Double bulle et double bottom ?
Le constat tombe comme un couperet : la crise financière actuelle a été pire pour la bourse américaine que ne l'a été à son époque la bulle Internet. L'indice S&P 500 a en effet touché la semaine dernière son plus bas depuis 11 ans. Les deux bulles et les deux dégonflements sont pour l'heure quasiment jumeaux: après un sommet à proximité des 1570 points, l'indice a, à deux reprises, entamé une longue décrue qui s'est pour l'heure terminé dans les deux cas sur les 750 points.
Mais la comparaison s'arrête là. Car la bulle internet avait connu une longue agonie, de mars 2000 à octobre 2002. Elle s'était donc étalée sur 30 mois. Dans le cas de la crise des subprimes, le mouvement a été plus abrupt: la même correction a en effet été observée sur les 13 derniers mois.
Reste que ces derniers jours, une bonne partie des indices de la planète sont aussi revenus sur des seuils techniques de long terme. C'est le cas du S&P avec la zone des 740-770, du Dow Jones avec le support des 7400 points (atteint aussi en octobre 2002 puis enfoncé brièvement en mars 2003), mais aussi de l'AEX d'Amsterdam avec le support des 215 points. Le Nikkei est quant à lui revenu sur un support en clôture proche du plancher de 2003, à 7830 points.
Quelques indices majeurs font toutefois exception à la règle: le Dax 30, le CAC 40, le Nasdaq Composite et le FT100 sont ainsi loin de leurs planchers de 2003.
Une configuration à double tranchant
D'un point de vue graphique, l'arrivée sur ces niveaux planchers est à double tranchant. Si ceux-ci étaient nettement enfoncés, la force baissière du mouvement serait une fois de plus démontrée, et les indices pourraient cette fois-ci aller chercher à terme leurs niveaux de 1995. Le Dow Jones pourrait tomberait à 3520 points, un support qui correspondait sur la même période à celui des 1720 points sur le CAC 40.
L'autre hypothèse, nettement plus probable, est que le mouvement baissier connaisse un coup d'arrêt temporaire. Il faut dire que des velléités de rebond se font jour, et pas seulement sur les indices: la parité euro/yen tout comme l'euro/dollar jusqu'ici très attaquée, a trouvé un plancher. Après être passé en 3 mois de 170 à 113.6 yens pour un dollar, elle rebondit nettement. Or jusqu'à maintenant, un affaiblissement du yen s'est toujours accompagné d'un rebond des indices.
Pour que les indices rebondissent, il faudra au préalable que la volatilité, synonyme d'aversion au risque, retrouve un rythme normal. En effet, hausse de la volatilité et baisse des marchés vont souvent de pair. Après être remonté à 81.50 en fin de semaine dernière, l'indice VIX, qui mesure la volatilité sur les futures S&P 500, a entamé une décrue pour revenir à proximité des 70 points. En cas de poursuite du mouvement, ceci pourrait offrir un préalable supplémentaire à un rebond. Car la volatilité sur les marchés est un indicateur de stress de ces derniers. Hausse de la volatilité et baisse des marchés vont par ailleurs souvent de pair. Un passage sous les 40 du VIX serait sans nul doute favorable à une stabilisation plus durable des indices.
L'hypothèse d'un rebond d'ampleur, hors de toute considération macroéconomique, n'est pas à exclure: Pour le Dow Jones, le premier objectif se situe à 10830 points, soit le retracement des 50% de baisse. Pour le S&P 500, il s'élèverait à 1130 points. Reste que, même après un tel rebond, l'indice ne serait pas sorti d'affaire: il faudrait passer clairement ce seuil pour passer dans une configuration de moyen terme positive.
