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«Nous pouvons envisager une progression des encours de crédits de 3% à 4% en 2009»

28/10/2008 12:34 - JDF

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Quel est actuellement l'état d'esprit des banques françaises?
Les banques françaises ont pleinement conscience de leurs différents niveaux de responsabilité. Tout d'abord, nous avons une crise financière globale. La réponse qui doit être apportée doit également être une réponse globale. Nous avons effectué un travail profond, suivi, entre banques françaises. Nous avons eu un dialogue régulier avec les pouvoirs publics, avec la Banque de France, de manière à imaginer le dispositif qui apporterait la solution adéquate aux deux problématiques centrales des banques : la liquidité et la solvabilité. Par ailleurs, nous sommes responsables collectivement d'un secteur industriel qui emploie 400 000 personnes, qui représente 1,6% du PIB, qui a un impact tout à fait considérable dans certaines régions, la première d'entre elles étant la région d'Île-de-France. Nous devons alors nous préoccuper de l'avenir de cette industrie et faire en sorte que la crise, qui remet en cause un certain nombre de nos paramètres d'activité, soit gérée le plus rapidement possible. Il faut en cela que les savoir-faire spécifiques de la banque française, une banque forte à l'échelle internationale, soient préservés afin que l'industrie bancaire française continue à être compétitive. Enfin, les comités exécutifs des différentes banques françaises doivent s'assurer de pouvoir répondre aux attentes de leurs actionnaires, de leurs collaborateurs et plus généralement de toutes les parties prenantes.


Il y a eu à l'initiative du président de la république française, président en exercice de l'union européenne, une action concertée pour apporter des réponses en termes de liquidité et de fonds propres, suivant les déclinaisons spécifiques à chaque pays et selon les besoins. Quel commentaire vous inspire le dispositif français ?
Ce dispositif se distingue du dispositif britannique ou encore du dispositif allemand. Il répond aux spécificités des banques françaises qui sont solides, qui n'ont pas besoin de voir leur capital renforcé. Les problématiques à traiter concernent exclusivement le financement de l'économie.


De quelle manière ce dispositif s'articule-t-il ?
Il y a deux sociétés qui sont les pourvoyeuses, l'une de garanties ou l'autre de fonds. Une première société de financement apporte de la liquidité qui va garantir les emprunts émis par l'autre société. Pour être sûr d'être remboursée, cette société prendra des gages. Chaque banque apportera des actifs supérieurs au montant des crédits pour que ces crédits de trésorerie de un à cinq ans soient totalement sécurisés et qu'il n'y ait aucun risque pour l'Etat français.


De quelle manière interviendra la société de participation de l'Etat ?
Il y a un guichet rouge qui est celui de sauvetage, par exemple dans le cas de Dexia, et un guichet vert qui est le guichet des prêts subordonnés. Ces prêts sont des emprunts que nous faisions jusqu'à une période récente sur le marché. Or le marché des emprunts subordonnés à long terme s'est arrêté, notamment depuis la faillite de Lehman Brothers. Le fait de pouvoir obtenir ce type de financement pour les banques à vocation à permettre à ces dernières d'octroyer des crédits à leur tour. Le guichet de la société de financement de l'économie française a été mis en place. Le dispositif de prêts subordonnés est censé être mis en œuvre le jour où nous aurons la réponse de la commission de Bruxelles, aux environs de la fin du mois de novembre. Ce dispositif dispose d'un montant de 10,5 milliards répartis entre les différents établissements bancaires, en fonction de leur poids dans l'économie française.


Quels sont les résultats escomptés ?
Un retour à des conditions de financement normalisées. En outre, l'ensemble des décisions ainsi prises constitue des signaux donnés aux marchés qui réagissent positivement.


