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Quel est l'impact du rôle joué par la crise dans cette campagne ? La crise économique, très présente tout au long des vingt mois de campagne, a effectivement bien servi Obama. Mais, même sans son aggravation, les tendances étaient défavorables aux républicains depuis plusieurs années. Le mouvement de fond du changement était bien enclenché, en particulier après Katrina, et le terrain était préparé pour favoriser la victoire d'Obama. Au-delà , je pense qu'Obama a été très habile dans la façon dont il s'est positionné face à cette situation de crise. Alors que McCain s'est montré hésitant, voire contradictoire dans ses propositions économiques, Obama a su profiter des trois débats télévisés successifs pour se poser comme un vrai « patron ». Sa stature de président s'est imposée aux yeux des Américains à ce moment-là , et les critiques mettant en cause son inexpérience se sont évaporées. Il a vraiment mené cette campagne de façon magistrale. Enfin, il a réussi à séduire les Américains sur le thème épineux de la fiscalité. C'est un point très sensible, et il a convaincu l'électorat de la nécessité d'augmenter certains impôts pour financer les dépenses. Cela s'est fait en préparant les esprits à une idée majeure : le gouvernement fera son possible pour améliorer la situation, mais ne pourra en aucun cas résoudre tous les maux. L'Amérique est réformable, cependant rien ne se fera sans la participation de tous, et la responsabilité du changement incombe aussi aux citoyens.
N'a-t-il pas été amené à faire des promesses irréalistes, qui seront mises à mal par les impératifs économiques ? Le candidat a effectivement avancé des propositions ambitieuses, mais sans jamais faire de promesses trop ciblées à telle ou telle catégorie de population. Les attentes sont fortes, mais le certain flou autour de ses propositions peut aussi le protéger d'une déception trop forte. Pour l'instant, il y a peu à attendre avant son arrivée effective au pouvoir en janvier prochain. La vraie question, c'est de savoir quel type de politique il pourra mener. Je crois qu'il sera inspiré plus par le pragmatisme que par de vastes ambitions. Il a conscience que mener une politique démocrate trop partisane risquerait de lui être préjudiciable lors des élections
midterms de 2010, comme ce fut le cas pour Clinton en 1994. Il devra travailler dans la crise, et l'un des grands défis sera de gérer les tensions qui risquent de naître dans ses relations avec le Congrès. Si ce dernier défend des propositions démocrates trop populistes, le Président aura du mal à agir comme il le souhaite. Ces discussions avec le Congrès s'annoncent complexes.
Croyez-vous que la vague d'optimisme suscitée par son arrivée puisse durer ? Je ne crois pas vraiment au
« choc de confiance » dont on a tant parlé. Bien sûr, les marchés réagissent positivement, car l'incertitude des vingt mois de campagne est désormais dépassée. Mais cela ne durera probablement pas longtemps. Je pense que la reprise de confiance la plus durable se fera sur les investisseurs étrangers, notamment asiatiques. Barack Obama apparaît aujourd'hui comme un homme politique très ouvert sur l'extérieur, conscient de la nécessité pour les Etats-Unis de retrouver leur rôle de leader aux yeux du monde. Il est donc très peu probable qu'il soit tenté par les sirènes protectionnistes qui résonnent habituellement en temps de crise. Pour retrouver l'image d'une Amérique qui gagne, il restera tourné vers l'extérieur, ce qui rassurera les investisseurs étrangers. Dans le contexte actuel où les Etats-Unis doivent retrouver leur compétitivité, cela n'est pas négligeable.