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L'affaire Volkswagen va engendrer une perte record pour les hedge funds

01/11/2008 00:00 - JDF

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Les boursiers se souviendront que, mardi 28 octobre 2008, Volkswagen est devenu, le temps d'une séance, la plus grosse capitalisation boursière du monde. Une hausse de plus de 81 %, après un gain supérieur à 146 % lundi, Volkswagen ne pourra jamais rééditer de telles performances. Ces variations démentielles résultent d'une histoire qui semble sortie tout droit d'un roman de Paul-Loup Sulitzer. Le point de départ est simple. Porsche a annoncé détenir 42,5 % du capital de Volkswagen. Le constructeur a aussi indiqué qu'il disposait d'options lui donnant accès à 31,6 % des intérêts. Les hedge funds ne s'y attendaient pas du tout. Ils pensaient que Porsche se contenterait de dépasser le seuil de 51 %, mais n'irait pas plus loin. L'affaire semblait entendue dans la mesure où Porsche ne pouvait pas lancer d'offre sur Volkswagen. Sûrs de leur fait, les hedge funds avaient donc parié sur la baisse de Volkswagen, pensant que sa valorisation était injustifiée. Pour ce faire, ils ont emprunté des titres qu'ils ont vendus. Ils ont joué et ils ont perdu. Très gros. Le journal britannique The Telegraph estime à 30 milliards d'euros leurs pertes. Nous pensons que, dans le pire des cas, elles pourraient atteindre 90 milliards d'euros. Tout dépend du timing dans lequel les vendeurs à découvert se rachètent. La véritable panique à laquelle nous avons assisté trouve son explication dans le faible flottant de Volkswagen (moins de 6 %). En effet, l'Etat de Basse-Saxe détient 20,1 % du capital du constructeur et un de ses responsables a indiqué qu'il ne voulait pas vendre. Cette affaire a rapidement suscité de lourdes inquiétudes sur les valeurs bancaires. Selon l'effet de levier utilisé, les hedge funds pourraient laisser des ardoises à leurs créanciers. Avant les démentis, Goldman Sachs, Morgan Stanley, Société Générale ou encore BNP Paribas étaient violemment attaqués. Les établissements allemands, à l'image de Deutsche Bank, étaient eux aussi sous pression. La pire des hypothèses serait que la contrepartie de Porsche sur les options ne se soit pas couverte avec des actions Volkswagen. Nous préférons ne pas envisager ce scénario désastreux. Ce qui est sûr, c'est que l'affaire Volkswagen a eu des conséquences incroyables. En effet, mardi 28 octobre, l'action du constructeur pesait 27 % de l'indice boursier DAX. Elle représentait aussi une part significative de l'Euro Stoxx 50. Les gérants censés répliquer la performance de ces indices ont été contraints d'acheter des actions pour éviter de se voir reprocher de mauvaises performances par leurs clients. La situation était désastreuse pour les intervenants sur les options portant sur l'indice DAX. « Nous nous sommes retrouvés face à une situation très délicate. Le prix au comptant du DAX n'avait rien à voir avec le prix des contrats à terme. Pour éviter de perdre trop d'argent sur les options, nous avons arbitrairement décidé de ne proposer que 1 centime d'euro pour certaines options. Par ailleurs, il nous était impossible de désactiver des produits qui auraient dû l'être », nous explique un vendeur de produits dérivés. Il faut donc prévoir des pertes pour des banques sur les produits dérivés liés au DAX lundi et mardi derniers. Heureusement, la décision de Deutsche Börse de limiter le poids de Volkswagen dans le DAX a permis de dégonfler un peu la bulle. Volkswagen a perdu 45 % mercredi. Dans ce chaos financier, Porsche a réussi un coup historique. Les investisseurs ne s'y sont pas trompés. L'action a flambé mardi et mercredi 28 et 29 octobre. Le groupe a indiqué qu'il solderait une partie de ses options, représentant jusqu'à 5 % du capital de Volkswagen. Cela pourrait lui rapporter 5,9 milliards d'euros. Le constructeur de bolides estime n'avoir rien fait d'illégal. Toujours est-il que Porsche a organisé une véritable pénurie de titres. Nous n'avons pas fini d'entendre parler de cette affaire rocambolesque...
OLIVIER AUBERGER