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Diplômé en physique nucléaire, Henri-Dominique Petit aurait pu se consacrer à la recherche et devenir expert en réaction de fusion de particules. Ce passionné de l'ère médiévale et de la Renaissance aurait également été capable de suivre les traces de sa mère, enseignante en histoire. Ou de s'engager en politique, à l'image de son père, ancien combattant devenu haut fonctionnaire. Voire d'embrasser une carrière dans le handball, si une blessure au genou n'avait pas brisé ses ambitions alors qu'il était étudiant. Mais, après une première expérience au CNRS, Henri-Dominique Petit a finalement préféré mettre ses talents au service... des affaires. Avant de devenir le grand patron de Sperian Protection, c'est chez l'américain Kodak qu'il découvre le monde de l'entreprise. Son apprentissage débute alors par un stage ouvrier de trois mois où son goût d'entreprendre est vite détecté. Au fil des responsabilités, il apprend les rouages du management et entame une carrière internationale de Londres à Shanghai, entraînant sa femme et ses trois enfants jusqu'à Los Angeles. De quoi aiguiser son esprit cosmopolite développé dès l'enfance dans sa ville natale de Baden-Baden, où son père a été missionné juste après-guerre auprès des forces françaises en Allemagne. Henri-Dominique Petit voue une grande reconnaissance à ces trente années chez Kodak, qui s'achèvent en 2003 par un poste de vice-président senior :
« J'ai eu la chance de travailler sur des projets passionnants avec des supérieurs visionnaires qui m'ont fait confiance et m'ont permis d'exploiter mes capacités. » Et c'est non sans une pointe d'amertume qu'il évoque son départ de la société à la suite de désaccords sur la stratégie de mutation vers Internet. Le français juge alors la politique d'investissement de ses collègues américains pas assez pertinente. Derrière ses grandes envolées gestuelles, l'homme révèle un tempérament impétueux. Une énergie qui peut aller jusqu'à l'impatience et
« des sautes d'humeur maladroites ».
« Je me laisse souvent emporter par mon perfectionnisme », reconnaît-il. Alors, quand des chasseurs de têtes lui proposent de prendre la direction de Bacou-Dalloz, il n'hésite pas. Outre le profil international de ce groupe, qui lui rappelle celui de Kodak, c'est
« l'épaisseur du chantier » qui le motive. Sa mission ? Unifier la constellation d'entreprises qui forment de façon éclectique le géant des équipements de protection (gants, masques...), issu de la fusion entre Christian Dalloz et Bacou. S'ensuivent deux années de vastes restructurations, parachevées en 2007 par la rationalisation du portefeuille de marques autour d'une nouvelle identité, Sperian Protection :
« L'une des plus grandes fiertés de mon mandat », confie-t-il.
Un adepte du travail méthodique Pourtant, Henri-Dominique Petit se reproche encore son
« manque d'innovation ». « Je travaille beaucoup en m'aidant des expériences passées », analyse-t-il. Du coup, le patron puise sa créativité dans le dialogue et le débat d'idées avec ses collaborateurs, dont il apprécie la complémentarité. Fort d'un esprit d'équipe rodé par plusieurs années de scoutisme, il prête une oreille très attentive au terrain. Sa devise : « Think local, act global »
(« Penser localement, agir globalement »), avec une continuelle obsession :
« veiller à travailler sur les bonnes priorités, en prenant soin d'avancer étape par étape ». Un modèle de management qu'il s'applique à transmettre depuis maintenant deux ans à Brice de La Morandière, en vue de préparer l'actuel directeur financier de Sperian Protection, de dix-sept années son cadet, à sa succession. Depuis peu, ils se partagent les tâches. A Brice de contrôler la direction opérationnelle, à Henri-Dominique de définir la stratégie et de gérer la communication. Un ultime exercice en tandem bienvenu alors que Sperian Protection doit affronter la crise économique et digérer sa dernière grande acquisition, Combisafe. L'heure de la retraite est loin d'avoir sonné. A 60 ans, Henri-Dominique Petit devrait rester à la présidence du conseil d'administration. Entre deux séjours dans sa résidence familiale drômoise, au coeur de l'enclave des papes,
« la capitale européenne du vin, de la truffe et de la lavande », le Parisien compte aussi poursuivre son engagement au sein d'une maison de jeunes et apprécierait d'enseigner dans son ancienne école pour, dit-il,
« transmettre tout ce que [il a]
reçu ».