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«Sans le plan de soutien, nous aurions peut-être eu 2 millions de chômeurs en plus en 2009»

24/10/2008 15:44 - JDF

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Quelle analyse faites-vous de la crise financière que nous traversons actuellement ?
C'est une crise très différente des années 30 et qui a vocation à avoir des répercussions très importantes. Elle est la conjonction de facteurs différents qui ont fini par créer les conditions objectives d'une crise. Tout d'abord, la politique monétaire menée par Greensman dans les dix dernières années, qui a créé un excès de liquidité aux niveaux international accentué par le désalignement des taux de change que représentent la parité du yuan, du yen et d'un certain nombre d'autres monnaies qui ont été fortement sous évaluées par rapport au dollar. Ensuite les normes comptables qui ont été procycliques dans un système de mark to market et qui faisaient l'hypothèse qu'il y aurait toujours de la liquidité et donc un prix de marché.


Etes-vous favorable à une modification des normes comptables ?
Oui, mais de manière très précise. Je pense qu'il faudrait procéder à une distinction très claire entre portefeuilles d'investissement, qui doivent être gardés jusqu'à échéance et qui doivent être à la valeur comptable, et portefeuilles de trading qui doivent rester à la valeur mark to market.


Quelle est votre perception de la situation de la France face à la crise ?
La France devrait vraisemblablement être moins impactée que certains autres grands pays européens, comme le Royaume-Uni, dans la mesure où les activités financières sont sur-représentées dans ce dernier Etat (10 pts du PIB national contre 6 pts du PIB en France, 8 à 9 pts de la croissance en Ile-de-France contre plus de 15 pts pour la région de Londres). Ensuite, nos banques sont intrinsèquement plus solides puisque nous avons 6 groupes, si on intègre la fusion possible entre la Caisse d'Epargne et Banque Populaire, qui font 80% de l'activité bancaire. Ces établissements sont relativement bien capitalisés. Si on considère les normes comptables américaines actuelles de 9% du ratio Tier 1, les banques françaises sont plutôt à 6 ou 7 mais la norme américaine s'applique dans un contexte où les banques américaines portent énormément d'actifs douteux dans leur bilan. Dès lors que les bilans français sont relativement sains, il est possible d'avoir des ratios plus faibles.


Vous êtes favorables à des augmentations de capital pour les grands groupes français. Pourquoi ?
Afin de leur donner les moyens de saisir les opportunités du développement de la consolidation du secteur au niveau international dans les mois qui viennent.


Un ratio de 6/7% pour les banques françaises. Quel est ce ratio pour les banques anglaises ?
Après recapitalisation, autrement dit après apport d'argent public dans des conditions qui ont totalement spolié les actionnaires historiques, les banques anglaises devraient afficher un ration de 9, et les banques américaines un ratio au-dessus de 8%.


Quel regard portez-vous sur les nationalisations partielles qui ont pu avoir lieu ?
Ces nationalisations sont clairement partielles et réversibles. Dès que la situation économique sera meilleure, l'Etat va sortir. Il faudra s'assurer que l'aide que ces banques reçoivent en apport de capitaux ne les aide pas à acquérir des banques saines.


Quelle est votre opinion sur les garanties apportées par les gouvernements ?
Le cœur de la crise, à la suite de la faillite de Lehman le 15 septembre dernier, a été la paralysie des marchés monétaires, autrement dit des prêts interbancaires. Les montants de ces garanties annoncés, les 360 mds d'euros en France par exemple, sont totalement notionnels. Il y aura peut être une utilisation de la réserve des 40 milliards d'euros pour apporter un complément de capitalisation aux banques, mais la facilité financement de 320 milliards ne sera pas utilisée. C'est une arme de dissuasion pour éviter qu'il y ait des retraits de dépôts massifs dans des banques quidemeurent relativement solides.


Quelle évolution du marché interbancaire envisagez-vous ?
La liquidité versée a permis de réinstaurer une certaine confiance. Nous devrions les revoir se refinancer les unes et les autres.


De quelle manière avez-vous appréhendé les principes définis au niveau européen récemment ?
Les contreparties évoquées, à savoir que chaque fois qu'un Etat entre dans le capital d'une banque, il impose des limites à la rémunération des dirigeants et à la distribution des dividendes parait être le minimum souhaitable pour justifier ces interventions en capital. Cela se retrouve dans les plans mis en œuvre par le gouvernement français ou le gouvernement britannique.


De quelle manière jugez-vous la politique gouvernementale menée au niveau français ?
Non seulement la politique française a été bonne pour la France, mais je trouve que Nicolas Sarkozy a admirablement servi une Europe qui était grandement divisée et qu'il a su se réunir sur la base du programme d'action arrêté. Je pense que si ça avait été le président tchèque plutôt que Sarkozy à la tête de l'Union, il n'y aurait pas eu le même accord.


De quelle manière appréhendez-vous le fort ralentissement économique dans lequel nous nous inscrivons ? La France vous parait-elle bien armée pour faire face à ce choc ?
Autant je suis optimiste quant à l'avenir du système financier français, étant donné que nos banques et nos compagnies d'assurances sont intrinsèquement puissantes, autant je suis très inquiet concernant l'économie réelle. Nous n'avons pas assez de grosses PME bien capitalisées. Notre secteur productif intermédiaire est de ce fait extrêmement fragile. Je pense que le taux de défaut sera élevé. Si nous avons plutôt bien traversé la crise financière, je pense que nous allons subir de manière sévère les conséquences de la crise économique. On estime que pour le premier semestre de l'année 2009, l'économie des sept grands pays industriels devrait avoir une croissance de l'ordre de 0%.


Vous semble-t-il possible de limiter la casse ?
Le gouvernement a su prendre des mesures très intelligentes avec un plan de financement significatif par Oseo qui est la banque des PME. Il faut ensuite que les banques, en contrepartie de l'aide qui leur a été apportée, continue à financer l'économie réelle. Il faudrait que la BCE accompagne le retour à l'équilibre en continuant de baisser les taux d'intérêt d'autant plus que l'inflation est elle-même en forte diminution.


Finalement, êtes-vous inquiets s'agissant de la suite des évènements ?
Il y a 95% de chance que nous ayons passé le pic de la crise financière. Celle-ci va continuer à faire ressentir ses effets dans le resserrement des conditions de crédit dans les mois à venir. Nous devrions avoir un premier semestre assez dur dans le cadre de l'économie réelle. Nous devrions avoir une augmentation du chômage d'environ 200 000 l'année prochaine. Il est important de garder à l'esprit que si nous n'avions pas réussi à régler la crise financière, si tant est qu'elle le soit, au lieu d'avoir les sept grands pays industriels avec une croissance de 0%, nous aurions eu une croissance à -5%. Sans le plan mis en place, nous aurions peut être 2 millions de chômeurs en plus en 2009. La France devrait pouvoir tirer son épingle du jeu relativement mieux que les autres pays européens, même si dans l'absolu ce ne sera pas suffisant.



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Propos recueillis par Imen Hazgui (Easybourse.com)