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Des terres et forêts pour protéger votre patrimoine

11/10/2008 00:00 - JDF

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Les forêts peuvent-elles résister alors que l'immobilier est entré dans un cycle baissier ? Pour Jean-Marie Barbier, directeur général de la Fédération des forestiers privés de France, il existe, certes, une corrélation, mais les forêts ne connaissent pas les mêmes fluctuations de prix que les appartements parisiens. L'évolution des prix est plus lente et moins spectaculaire. « Le marché forestier est très étroit, explique-t-il. Sur 11 millions d'hectares de forêts privées, les transactions sont de l'ordre de 100.000 hectares par an, soit environ 1 % du marché, et ce chiffre est stable d'année en année. » Les prix, en revanche, sont sujets à fluctuations, même si celles-ci ne sont pas spectaculaires, et on observe de fortes disparités en fonction des régions. « Les forêts les plus chères sont celles du sud-est de la France, et les moins chères celles du Centre, de l'Auvergne et du Limousin, qui sont pourtant les plus productives, observe Jean-Marie Barbier. En outre, les petites parcelles de 1 ou 2 hectares se vendent très bien et plus cher que les grandes forêts. » Les premières sont acquises pour l'agrément, les secondes pour l'exploitation, ce qui explique la différence de prix. Un prix qui n'a cessé de grimper ces dernières années (voir graphe), entraîné à la fois par la hausse de l'immobilier (certaines forêts comportent d'ailleurs du bâti) et par celle des matières premières. Si les prix restent bien orientés, il ne faut pas attendre d'un investissement forestier des rendements mirobolants. Un rendement modeste « Les revenus procurés par une petite forêt, c'est-à-dire un bien de moins de 10 hectares, restent anecdotiques », précise Eric Toppan, responsable du service économique de la Fédération des forêts privées de France. Bien sûr, tout dépend du prix d'achat, qui se situe dans une fourchette très large de l'ordre de 20.000 à 50.000 euros pour ce type de surface. On peut par exemple louer son bien pour la chasse à un prix moyen d'environ 50 euros l'hectare, soit un revenu annuel de 5.000 euros pour une surface de 100 hectares. » L'exploitation du bois est également une source de revenus et, ces dernières années, la demande en bois de chauffage a crû de manière forte et régulière : son prix a presque doublé en trois ans. « Les prix varient notamment en fonction de la proximité des grandes agglomérations, explique Eric Toppan. En région parisienne, on peut estimer un stère de bois en rondins d'un mètre en forêt à environ 40 euros, et 25 à 30 euros dans les autres régions. Le chêne et le hêtre ont plus de pouvoir calorifique, mais les résineux sont aussi très utilisés. Tous les deux ou trois ans, on peut produire une dizaine de stères de bois de chauffage par hectare. » Mais le bois trouve aussi, bien sûr, d'autres usages, notamment les essences nobles comme le chêne. « Un arbre de 120 à 150 ans, par exemple, produit environ 2 à 3 mètres cubes de bois à environ 100 euros le mètre carré », poursuit Eric Toppan. Pas de quoi, cependant, offrir une rentabilité alléchante. Pour une petite forêt, elle reste de l'ordre de 1,5 à 2 % en moyenne. Un autre moyen de rentabiliser sa forêt est de la louer pour la chasse, mais là encore tout dépend du territoire. Ainsi, la Sologne se trouve dans le haut de la fourchette de prix à l'achat comme à la location. « Il faut compter 7.000 à 8.000 euros l'hectare à l'achat, et environ 100 euros l'hectare pour la location », précise Eric Toppan. Sur les grandes forêts, acquises dans une optique d'exploitation, la rentabilité est supérieure et peut s'élever à 4 à 5 % brut, mais, bien souvent, la motivation se situe davantage dans une optique patrimoniale de diversification des actifs ou encore dans un contexte d'optimisation fiscale (voir page 18). Le prix du bois à la baisse Après avoir subi un effondrement des cours à la suite des tempêtes de 1999, le bois est redevenu une matière première recherchée, et les cours se sont envolés jusqu'en 2006, une année exceptionnelle. La seconde partie de l'exercice 2007 a vu la baisse des prix s'amorcer (résineux), une baisse qui se confirme nettement au premier semestre 2008, la demande étant très liée à l'activité du bâtiment. « Les bouleversements sur les marchés financiers touchent indirectement les marchés du bois français, notamment par le ralentissement de la demande mondiale. Le fort repli de la construction aux Etats-Unis a contraint les gros exportateurs allemands et autrichiens à revenir en catastrophe sur les marchés européens, et notamment en France (un tiers de notre consommation de sciages provient de ces pays). Au même moment, des tempêtes importantes (Allemagne, Autriche, Tchéquie...) ont augmenté l'offre », explique Eric Toppan. Seule exception, le chêne, qui, sur les trois dernières années, a vu sa valeur en bois d'oeuvre sur pied progresser de 40 à 50 %. « Pour le marché des bois français, la campagne de vente de cet automne-hiver 2008/2009 est placée sous le signe de la prudence, dans un contexte de marché très volatil après trois années d'embellie », conclut Eric Toppan. Pression foncière urbaine sur le prix des terres Quant aux terres agricoles, leur prix a suivi une évolution similaire. « Entre 1997 et 2007, ils ont augmenté de 61 %. L'évolution des conditions de financement explique cette hausse », commente Robert Levesque, directeur de Terres d'Europe‐Scafr. Mais cette forte hausse des prix est également due à un autre facteur : la pression foncière urbaine. Selon Robert Levesque, de nombreux citadins ou ruraux non agricoles ont acheté de l'espace, donc des terrains agricoles, pour des usages résidentiels (agrandissement de pelouses, parcs à chevaux, jardins, vergers...) et/ou en espérant qu'à terme les terrains puissent devenir constructibles. « Ces achats ont conduit à des hausses supérieures à 100 %, dans des secteurs résidentiels attractifs, comme le littoral, le Périgord ou le Sud-Est, par exemple », explique-t-il. Mais, sur les deux dernières années, la dynamique change. Les citadins et ruraux non‐agriculteurs commencent à se retirer du marché de l'espace. L'élevage rencontre des difficultés et les prix fonciers stagnent ou s'orientent à la baisse. En revanche, l'augmentation du prix des céréales entraîne à la hausse le prix de la terre dans les régions de grandes cultures. « Sur le long terme, la demande structurelle de produits végétaux est orientée à la hausse avec l'augmentation de la population (de 6,5 milliards de personnes à 9 milliards à l'horizon 2050). Il faudrait augmenter la production alimentaire d'ici à 2050 de 80 %. Les prix des produits végétaux ont toutes chances d'augmenter, avec une possibilité de volatilité forte des prix s'il n'y a aucune régulation. Cette tendance va être un facteur de hausse du prix des terres dans les régions de grandes cultures », estime Robert Levesque.
DOSSIER RÉALISÉ PAR MARIE-CHRISTINE SONKIN (SUITE PAGE 18)