Regain d'inquiétude autour des financières
Les valeurs bancaires sont de nouveau dans la tourmente. Les difficultés de Citigroup (voir ci-dessous) et la volte-face effectuée par Henry Paulson, qui a décidé de totalement réorienter son plan de sauvetage des banques en abandonnant son projet de rachat des dettes toxiques des établissements en difficulté, a jeté un énorme froid sur le secteur. Aux Etats-Unis, certains établissements comme Citigroup et Bank of America ont perdu jusqu'à 35 % au cours des seules trois premières semaines du mois de novembre. En Europe, toutes les banques ont dévissé de 15 à 20 %, et BNP Paribas de 27 %. Au-delà de la crise financière, les investisseurs se rendent compte que les banques vont être durement touchées par la récession qui menace de s'installer de part et d'autre de l'Atlantique. La crise qui se profile est en effet synonyme de baisse probable des revenus dans tous les secteurs d'activité (gestion d'actifs, crédit immobilier, à la consommation et aux entreprises) et surtout de forte augmentation des provisions liées à la montée des risques auprès des particuliers et surtout des entreprises. Or, à la différence des crises précédentes, la plupart des établissements abordent cette période difficile avec des bilans déjà très affaiblis par la crise des subprimes. C'est la raison pour laquelle BNP Paribasa fait l'objet de rumeurs selon lesquelles la banque serait sur le point de faire appel au marché pour renforcer ses fonds propres. Ces rumeurs, vivement démenties par la direction de la banque, ont conduit à la destruction de 16 milliards d'euros de capitalisation boursière au cours du seul mois de novembre. Avec des fonds propres représentant 7,6 % des engagements, BNP Paribas figure parmi les établissements bancaires les moins capitalisés d'Europe. Mais, compte tenu de son profil de risque, ce ratio est considéré comme suffisant par la Commission bancaire. Surtout à un moment où le rachat de Fortis permettra à BNP Paribas de porter son ratio de solvabilité à 8 %, voire à 8,3 % en activant les nouvelles dispositions réglementaires. Techniquement, les banques françaises n'ont pas besoin de faire de nouveau appel à leurs actionnaires, mais en cas de nouvelle dégradation des marchés financiers, la pression des investisseurs risque de s'avérer de plus en plus forte pour exiger des fonds propres plus élevés. Pour l'heure, les trois grandes banques françaises cotées se traitent très au-dessous du montant de leurs fonds propres, ce qui est un non-sens économique. Le pari d'un retour à des niveaux plus raisonnables peut être tenté, mais le secteur est devenu hautement spéculatif. Il y a de fortes chances que, l'an prochain, les actionnaires se voient proposer le paiement du dividende sous forme d'actions. Cette option est neutre d'un point de vue fiscal, mais le rabais qui sera consenti lors de la souscription peut se révéler très attrayant.
NOTRE CONSEILAchat spécultif sur BNP Paribas (code : BNP, Comp. A, SRD), Crédit Agricole (ACA) et Société Générale (GLE). Rester à l'écart de Dexia (DX) et de Natixis (KN).
Roland Laskine
