Archives Journal des Finances

Le « gentleman » belge a conquis la Champagne

20/09/2008 00:00 - JDF

  Texte plus grand Texte plus petit Séparateur

VRANKEN POMMERY -

 
Rendez-vous dans la cour de marbre de l'hôtel George-V, un des plus beaux palaces parisiens, par un bel après-midi du mois de septembre. L'écrin sied tout à fait à ce personnage habitué depuis sa plus tendre enfance à évoluer dans l'univers du luxe. Ses premiers mots sont pour la magnifique décoration florale imaginée par Jeff Leatham (Ndlr : directeur artistique du George-V). Le sens du détail et l'amour du beau : voilà ce qui vient d'emblée à l'esprit lorsqu'on rencontre ce patron aux allures de dandy, à la tête d'une des plus belles maisons de champagne. Belge d'origine et Champenois de coeur, Paul-François Vranken revendique sans complexe cette double nationalité affective. Sa société est d'ailleurs cotée depuis dix ans à Paris et à Bruxelles.
« J'ai souhaité rendre à mon pays une partie de ce qu'il m'avait donné », explique Paul-François Vranken, qui verrait d'un bon oeil un rapprochement entre la Wallonie, « française dans son sang et dans ses tripes », et la région Champagne-Ardenne. Provocation ou trait d'humour, difficile de savoir. L'homme est assez facétieux et, ce jour-là, il n'a aucune envie de refaire l'histoire du groupe. Parler du passé, de ses débuts dans une profession qui ne lui a pas toujours fait de cadeaux, ne l'intéresse pas. Un excès de modestie ? Sans doute pas, même si ses amis, contrairement à ses détracteurs, lui prêtent cette qualité. Pas d'orgueil démesuré non plus, mais une grande fierté du travail accompli depuis qu'il a fondé sa société, en 1976, avec un capital de départ de 130.000 francs, correspondant à la prime versée par son premier employeur, le groupe Bass Charrington. A 23 ans, il décide de se lancer dans le champagne en créant sa propre marque, Vranken. Audacieux, Paul-François Vranken part à l'assaut de la grande distribution. Ce que certains perçoivent d'abord comme une hérésie sera la clé du succès. Le patron déploie tous ses talents de commercial pour être présent dans chacune des grandes enseignes françaises.
Le développement de la société est une succession de coups osés dont les risques sont toujours maîtrisés, depuis l'acquisition en 1983 de la maison de cognac Charles Lafitte, qui deviendra une de ses principales marques de champagne, au rachat de la Maison Pommery, vingt ans plus tard, en passant par la création de Demoiselle. Trente ans plus tard, Vranken-Pommery Monopole écoule 21 millions de bouteilles dans le monde.
Une impatience maîtrisée
« Un des points forts de Paul-François Vranken depuis la création du groupe est d'avoir su travailler intelligemment avec les vignerons et ses partenaires financiers », explique Paul Bamberger, directeur général de la société. A cela s'ajoutent une connaissance intuitive du consommateur et une grande exigence de travail.
Cet impatient de nature a su concilier sa volonté de réussir et la notion de temps : « Il a su s'adapter au rythme lent de la vigne », explique Thibault Leclerc, directeur du Bottin gourmand, convaincu qu'il faut avoir passé quelques jours avec Paul-François Vranken dans ses vignes au Portugal, dans le Douro, pour connaître le personnage.
Aujourd'hui, à plus de 60 ans, Paul-François Vranken s'est lancé de nouveaux défis : « Le champagne doit évoluer vers des millésimes et trouver ses lettres de noblesse à l'égal des grands vins de Bordeaux ! » Il souhaite aller de plus en plus vers des champagnes millésimés. « Nous présenterons, le 1er mars prochain, dans les caveaux de la Villa Demoiselle, dont la restauration vient d'être achevée, tous les millésimes du XXe siècle et quelques-uns du XIXe », se réjouit-il.
Autre défi, le développement des vins rosés. Lorsqu'il annonce en mai 2005 la reprise, à titre personnel, des Domaines Listel, il laisse la communauté financière perplexe. Lui ne doute pas de sa capacité à faire de ce produit un vin d'excellence. « Listel n'est pas une danseuse, tient à préciser Thibault Leclerc, il savait que sa démarche serait difficile, mais il va appliquer à Listel les méthodes qui ont fait son succès dans le champagne. » Autrement dit acquérir une marque qui a du potentiel, notamment à l'international, et la faire monter en gamme. Quand il aura réussi, il pourra ramener Listel dans le giron de Vranken-Pommery.
En attendant, lorsqu'il n'arpente pas les vignes, Paul-François Vranken court les expositions d'art contemporain auxquelles son ami Alain-Dominique Perrin, qui a longtemps dirigé la maison Cartier, l'a initié. La Maison Pommery organise chaque année de grandes manifestations culturelles, pour le plus grand plaisir de Paul-François Vranken et de son épouse.
CATHERINE REKIK