Quels sont les indicateurs qui permettent de percevoir cette réaction positive ?
Nous commençons à voir sur le marché monétaire une détente des taux d'intérêt. Nous sommes aujourd'hui descendus en-dessous des 5%. Nous étions montés jusqu'à 5,40. Ce phénomène de décru des taux devrait perdurer et s'amplifier du fait du changement des techniques de refinancement de la banque centrale européenne qui fait désormais des appels d'offres à taux fixe. Nous observons par ailleurs, dans le comportement des clients, que les interrogations sur la bonne santé des différentes agences ont pratiquement cessé. Enfin, beaucoup de clients qui avaient investi dans les sicav monétaires ayant essentiellement pour support les valeurs du trésor, reviennent vers des sicav monétaires régulières. Des asset managers internationaux se réorientent progressivement vers des certificats de dépôts négociables des banques françaises…


Quelles sont les contreparties à ce dispositif mis en place par le gouvernement ?
Nous avons pris deux engagements envers les puissances publiques. Appliquer d'ici la fin de l'année le code AFEP/ MEDEF, qui définit les conditions de rémunération des dirigeants. À cela nous avons ajouté le fait que les conditions de rémunération des opérateurs de marché devront être revues. Ils ne devront pas être indexés anormalement sur les résultats de l'instant mais devront prendre en compte la totalité du cycle au cours duquel un certain nombre de produits délivrent année après année leurs produits. Nous avons également défini des engagements en termes de progression des encours des crédits à l'économie. L'exercice a été quelque peu difficile étant données que les perspectives économiques ne sont pas clairement visibles. Mais nous avons considéré, qu'à tout le moindre, nous pouvions envisager une progression des encours de 3% à 4%, de telle sorte que nous accompagnions le développement de l'économie.


Vous avez décidé de mettre en avant la technique de l'affacturage. Pour quelles raisons ?
Les besoins de l'entreprise notamment en période de crise peuvent se traduire par un besoin d'un fonds de roulement en raison de clients qui règlent moins vite parce qu'ils sont eux-mêmes confrontés à des difficultés, ou à des fournisseurs plus exigeants. La question se pose de savoir comment faire la part entre une entreprise qui rencontre des difficultés majeures et une entreprise qui continue à avoir une activité, mais qui a une détérioration de ses conditions de règlement. Ainsi, les grandes banques de réseau ont pris l'engagement d'avoir un dispositif d'affacturage quelque soit la taille des entreprises. En mobilisant les factures, ce qui est la production la plus réelle et la plus immédiate des entreprises, il sera possible de coller à la réalité économique. Cela évitera de financer des pertes, de s'assurer que ce que nous prêtons sera remboursé, et garantir l'équilibre entre déposants et emprunteurs. Cette technique de refinancement de l'économie présente ainsi une certaine sécurité. L'idée étant que les banques ne sont pas des instruments de relance de l'économie -c'est le rôle de la politique budgétaire- mais des instruments d'accompagnement.


Comment appréhenderez-vous l'octroie des crédits d'investissement ?
Dans le cas où nous aurions un problème de garantie dans le cadre de la demande de ces crédits, nous nous retournerons systématiquement auprès d'Oseo. Nous nous engagerons à réexaminer le dossier après la réponse donnée par Oseo.


Sur le marché immobilier, le point le plus sensible et celui des crédits relais. Pourquoi ?
Ces crédits concernent les acquéreurs d'appartements qui ont acheté un nouveau bien et qui n'ont pas encore revendu l'appartement ou la maison qu'ils avaient précédemment. Dans ce cas, ces acquéreurs ont le plus souvent des crédits relais d'une durée de deux ans. Les engagements des banques et des professionnels de l'immobilier doivent être clairs, pour ne pas générer de situation difficile auprès d'un certain nombre de ménages. Nous avons souhaité établir un contact systématique six mois avant l'échéance pour faire le bilan, regarder comment les choses se présentent et aider autant que possible le client à revendre son appartement, en étudiant par exemple si le prix demandé par le client est réaliste ou pas eu égard aux transactions les plus récentes dans le périmètre considéré. Si aucun compromis de vente n'est possible, nous rappellerons le client trois mois avant l'échéance pour envisager le traitement de sa situation personnelle, par exemple mettre en location le bien, consolider avec un prêt de plus longue période qui sera remboursé par le loyer. L'objectif étant d'envisager à chaque fois des diagnostics personnalisés et d'éviter les ventes précipitées des actifs.


