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Au printemps dernier, l'un des fonds d'investissement évoluant dans l'orbite de Carlyle mettait la clé sous la porte. La raison ? Un effet de levier devenu insoutenable. Avec 670 millions de dollars de fonds propres, Carlyle s'était constitué un portefeuille de participations de 21,7 milliards de dollars ! Un levier équivalent à 32 fois ses moyens réels... Depuis quelques mois, les exemples de ce type sont légion. Les fonds spécialisés dans les rachats d'entreprises avec effet de levier financier, les fameux
leverage buy out (LBO), ont eux aussi usé abondamment de l'effet de levier ces dernières années. Et certains sont aujourd'hui en difficulté. En empruntant de l'argent à 1 % sur les marchés et en exigeant 15 % de rentabilité de la part des entreprises acquises, ces fonds dits
private equity ont usé pleinement de l'effet de levier financier. En Bourse, ce sont les banques, les compagnies d'assurances, les caisses de retraite, et par ricochet les hedge funds à qui elles ont confié une partie de leurs actifs, qui ont optimisé l'effet de levier propre aux produits dérivés.
Payer un pour miser dix De quoi s'agit-il ? Le principe des dérivés est de permettre de miser sur un actif avec une somme bien inférieure à sa valeur réelle. Tous les actifs, des matières premières aux actions en passant pas les émissions de CO2
(voir page 42), ont donné naissance à des dérivés. Sur le marché des changes, le Forex, un investisseur peut ainsi prendre un engagement 250 fois plus important que la somme dont il dispose en cash sur son compte. Avec 1.000 euros en liquide, il peut par exemple « acheter » l'équivalent de 250.000 euros contre dollar. Il ne demandera pas la livraison de ces 250.000 dollars, puisqu'il n'a pas les moyens de les payer. Il revendra sa position avant de devoir honorer son engagement. Si sa position progresse de 1 % en sa faveur, il réalise un gain de 2.500 euros, hors commissions, pour 1.000 euros bloqués. S'il s'était contenté d'un investissement sans effet de levier, il aurait gagné seulement 10 euros. D'où l'engouement, ces dernières années, pour ces produits... L'effet de levier est également autorisé sur l'Eurolist. Tout actionnaire individuel peut acquérir, grâce au Service de Règlement Différé (SRD), des actions pour un montant cinq fois supérieur à sa mise. Avec 1.000 euros déposés sur un compte courant, il est possible par exemple d'acheter pour 5.000 euros d'actions Air Liquide. Si le titre progresse de 5 %, le gain s'élève à 250 euros (hors commissions), contre 50 euros pour un investisseur qui investit ses 1.000 euros dans Air Liquide sans recourir au levier de cinq fois. Mais, attention, l'effet de levier joue dans les deux sens. Quand l'évolution des cours est contraire aux anticipations de l'investisseur, les pertes sont elles aussi dopées par le levier. Les espoirs de gains élevés ne doivent pas faire oublier le risque de perte bien réel, surtout dans des marchés volatils.