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«Il est important qu’on ne se trompe pas de solutions suite à cette crise»

23/10/2008 17:33 - JDF

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Qu'est-ce qui distingue la crise financière actuelle de celles que nous avons pues connaître par le passé ? Y a-t-il du sens à comparer la gravité de cette crise à celle de 1929 ?
Cette crise se distingue de par son caractère global et par le fait que les autorités financières ont su tirer les conséquences des crises précédentes. Les réactions ont été rapides et très énergiques. La mise en parallèle de cette crise avec celle de 1929 a du sens en ce que le risque sous-jacent est similaire. Ce qui fait que la crise de 1929 est devenue une véritable crise mondiale, c'est la mise à mal du système bancaire aux Etats-Unis. On remarque avec la crise actuelle, que bien qu'elle soit née dans un compartiment spécialisé des crédits et dans une région bien particulière du monde, pour autant, elle a affectée des institutions qui n'étaient pas directement concernées par le problème comme UBS.


Quel examen faites-vous sur la responsabilité qui incombe aux différents acteurs : les agences de notation qui ont mal évolué les produits structurés, les agents qui ont procédé à un fort effet de levier avec des produits très sophistiqués, les banques centrales qui ont eu pendant longtemps des politiques monétaires accommodantes, les régulateurs qui ont laissé sans surveillance ni contrôle certaines activités phares du système bancaire...
Je pense que cette crise tient à deux causes fondamentales. Le reste ayant simplement accéléré ou amplifié la diffusion de la crise. La première cause réside dans la politique monétaire et économique qui a été pratiquée. Tout d'abord le système américano-chinois d'alimentation du déficit de l'économie américaine a eu pour effet un gonflement des liquidités et une montée des prix des actifs immobiliers. Les banques centrales dans le monde entier ont, pour des raisons politiques aux Etats-Unis et techniques dans le reste du monde (faiblesse de l'inflation du fait de la pression sur les salaires), maintenu des taux d'intérêt relativement bas. La deuxième cause fondamentale de la crise actuelle est liée à la structure américaine de régulation financière, qui a permis une politique de crédit immobilier complètement déraisonnable et une dérive perverse de la titrisation. Certains acteurs importants ont pu octroyer des crédits immobiliers sans être contrôlés. Tout un système mis en place depuis de nombreuses années et reposant sur une longue évolution était tout d'un coup remis en cause par le développement de la technique de la titrisation dont un des effets premiers a été une augmentation considérable du risque. La cupidité de certaines banques, la négligence des agences de notation ont été des facteurs facilitant le développement et la propagation de la crise. Tout s'est passé comme si il y avait eu un virus au départ et que par la suite, le traitement n'ayant pas été administré à temps, l'état de santé du système général s'est détérioré.


Quel regard portez-vous sur l'évaluation des pertes faite par le FMI, de 2000 milliards de dollars ?
Je pense en effet que nous pourrions avoisiner ce montant en cas de forte récession. Au-delà des crédits subprimes, le dégonflement des prix de l'immobilier a des conséquences sur l'ensemble de la dette des ménages américains : cartes de crédit, crédits auto...


Quelles sont, selon vous, les perspectives d'évolution du secteur bancaire, compte tenu notamment de l'aversion persistante des investisseurs ?
Il est important qu'on ne se trompe pas d'objectifs et de solutions apportées suite à cette crise. Il ne faut pas renforcer les exigences en matière de fonds propres pour les banques commerciales, mais au contraire, de donner plus de flexibilité aux ratios demandés. Dès lors qu'une banque s'inscrit dans une situation critique et fait l'objet de fortes suspicions de la part du marché, la nécessité d'augmenter les fonds propres trouve sa pertinence. En revanche, si la banque est en bonne santé, elle n'a pas besoin d'avoir des fonds propres plus importants qu'habituellement. Le problème principal de la plupart des grandes banques est celui de leurs actifs illiquides, pas de leurs fonds propres.


Ne pensez-vous pas que le second tour de recapitalisation qui semble être nécessaire pour certains établissements se fera dans des conditions bien plus difficiles ?
Nous pouvons malheureusement le supposer dès lors que les investisseurs significatifs de ce secteur, autrement dit les fonds souverains, ont quelques peu été rafraîchis par les pertes significatives qu'ils ont du subir suite à leurs interventions en début d'année. Il faut que la confiance revienne.


Comment appréhendez-vous le retour à la confiance sur le marché interbancaire ?
Ce retour à la confiance est en train de se faire progressivement.


Peut-on envisager une autre faillite comparable à celle de Lehman ?
Je ne le pense pas.


Quel est votre sentiment concernant l'accélération de la consolidation du secteur bancaire, notamment au niveau européen ?
Cette consolidation n'est pas achevée. Je ne saurais pour autant me prononcer sur quels mariages pourraient se conclure.


Dans quelles situations se situent à cet égard les banques françaises ?
BNP Paribas a très bien résisté jusqu'à présent. L'opération avec Fortis me semble être un choix pertinent. Les autres banques françaises sont également dans l'ensemble relativement bien classées. Chacune tentera de déployer son jeu d'une manière ou d'une autre. Je serais personnellement un investisseur, avant de décider de placer mon argent dans une banque sur le long terme, je regarderais l'état de ses fonds propres mais surtout le niveau de ses liquidités, son bilan et ses perspectives notamment vis-à-vis de son business plan.


Est-ce qu'au final, vous portez un regard inquiet face à la crise économique ?
Inquiets, nous ne pouvons pas ne pas l'être. Assurément la crise n'est pas achevée. Le resserrement des conditions d'octroi des crédits aura forcément des conséquences négatives sur l'économie. Ce qui peut limiter les craintes, c'est que visiblement les autorités publiques dans plusieurs pays ont réagit de manière énergique. Et qu'il n'y a pas eu d'erreurs dans les grandes décisions qui ont été prises, par exemple, pas de mesures de protectionnisme des échanges commerciaux jusqu'à présent. C'est là que le contraste avec la crise de 1929 trouve toute sa signification. A l'époque, le drame a été provoqué par les erreurs de politique économique qui ont été faites...



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Propos recueillis par Imen Hazgui (Easybourse.com)