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Histoire des marchés des changes

10/11/2008 18:46 - JDF

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Il faut remonter à la Grèce Antique pour trouver l’origine d’une monnaie circulant hors des frontières et pouvant donc faire objet de transactions. En effet, c’est à cette époque que les premières monnaies vont être frappées et que la première monnaie internationale va apparaître.

La « chouette » d’Athènes est apparue vers 520 avant notre ère. C’est la première monnaie à être acceptée non seulement dans la Cité mais également dans le bassin méditerranéen oriental, sous sa domination. Comme monnaie internationale, suivra le denier, monnaie de l’empire romain largement diffusée. Après la chute de l’empire au Ve siècle après JC, les royaumes frappent des pièces qui sortent peu des frontières et il faudra attendre le moyen-âge pour que véritablement un renouveau s’opère.

Au Xe siècle, des guildes et confréries s’organisent au niveau national et européen. Le commerce prend une dimension nouvelle et les foires, lieu d’échanges, sont le point de rencontre de diverses cultures et donc de devises. Afin de faciliter les paiements des traites à terme libellées en devises, les lettres de change sont créées en 1291 à Florence. Les lettres permettent de fixer un taux de change et donc un taux d’intérêt. Instruments de crédit et de change, elles vont faire la fortune des banques privées familiales qui se développent en Italie puis à l’étranger par le biais de succursales. La famille Médicis au XIVe siècle va construire un petit empire bancaire sur la compensation des lettres de change au niveau européen. Ainsi, durant tout le XIVe siècle, les banquiers vont maîtriser le circuit des lettres. Mais en 1409, la première bourse va voir le jour à Bruges. Les lettres de change et les effets de commerce vont y être négociés. Le centre financier européen va alors se déplacer vers le nord de l’Europe. En 1494 les Médicis font faillite. Au XVIe siècle, la multiplication des bourses en Europe accompagne le développement du commerce international. 1531 Bourse d’Anvers, 1595 Bourse de Lyon. Les différentes places de négoce facilitent le développement de l’arbitrage. En effet, les taux de change entre les devises diffèrent selon les places, en fonction des balances commerciales des pays. Certains acteurs du marché vont tirer profit de ces différences. L’intensification du marché va s’accompagner d’un renforcement de la réglementation. Dès 1572, les agents de change sont nommés par l’Etat, qui va de plus en plus avoir recours aux lettres afin de se financer. Jusqu’au XIXe siècle, plusieurs devises européennes vont ainsi circuler sans que l’une domine vraiment, à l’image des places financières qui se succèdent : Anvers au XVIe siècle, Amsterdam dès 1609 avec la création de la banque publique Wisselbank et Londres au XVIIIe siècle.

Avec la révolution industrielle, l’Angleterre devient la première place financière jusqu’en 1914. Grâce au développement du commerce extérieur et une certaine avance technologique, l’Angleterre est la nouvelle puissance mondiale. Les banques étrangères viennent s’y installer et la livre se diffuse. En 1866, grâce au premier câble transatlantique reliant les Etats-Unis et l’Europe, on peut traiter la livre et le dollar. La livre est la monnaie de règlement des échanges, mais l’or reste la monnaie de réserve, jugé plus fiable. La livre, comme les autres monnaies, est convertible en or. Afin d’assurer la convertibilité, les réserves de métal doivent être suffisantes. C’est le système de l’étalon-or. Les opérations pouvant être traitées en devise et en or, le choix de règlement s’effectue selon les points d’or, qui fixent une limite de fluctuation des devises. Les points d’entrée d’or sont le taux à partir duquel il est plus avantageux de payer en or, qu’en devise. Les taux de change peuvent être fluctuants mais entre 1879 et 1914, ils sont stables, grâce à la bonne gestion des taux d’intérêts anglais. En parallèle à la livre, le franc domine l’Union Latine, créée par Napoléon III, de 1865 à 1927. La Grande Guerre va mettre fin a cet équilibre. Dès son annonce, les déposants demandent la conversion de leurs dépôts en or. Les réserves sont insuffisantes et la convertibilité est suspendue.

L’après guerre est une période de changement. Les taux de change sont fixés par l’Etat. Ainsi La Grande-Bretagne et le France vont tout faire pour retrouver des devises fortes, en fixant des taux d’intérêts élevés. En 1922, La Conférence de Gènes va mettre en place le Gold Exchange Standard. Des devises seront convertibles en or et celles-ci seront devises de réserve des autres pays. Le système sera toutefois éphémère en raison de la crise de 1929.

La guerre de 39-45 va permettre au dollar de s’affirmer comme monnaie mondiale. En 1944, la conférence de Bretton Woods met en place un système de stabilisation des monnaies. Les cours sont fixés en or et en dollar, monnaie de référence, et le pays doit assurer la convertibilité à tout moment. Une marge de fluctuation de 1% est fixée. La banque centrale doit intervenir en cas de dérapage. La maîtrise de la circulation des capitaux est laissée à la charge des Etats. Le FMI est créé et organise la mise en place du système. Le dollar donne le la. Cependant en raison de la baisse constante des réserves et du déficit grandissant des Etats-Unis, la convertibilité du dollar est suspendue le 15 août 1971.

A partir de là, les changes sont flottants. En 1973, le marché des changes tel qu’il est conçu actuellement prend forme.

Les taux de change entre devises dépendent de l’offre et de la demande, qui est elle-même influencée par les taux d’intérêts des différentes devises. Les droits de tirage spéciaux, qui permettaient auparavant aux pays d’équilibrer leurs réserves, sont assouplis et les monnaies de référence éclosent : le yen, le deutsche mark, le franc, la livre et le dollar.

En 1979 est créé le système monétaire européen. Les monnaies évoluent dans une zone avec une marge de fluctuation de ± 2,25%. Les devises européennes sont donc quasiment fixes les unes par rapport aux autres. Par rapport aux autres devises mondiales, elles sont variables. Le marché est donc roi, cependant les banques centrales peuvent intervenir pour soutenir les devises et éviter les désordres. Ainsi en 1985, lors de la conférence du Plaza, le dollar est dévalué sous la pression des gouvernements du Groupe des Cinq (Etats-Unis, Japon, République fédérale allemande, Royaume-Uni, France).

Si le marché des changes s’ouvre dans les années 80, il faut attendre les années 90 et 2000 pour y voir une véritable libéralisation.

En 1986, le Big Bang de Londres ouvre la voie. Les marchés londoniens, déréglementés, se développent et Londres redevient un centre financier de premier ordre. Dans le monde, le mouvement va se propager. Dès 1990, les capitaux sont libéralisés. Cette ouverture va donner lieu à des attaques sur le système européen. Ainsi en 1992 et 1993 le SME connaît deux crises, liées à des mouvements de spéculation. Le 16 septembre 1992, le milliardaire George Soros attaque la livre sterling qui fait partie du SME. Cette dernière doit être dévaluée. La lire est elle aussi victime d’assauts. En 1993, la livre irlandaise, la peseta et l’escudo sont dévalués. Les bandes de fluctuations sont alors élargies à 15%.

Avec les changes flottants, les marchés de changes voient le développement de produits de couverture comme les swaps et des produits financiers plus grand public. En 1997, le marché des changes s’ouvre à tous. Jusque là, seuls les grands investisseurs et les professionnels avaient accès à ce marché risqué. Cette nouvelle étape intervient deux ans avant l’arrivée de l’euro.

Aurore Pétain