 1980 et 1990. Nous sommes confrontés à de profonds changements structurels qui nous obligent à profondément repenser notre stratégie d'investissement. Avant de songer à ce qu'il convient de mettre en portefeuille, il faut tout d'abord nous interroger sur la question de savoir dans quel monde nous vivrons demain.
L'Amérique ne sera plus le moteur de la croissance Il faut tout d'abord se préparer à vivre dans un monde en faible croissance, avec une baisse des niveaux de valorisation de l'ensemble des actifs, qu'ils soient financiers, immobiliers ou monétaires. Les moteurs de la croissance des années d'après-guerre fondés sur la capacité des ménages occidentaux à consommer toujours plus, grâce à la progression du pouvoir d'achat et à une offre de crédits quasi illimitée, n'ont plus aucune chance de fonctionner. Avec une dette totale (dette privée + dette publique) des Etats-Unis qui représente désormais 350 % du PIB, la capacité d'endettement des ménages et des Etats a atteint un plafond qu'il sera impossible de dépasser. Il faudra inévitablement passer par une phase de plus grande modération dans l'utilisation des leviers du crédit et par la nécessité de reconstituer un volant d'épargne. Tout cela pèsera inévitablement sur la croissance. A ces déséquilibres financiers s'ajoute l'arrivée à la retraite de toute la génération des baby-boomeurs de l'après-guerre, avec un appétit de consommation déclinant et des revenus en baisse. L'Amérique a donc peu de chances de retrouver de sitôt son rôle de locomotive de l'économie mondiale. La croissance ne va, certes, pas disparaître, elle sera simplement plus diffuse. Il faudra la rechercher dans toutes les régions du monde, notamment en Asie, mais dans des proportions inférieures à ce que nous avons connu au cours de ces dernières années. Les besoins de consommation des nouveaux pays émergents d'Europe de l'Est, d'Afrique et d'Amérique latine permettront aussi de tirer la croissance, mais il faudra d'abord s'assurer de la solvabilité de cette demande. L'investissement des entreprises, qui a longtemps constitué un important moteur de croissance, risque lui aussi de se révéler moins vigoureux que prévu. Il faudra compter avec des perspectives d'activité plus modérée et avec un risque de dégradation des marges, qui se situent encore en 2008 à des niveaux historiquement élevés
(voir graphique ci-dessous) qu'il sera difficile de faire encore progresser dans les années à venir. Le capital risque, par ailleurs, de se révéler plus rare en raison de la baisse des niveaux de valorisation des actions et d'un coût du crédit qui devrait continuer d'augmenter. Les plans de relance mis en place dans la plupart des régions du monde permettront d'amortir les effets de la crise, mais ils ne pourront pas durablement se substituer à la croissance naturelle de l'économie. En fait, l'avenir des marchés dépendra largement de l'issue du bras de fer engagé entre les force récessionnistes, voire carrément déflationnistes, et la capacité de ces mesures de relance à restaurer la confiance et à remettre en marche les rouages de l'économie.
Baisse des rendements obligataires Avant de connaître l'issue de ce bras de fer, les révisions en baisse des bénéfices des entreprises risquent de se poursuivre durant toute la première partie de l'année 2009. Le rendement sera toujours très recherché, mais la capacité de rémunération des actionnaires mesurée par le niveau des dividendes a elle aussi atteint des sommets qu'il sera difficile de dépasser. Du côté des obligations et des placements monétaires, il faudra compter avec des taux de rendement faibles durant toute l'année 2009, en raison des forces déflationnistes qui sont à l'oeuvre. Il faudra donc savoir se contenter de rémunérations limitées à 2 ou 3 % en privilégiant la sécurité sur la performance. Dans un deuxième temps, dès qu'apparaîtront les premiers signes de reprise de l'activité, il faudra s'inquiéter des risques de résurgence de l'inflation, toujours envisageables en raison des énormes quantités de monnaie mises en circulation pour combattre les effets de la raréfaction du crédit. L'accumulation des déficits à la fois budgétaires et commerciaux des Etats-Unis risque par ailleurs de peser sur le dollar au profit, notamment, de l'euro. Il n'est d'ailleurs pas exclu que nous assistions à quelques rectifications des frontières monétaires à l'intérieur de la zone euro, avec certains pays comme l'Italie, la Grèce ou l'Irlande, qui pourraient se mettre « en congés » de la monnaie unique pendant un certain temps. Les prix des matières qui ont déjà beaucoup baissé risquent, en revanche, de progressivement repartir à la hausse. Moins sous la pression de la demande que par la prise en compte de l'épuisement des ressources naturelles. L'or ne prendra son envol qu'en cas de forte reprise de l'inflation. En attendant, le métal jaune devrait être soutenu par la baisse du dollar si celle-ci se confirmait, ainsi que par un environnement très instable qui inciterait les gestions à placer à titre préventif une partie de leurs avoirs sur des placements dits « refuges ».