«Le sentiment de «panique» n’a vraiment pas lieu d’être»
Quel regard portez-vous sur la crise financière que nous traversons depuis maintenant un peu plus d'un an ?
Nous sommes confrontés à une crise d'un type classique mais qui se situe dans un contexte nouveau. Cette crise n'est au départ ni une crise boursière, ni une crise de change contrairement à la crise de 2001 ou encore à celle de 1998. C'est une crise de crédit. La plupart des crises financières sont des crises de crédit. Les banques ayant trop prêté pendant un certain moment, une partie de ces prêts doit être passée en pertes en raison d'un défaut de remboursement. Ce qui est nouveau, c'est que par le mécanisme de la titrisation, les pertes passées sur l'immobilier ont contaminé le bilan de la quasi totalité des institutions bancaires. Cela a perturbé la valeur des titres qui n'étaient pas initialement rattachés au marché immobilier. Un autre élément nouveau tient à la communication établie entre toutes les grandes économies mondiales, y compris progressivement avec les pays émergents. Par le jeu des allocations d'actifs une partie importante des risques américains a été portée par les banques européennes.
Y a-t-il du sens à comparer cette crise à celle de 1929 ?
Je ne pense pas qu'il y ait véritablement de sens à comparer les deux crises entre elles. 1929, c'est à peine dix ans après la première Guerre Mondiale. Beaucoup d'éléments étaient liés, en 1929, aux réactions des acteurs économiques, par exemple le protectionnisme, la recherche par certains pays notamment européens d'une valeur en or de leur monnaie antérieure à 1914. Ces comportements avaient à l'époque amplifié la crise. Nous ne voyons rien de tel aujourd'hui. Au contraire, les Etats ont réagi rapidement. La baisse boursière par ailleurs n'est pas du tout comparable à la baisse qui s'est déroulée lors de la crise de 1929. Pour autant, ceci n'enlève pas le caractère de gravité de la crise que nous connaissons aujourd'hui. Touchant massivement le secteur bancaire qui est au centre de l'irrigation des autres secteurs économiques, cette crise revêt un aspect particulier qui a d'ailleurs appelé une réponse tout aussi particulière de la part des autorités.
Quel est votre sentiment sur les différentes mesures prises jusqu'à présent pour tenter d'enrayer la progression de la crise ?
Les plans mis en place me semblent intelligents et adéquats aux problèmes du moment, autrement dit à la nécessité de mettre en place rapidement les moyens permettant aux banques de continuer à fonctionner et à financer l'économie. Hormis la faillite de Lehman, chaque fois qu'il y a eu le risque de déroute d'un acteur majeur du secteur financier, les Etats sont intervenus préventivement. Il est encore trop tôt pour juger de l'efficacité définitive des plans qui ont été établis. Mais d'ores et déjà , les taux du marché interbancaire se sont rapidement repliés.
Une autre faillite à l'instar de celle de Lehman Brothers vous semble-t-elle envisageable ?
Je ne le crois pas. Les garde-fous sont à présent en place et je pense sincèrement que le sentiment de « panique » n'a vraiment pas lieu d'être. Cela ne signifie pas que nous ne serons pas confrontés à des problèmes d'ordre économique.
La situation des banques vous paraît donc stabilisée ?
Dès lors que nous constaterons que les banques ne sont pas menacées, le marché interbancaire à vocation à recommencer à fonctionner normalement.Ceci étant, le problème n'est pas tellement que les banques ne veulent pas se prêter entre elles. Ce n'est pas leur rôle, sinon à quoi elles serviraient ?Le problème réside dans le fait que quasiment toutes les banques ont besoin de liquidités. Elles ont elles-mêmes besoin d'être financées pour pouvoir prêter à l'économie, aux entreprises, aux particuliers. C'est ainsi que les injections massives de liquidités par les banques centrales et la prise en charge temporaire des crédits consentis par les banques par les différents Etats me paraissent être des moyens suffisamment efficaces pour permettre aux établissements de se reconstituer et d'octroyer de nouveaux prêts.
Quelle perspective d'évolution envisagez-vous s'agissant de la politique monétaire de la BCE ?
La banque centrale européenne en est à mon avis au début d'un cycle de baisse de ses taux d'intérêt permis par une certaine désinflation à laquelle ont contribué essentiellement la baisse des prix du pétrole et des matières premières. Il est probable que le taux directeur de la BCE tombera à moins de 3%.
Quelle est votre perception quant à l'allocation d'actifs dans les différents principaux compartiments de marché : actions, obligations de crédit et les emprunts d'État ?
Je pense que dans ce contexte de forte volatilité, les particuliers n'ont pas intérêt à beaucoup bouger. La valeur de certains placements peut encore traverser des phases de baisse à court terme. Ils n'ont pas de raison d'être inquiets concernant leurs dépôts bancaires ni même concernant leurs placements monétaires classiques (bons du trésor, billets court terme), dont les taux d'intérêt sont satisfaisants. Il est pertinent d'investir dans les obligations d'entreprises solides à condition de les acheter dans un fond suffisamment diversifié où le risque est minimisé dans le cas où il y aurait une éventuelle difficulté sur une position. Les taux d'intérêt servis par les entreprises sont en effet élevés. Un certain nombre de grandes capitalisations rémunèrent leur dette à 7/8 % ce qui est un niveau très élevé. Nul ne peut dire quand exactement la bourse aura fini de baisser. Les fluctuations sont très importantes d'un jour à l'autre, car on entend parler de la récession économique à venir. Mais en réalité cette récession a déjà commencé. Et la bourse avait déjà en grande partie anticipé la forte dégradation de la conjoncture économique. Il n'y a donc pas lieu de compter cette récession deux fois. L'information sur ce point est en retard sur la réalité.
De quelle manière appréhendez-vous les risques sur le plan macro économique ?
Le paysage économique s'est déjà profondément dégradé dans les principales régions développées, États-Unis, Europe et Japon. Le risque qui demeure concerne le ralentissement des pays émergents. Les difficultés rencontrées par ces derniers ne sont pas complètement intégrées par le marché.
Sommes nous proches du point bas s'agissant du marché actions ?
Les bourses démarrent toujours lorsque nous sommes au creux de la récession. Au niveau actuel des marchés boursiers, si on a un horizon d'investissement relativement long, 3 ans, il y a de fortes probabilités d'avoir des plus-values significatives. Investir dans les actions dans une perspective de moyen terme n'est pas une mauvaise idée.
Dans quels types de valeurs en particulier est-il opportun d'investir ?
Les valeurs cycliques qui devraient rebondir avec la reprise économique, voire les valeurs bancaires, mais sous forme de fonds diversifiés entre plusieurs valeurs.
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