Archives Journal des Finances

Les faillites se multiplient aux Etats-Unis

22/11/2008 00:00 - JDF

  Texte plus grand Texte plus petit Séparateur

P13-Faillite.gif -

 
Lehman Brothers et Washington Mutual ne sont pas les seuls : depuis le début de l'année 2008, les défaillances d'entreprises ont nettement augmenté aux Etats-Unis. Entre janvier et juin, avant l'accélération de la crise financière, 18.456 sociétés américaines ont fait faillite, soit une progression de 42 % selon les données du service de greffe des tribunaux américains (Administrative Office of Courts). Sans surprise, les secteurs les plus touchés par la crise économique actuelle sont les plus concernés. « Sur les dix plus grandes défaillances d'entreprises depuis le début de l'année, cinq concernent des groupes d'intermédiation financière et trois sociétés exerçaient dans le domaine de la construction et de l'immobilier », souligne Karine Berger, directrice des études assurance crédit chez Euler-Hermes Sfac. D'après le FDIC (société fédérale de garantie des dépôts), vingt banques auraient déjà mis la clé sous la porte depuis le début de l'année. Ce décompte n'inclut pas des établissements sauvés in extremis et rachetés, comme Bear Stearns, au mois de mars. La taille des groupes concernés est aussi plus importante, avec des chiffres d'affaires de plus de 2 milliards d'euros dans cinq cas. Le dépôt de bilan de Washington Mutual le 24 septembre, repris ensuite par JPMorgan Chase, est la plus grosse faillite bancaire de toute l'histoire des Etats-Unis. Des procédures juridiques variées Toutefois, le terme « faillite » recouvre plusieurs réalités. Les Chapter 7 et Chapter 11 du droit américain spécialisé sont les procédures les plus usitées. Le Chapitre 11 s'apparente à un redressement de société, à la demande de l'entreprise elle-même ou du créancier. C'est une protection qui permet la sauvegarde et la réorganisation de l'entreprise. Le groupe poursuit ses activités normalement, tout en essayant de trouver un accord avec les créanciers. Les paiements sont mis en suspens, et la société présente un plan de redressement qui peut s'étaler sur plusieurs mois. Elle peut négocier de meilleures conditions avec ses créanciers et doit présenter régulièrement sa situation détaillée à un juge. Lehman Brothers, par exemple, s'était placé sous la protection du Chapitre 11 le 15 septembre, avant le rachat de ses activités par Barclays et Nomura. Le Chapitre 7 correspond à une liquidation de l'entreprise, avec cessation de l'activité et nomination d'un administrateur judiciaire. Souvent, lors d'un échec du redressement, la société est placée sous le Chapitre 7. De plus, la procédure de redressement est considérée comme une opportunité de s'adapter aux Etats-Unis. Elle est perçue de manière moins négative, sans le caractère honteux qu'elle revêt parfois en France. Pour les mois à venir, la tendance restera très défavorable. Les statistiques ne sont pas encore disponibles pour la période de juin à septembre, mais elles devraient marquer une nouvelle hausse, avec la montée en puissance de la crise. Euler-Hermes table sur une augmentation de 45 % du nombre de défaillances sur l'ensemble de l'année 2008. Le chiffre américain reste apparemment peu élevé, par rapport au contexte économique actuel. Mais la situation devrait s'aggraver. « Tout se jouera en 2009. Nous prévoyons une hausse de 50 % des défaillances d'entreprises aux Etats-Unis cette année-là. Cela correspond au niveau atteint lors du dernier retournement de tendance américain, entre 1990 et 1993 », développe Karine Berger. En plus des secteurs de la finance, de la construction et de l'immobilier, les groupes automobiles devraient être particulièrement concernés.
FABIENNE BOULOC