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Très solide, BNP Paribas sera l'un des géants de l'Europe bancaire post-crise

11/10/2008 00:00 - JDF

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Depuis la faillite de Lehman Brothers, une crise de liquidité aiguë paralyse le secteur bancaire. Les banques les moins solvables sont attaquées à tour de rôle par des fonds spéculatifs.
De nouveaux établissements devraient encore tomber. Seules les maisons les plus solides peuvent affronter un tel cataclysme, et en tirer des opportunités pour préparer leur futur. Avec l'acquisition des actifs de Fortis, BNP Paribas s'affiche résolument dans ce camp.
Comment l'opération s'est-elle in fine débloquée ?
Les espoirs de BNP Paribas d'acquérir Fortis semblaient bien enterrés lundi 29 septembre, les trois gouvernements du Benelux ayant opté pour une quasinationalisation de la banque.
Mais l'entente entre les Etats a peu duré. Au cours de la semaine, les Pays-Bas se sont résolus à nationaliser totalement les actifs hollandais de Fortis. La Belgique et le Luxembourg ont répliqué en optant pour une vente de leurs propres actifs. Dans les rangs des acheteurs depuis le début, BNP Paribas a remporté l'affaire.
Qu'apporte cette opération à BNP Paribas ?
A l'issue de l'opération, BNP Paribas contrôlera 75 % des activités bancaires de Fortis Belgique, 67 % de celles de Fortis Luxembourg et 100 % de Fortis Assurance Belgique. Les équipes de Baudoin Prot mettent ainsi la main sur 1.100 agences de détail, qui recouvrent 3,2 millions de nouveaux clients. BNP Paribas reprend également des activités de banque privée, de gestion d'actifs, d'assurance et des réseaux à l'étranger, notamment en Turquie. L'établissement deviendra la première banque de dépôt et la première entité de private banking de la zone euro.
Après l'acquisition des actifs de Fortis, les dépôts de la banque augmentent de 239 milliards d'euros, pour atteindre 586 milliards. Et son ratio de solvabilité s'accroît de 35 points de base. Le profil de risque de la banque s'améliore d'autant.
Comment évaluer le prix payé par la banque française ?
BNP Paribas va débourser 14,7 milliards d'euros pour acquérir l'ensemble des actifs. Les activités bancaires seront financées à hauteur de 9 milliards d'euros en titres, souscrits par les gouvernements belge et luxembourgeois. Elles se négocient donc 0,7 fois la valeur de leurs fonds propres, contre une moyenne de 2,1 pour les dernières transactions réalisées en France.
Le pôle assurance, valorisé 5,7 milliards d'euros, est payé en numéraire. Ce prix d'acquisition correspond à la valeur intrinsèque des actifs de Fortis Assurance. Les deals récents du secteur valorisaient les actifs acquis entre 1,5 fois et 2 fois leur valeur intrinsèque, 1,9 fois pour AmerUs et 1,56 fois pour Winterthur, par exemple.
L'acquisition comporte-t-elle des risques ?
Toute transaction réalisée en cette période trouble comporte une part d'inconnu, ce qui motive des prix d'acquisition très attrayants.
L'opération de BNP Paribas nous inspire plutôt confiance. Les différents acteurs ont monté une structure de défaisance qui accueillera les 10,4 milliards d'actifs risqués que comportait encore le bilan de Fortis. BNP Paribas ne reprendra que 10 % de ce portefeuille.
En prévision de possibles difficultés opérationnelles, Standard & Poor's a placé la notation de la dette de la banque sous perspectives négatives. Nous ne partageons pas cette inquiétude. L'historique d'intégration de BNP Paribas, notamment avec sa filiale BNL, est très solide.
Quelles sont les conséquences pour les actionnaires ?
Tous les analystes s'entendent sur ce point, l'opération sera relutive dès la première année pour les actionnaires. En pro forma, les actifs de Fortis apporteront environ 1,5 milliard d'euros de résultats supplémentaires à BNP Paribas. Nous avons revu nos estimations. D'après nos calculs, l'opération permettra une augmentation de 7,7 % du bénéfice net par action dès 2008. L'entrée des Etats du Benelux au tour de table va renforcer sa stabilité. L'Etat belge devient le premier actionnaire, devant Axa.
BNP Paribas peut-il se permettre d'autres acquisitions ?
Le bilan de BNP Paribas sera renforcé par cette acquisition. Financièrement, la banque peut donc se permettre de digérer d'autres cibles. D'autant que les actionnaires historiques n'ont pas été sollicités pour Fortis ; l'augmentation de capital sera entièrement souscrite par les Etats belge et luxembourgeois.
Cela dit, la prudence reste loi rue d'Antin. Baudoin Prot ne s'engagera qu'à contrecoeur sur deux grands chantiers opérationnels en même temps. La banque pourrait en revanche, selon les opportunités, compléter son portefeuille par quelques actifs européens de plus petite taille.
Quelles autres banques auraient pu remporter les actifs de Fortis ?
D'après nos informations, les principaux concurrents de BNP Paribas sur l'opération étaient les banques néerlandaises ING et Rabobank.
A quoi ressemblera le paysage bancaire européen de l'après-crise ?
Entamée dans la stupeur avec le dépeçage d'ABN-Amro, la concentration tant attendue du secteur bancaire européen se poursuit au rythme des faillites... Seule une crise d'une telle ampleur pouvait casser si facilement les marchés nationaux. Quelques géants vont émerger. Parmi eux, BNP Paribas tiendra une place de choix.

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NOTRE CONSEIL
Achat. BNP Paribas est la seule valeur bancaire sur laquelle nous sommes restés positifs depuis le début de la crise. L'acquisition des actifs de Fortis renforce cette opinion.

Nous revoyons nos estimations de résultats et notre objectif

de cours à la hausse. Nous visons désormais 80 euros. Malgré ces perspectives positives, notre note de risque est maintenue à un niveau élevé, 4 sur une échelle de 5. Le secteur va rester très chahuté (code : BNP, Comp. A, SRD).

ANNE DE GUIGNÉ