Diriez-vous que nous nous inscrivons dans une normalisation solide et durable du marché interbancaire ?
Je pense que nous sommes clairement dans une évolution positive. Nous pouvons le remarquer au niveau des taux d'intérêt et au niveau des flux. La reprise sera nécessairement progressive.


Le rythme de croissance des encours a été divisé par deux entre 2008 et 2009. Pouvez-vous pour autant affirmer qu'il n'y aura pas de resserrement des conditions d'octroi de crédits l'année prochaine ?
Le métier de la banque consiste à évaluer des risques. Si les risques des entreprises sont plus importants l'année prochaine qu'ils ne le sont actuellement, il est évident que la banque intégrera le risque économique. Si, à un moment donné, ce risque économique apparaît comme trop important, il y aura un reflux dans la distribution des crédits. Ce n'est pas avec une marge 1% ou 1,5% qu'une entreprise couvre le risque de perte en capital lorsque ce risque est imminent. Dès lors, il est certain que nous intégrerons les données économiques au fur et à mesure qu'elles auront plus de visibilité.


Quel regard portez-vous sur le changement des normes comptables auxquelles doivent être assujetties les banques ?
Il y a eu une évolution positive sur les normes comptables. Nous étions dans une logique de mark to market. Les actifs ont été transférés du trading book au banking book. Nous devrions voir les répercussions de ce changement, une prise en compte des données économiques, dans les règles d'évaluation des actifs, davantage d'ici la fin de l'année. Les fluctuations de la valorisation des actifs devraient donc être moins importantes dès lors qu'il n'y aura plus de lien direct avec la volatilité des marchés.


Il a été souvent évoqué la nécessité pour les banques d'avoir un ratio de crédit exigé plus flexible. Qu'en pensez-vous?
Je pense qu'il serait mal venu de changer le ratio des banques. Mais il faut faire attention aux comparaisons entre ratio. Autant cette comparaison a du sens lorsqu'on met en parallèle des banques françaises, puisque la commission bancaire assure l'égalité de traitement. Autant il n'est pas pertinent de mettre en évidence une comparaison entre le ratio d'une banque française avec le ratio d'autres banques européennes. La composition du capital comme des prêts subordonnés n'est pas la même. Les actifs qui viennent en contrepartie de ce capital sont de nature différente. En France, les crédits à l'immobilier sont fondés sur le revenu et non sur la valeur des actifs et avec des taux d'intérêt fixe. Le risque sur ce type de crédit n'a rien à voir avec des crédits octroyés à taux variable sur des clientèles qui sont parfois fragiles. Ensuite le dispositif législatif et réglementaire en France est avéré comme plus contraignant notamment sur tout ce qui concerne les dettes hybrides. Par exemple le dispositif de protection des consommateurs est plus exigeant pour les banques françaises. Aujourd'hui, ce caractère plus exigeant de la réglementation française apparaît comme un atout compétitif.


De quelle manière est-il possible alors de comparer les banques entre elles ?
Il sera possible de les comparer le jour où, au-delà de la définition théorique, les différents régulateurs appliqueront exactement opérationnellement la même définition. Cela suppose l'harmonisation des pratiques des régulateurs des 27 pays. On peut estimer que, après la prochaine modification de la directive Bale II, nous aurons quelques progrès dans la comparabilité. Mais il faudra un travail approfondi notamment au niveau de la conférence des superviseurs européens pour que nous parvenions à des définitions suffisamment harmonisées permettant l'exercice de la comparaison.


Pouvons-nous dire que le travail effectué par Merrill Lynch, qui concerne la comparabilité des banques, est erroné ?
Il est possible de faire des raisonnements faux à partir des chiffres justes. A partir du moment où la base n'est pas comparable, que les fonds propres des différentes banques ne sont pas comparables, que la qualité des actifs n'est pas comparable, je ne conteste pas le caractère arithmétique de l'analyse. En revanche, je pense que le manque de profondeur dans l'analyse économique et dans l'analyse des portefeuilles de risques des établissements fait défaut.


Propos recueillis par Imen Hazgui (Easybourse.com)