«Un nouveau Bretton Woods permettra de calmer les marchés financiers»
Peut-on considérer que nous sommes dans une crise d'un type nouveau ?
Ce qui est très nouveau dans cette crise c'est la chronologie des évènements. En été 2007, la crise apparaissait avant tout comme une crise bancaire, liée aux crédits subprimes. Elle a revêtu rapidement un caractère systémique, dans la mesure où les crédits subprimes qui ont été titrisés se sont répandus dans l'ensemble du système bancaire international. La crise s'est ensuite transformée, en été 2008, en crise financière. Le système bancaire ayant dû faire face à des difficultés significatives, eu égard à son rôle traditionnel de financier de l'économie en raison d'une grave crise de liquidité sur le marché interbancaire. Enfin, il y a à l'heure actuelle un risque important que cette crise évolue en crise économique. Nous ne sommes clairement pas encore dans une phase de récession. Mais le risque est très présent dans la mesure où les établissements bancaires ne fournissent plus les crédits nécessaires à la bonne continuité des activités économiques.
Cela a-t-il du sens de comparer cette crise aux crises précédentes, notamment celle de 1987, de 1990, de 1998, ou encore celle de 2001-2003 ?
Cela n'a rien à voir. La crise de 1987 était liée à une évolution très rapide des taux d'intérêt. C'était une crise de politique économique ayant pour origine une mauvaise gestion de la part des autorités publiques. La crise de 1998 qui concernait les pays du Sud-Est asiatique était liée à la surévaluation des monnaies de la région. Les craintes de perte de valeur provenant de cette surévaluation ont entraîné une fuite des capitaux à court terme. Ces crises ont donc une origine et une explication différentes et sont d'une importance moindre par rapport à celle que nous vivons en ce moment.
Quel regard portez-vous sur les différentes mesures prises jusqu'à présent pour tenter d'enrayer la progression de la crise : les injections massives de liquidités, la baisse significative des taux d'intérêt, le plan Paulson ?
Je porte sur ces différentes mesures un regard positif par leur caractère réactif. Il y a cependant deux difficultés majeures. Tout d'abord, ces mesures sont en réalité limitées en ce qu'elles ne traitent pas le problème dans sa globalité. Ensuite, ces mesures ne concernent qu'une partie du monde, essentiellement les Etats-Unis et l'Europe. Elles ne prennent pas en considération les pays émergents qui représentent actuellement 50% de la richesse mondiale. Ces deux grandes lacunes expliquent à mon sens l'absence du succès global de ces différentes mesures.
Vous soutenez l'idée d'organiser un nouveau Bretton Woods afin de procéder à une refondation du système bancaire et financier international ? Ce sera, selon vous, la seule chose qui permettra de calmer véritablement les marchés. En quoi ceci autoriserait un retour à la confiance généralisé et durable des acteurs du marché ? En quoi cette conférence de dimension mondiale ne serait-elle pas encore une fois un simple soulagement de courte durée, tant la crise de confiance est une crise importante ?
Nous sommes confrontés en réalité à quatre difficultés majeures. En premier lieu, une crise de solvabilité aux Etats-Unis. Les emprunteurs américains sont dans l'impossibilité de rembourser leurs crédits et mettent les banques de détail en danger. Par ailleurs, il y a en Europe une crise de liquidité engendrée par une crise de confiance importante et nouvelle dans son mode de fonctionnement qui donne l'impression que les banques ne peuvent plus jouer leur rôle traditionnel de financier de l'économie. Qui plus est, nous sommes confrontés à une crise qui porte sur le commerce international, et qui s'est traduite notamment par l'échec du cycle de Doha à l'Organisation mondiale du commerce cet été. Enfin nous subissons une crise de volatilité sur les matières premières énergétiques et alimentaires. Toutes ces crises viennent se renforcer les unes aux autres. Pour recréer les conditions de confiance, il faut par conséquent que l'ensemble des problèmes soit traité par l'ensemble des acteurs. Il ne faut pas que le G7 discute seul en écartant de facto la moitié de la richesse mondiale, auquel cas nous n'aboutirons pas à une solution pérenne.
Des chantiers vous paraissent-ils plus importants que d'autres ? Ont notamment été évoquées la nécessité de définir un meilleur fonctionnement des agences de notation, un élargissement du périmètre de la réglementation prudentielle, un ajustement des normes comptables internationales, une fixation des règles du jeu appliquées par les fonds souverains, un encadrement des hedge funds, ou encore une amélioration du contrôle interne et de la supervision externe des institutions financières…
Je crois qu'il y a lieu d'ouvrir tous les chantiers à la fois. Néanmoins, s'il fallait donner un ordre de priorité, je mentionnerais la réglementation prudentielle et les normes comptables comme priorités absolues. Les normes comptables apparaissent à l'heure actuelle comme procycliques. Il faut peut-être considérer que la valorisation est fonction d'une certaine durée des engagements pris par les institutions financières. En cela, si une compagnie d'assurance décide de financer des retraites à 30 ans, il n'y a pas de sens de lui demander jour après jour la valorisation de ses actifs. Ensuite, je pense que nous devons définir des normes prudentielles procycliques. En cela nous devons rendre ces règles prudentielles souples par rapport à la situation économique dans laquelle on s'inscrit. Plus précisément, je pense qu'il y a lieu d'être moins exigeant en termes de fonds propres pour les banques si la situation économique est mauvaise.
Etes-vous partisan d'une redéfinition des attributions du FMI de manière à l'ériger en Organisation Mondiale de la Finance ?
Le FMI me parait être le lieu naturel de négociations car c'est la seule instance dans laquelle l'ensemble des pays sont représentés.
De quelle manière appréhendez-vous la résistance des Etats au nom de leur souveraineté nationale ?
Je ne crois pas que ce soit de bonne politique d'envisager que la souveraineté nationale ait vocation à disparaître. Chaque Etat considère qu'il est de son ressort d'assurer à ses concitoyens une certaine sécurité à la fois politique et économique.
Avez-vous un calendrier en tête concernant la mise en place de ce nouveau Bretton Woods ?
Je souhaiterais que cette conférence soit organisée le plus rapidement possible car elle pourrait durer de six mois à un an. Du temps sera en effet nécessaire pour déterminer les solutions aux problèmes qui doivent être traités. Je pense pour autant que la confiance sur les marchés pourra être restaurée dès l'annonce de la mise en place de cette conférence. Nous pourrions ainsi éviter une dépression ou une récession beaucoup plus brutale de l'économie mondiale.
Pourrait-on avancer une date à fin novembre à la suite des élections présidentielles américaines ?
Exactement.
Peut-on dire que tout risque systémique est à présent écarté ?
Absolument pas. Le risque systémique est avant tout concentré dans la liaison entre le système de financement des banques et l'économie réelle. C'est là que se situe le point clé et c'est là -dessus que les gouvernements doivent être très attentifs pour éviter une sorte de fermeture totale du robinet des crédits.
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