« La banque est une affaire trop sérieuse pour être laissée aux banquiers uniquement »
Quelles conclusions tirez-vous de vos résultats trimestriels ?
Notre analyse n'a pas changé depuis que nous avons dévoilé le renforcement des provisions de FSA, début août. Compte tenu de l'environnement actuel extrêmement dégradé, notre bilan est bon. Hors FSA, Dexia affiche une croissance du résultat net sous-jacent de 24 %, à 760 millions d'euros, au deuxième trimestre. Si l'on intègre les provisions de FSA, le résultat net est en baisse de 32,4 %, à 532 millions d'euros. Après prise en compte des mesures FSA, notre solvabilité reste excédentaire, avec un ratio Tier 1 très solide à 11, 4 %.
Pensez-vous que ces résultats seront en mesure de rassurer les marchés ?
Ma tâche consiste à gérer l'entreprise, en apportant une information transparente et complète au marché. Je ne suis pas rivé sur le cours de Bourse à court terme.
Le marché est extrêmement volatil, et les investisseurs n'ai-ment pas l'incertitude. Il y a de nombreux éléments exogènes qui influencent le marché sur lesquels nous n'avons aucune influence. Nous vivons une crise exceptionnelle qui concerne l'ensemble du secteur financier.
Que pouvez-vous dire à vos actionnaires, qui ont vu le cours de Bourse décliner de plus de 55 % en un an ?
Je suis aussi intéressé, à titre individuel, par le cours de l'ac-tion. Et comme tous les actionnaires j'en déplore le niveau, qui, à mon avis, ne correspond pas aux sous-jacents du groupe. Sur 90 % de nos activités bancaires, le bilan est plus qu'honorable. Seul FSA comporte une part d'incertitude. Il faut garder la tête froide.
Nous souhaitons d'ailleurs maintenir notre politique de dividende. Les décisions seront prises au printemps prochain par l'assemblée générale de mai 2009 en fonction de la situation à ce moment-là .
Comment expliquer les difficultés de votre filiale FSA ?
30 % de l'activité de notre filiale américaine reposait sur le rehaussement des créances ABS (Asset Back Securities). Une partie de ces créances a été profondément affectée par la crise immobilière américaine, au-delà de nos prévisions initiales. Nous avons dû ainsi provisionner 634 millions d'euros, avant impôts, au deuxième trimestre.
Pouvez-nous rappeler le plan mis en place pour circonscrire le risque FSA ?
Nous allons abandonner les activités de rehaussement d'ABS pour nous recentrer sur les services financiers aux collectivités. Afin d'assurer le bon déroulement de cette transition, nous avons annoncé début août l'injection de 300 millions de dollars au capital de FSA. En juin, nous avions octroyé une ligne de crédit de 5 milliards de dollars à la société de gestion d'actifs de l'activité financial products de FSA.
Aviez-vous envisagé une cession de FSA ?
Nous avons examiné l'ensemble des possibilités. Recentrer FSA sur le marché des « muni » nous a semblé être la meilleure solution.
Je suis en effet convaincu qu'il restera toujours une forte demande d'assurances sur le marché américain des financements locaux.
Aujourd'hui, le contexte macroéconomique parle en ce sens. Les Etats-Unis sont entrés dans une forme de récession. Les rentrées fiscales des municipalités vont être mises sous pression. Ce qui rendra ces dernières très sensibles au renchérissement du coût de leur financement. Investir dans les protections des rehausseurs notés AAA ou, pourquoi pas, AA deviendra indis-pensable.
Etes-vous directement menacés par les difficultés de Fannie Mae et Freddie Mac ?
Non, nous ne sommes pas directement menacés car nous n'avons pas de leur papier dans nos portefeuilles. Mais personne n'a évidemment intérêt à leur effondrement. Cela renforcerait la pression sur l'ensemble des acteurs de l'immobilier.
Votre plan sur dix ans, dans lequel vous prévoyiez une croissance annuelle de 10 %, est-il toujours tenable ?
Nous ne passons pas notre temps à réviser nos objectifs. Nous le ferons, si nécessaire, en fin d'année.
Qu'en est-il de votre projet de faire de Dexia une banque universelle en détail ? Des acquisitions sont-elles envisageables ?
La crise ouvre des opportunités. Mais, compte tenu de notre cours de Bourse, nous voulons éviter toute acquisition qui nécessiterait une augmentation de capital dilutive pour les actionnaires.
Quelle est votre analyse sur le marché du financement des collectivités locales ?
L'évolution de ce secteur est relativement indépendante des grands cycles économiques internationaux. Il répond à des demandes locales.
Notre résultat net sous-jacent sur cette activité a progressé de 54 % au deuxième trimestre, grâce à nos trois axes de développement : croissance géographique, enrichissement de la gamme de produits et développement en périphérie de notre activité auprès des collectivités locales dans les domaines de la santé ou du logement, par exemple.
Une sortie de crise prochaine vous paraît-elle probable ?
Je n'y compte pas avant mi-2009 ou début 2010. La crise immobilière américaine est très sévère, je ne crois pas qu'elle puisse durer moins de deux ans. Il est difficile de se projeter aujourd'hui car les signes sont contradictoires.
D'un côté, l'immobilier américain semble doucement se stabiliser, mais, d'un autre, les banques souffrent de plus en plus de la résorption de la liquidité des marchés. Leurs passifs vont se rétracter, ce qui aura un fort impact sur l'économie. En fait, le tableau général me paraît plutôt négatif.
Pouvait-on éviter la crise ?
Les crises sont inévitables, mais la gravité de celle-ci aurait pu être modérée si les banques étaient mieux encadrées. Le milieu financier a besoin d'une véritable gouvernance, et non de normes comptables qui accentuent la volatilité des résultats.
On le voit, la banque joue un rôle majeur de régulation des économies mondiales. C'est une affaire trop sérieuse pour être laissée aux banquiers uniquement.
Notre analyse n'a pas changé depuis que nous avons dévoilé le renforcement des provisions de FSA, début août. Compte tenu de l'environnement actuel extrêmement dégradé, notre bilan est bon. Hors FSA, Dexia affiche une croissance du résultat net sous-jacent de 24 %, à 760 millions d'euros, au deuxième trimestre. Si l'on intègre les provisions de FSA, le résultat net est en baisse de 32,4 %, à 532 millions d'euros. Après prise en compte des mesures FSA, notre solvabilité reste excédentaire, avec un ratio Tier 1 très solide à 11, 4 %.
Pensez-vous que ces résultats seront en mesure de rassurer les marchés ?
Ma tâche consiste à gérer l'entreprise, en apportant une information transparente et complète au marché. Je ne suis pas rivé sur le cours de Bourse à court terme.
Le marché est extrêmement volatil, et les investisseurs n'ai-ment pas l'incertitude. Il y a de nombreux éléments exogènes qui influencent le marché sur lesquels nous n'avons aucune influence. Nous vivons une crise exceptionnelle qui concerne l'ensemble du secteur financier.
Que pouvez-vous dire à vos actionnaires, qui ont vu le cours de Bourse décliner de plus de 55 % en un an ?
Je suis aussi intéressé, à titre individuel, par le cours de l'ac-tion. Et comme tous les actionnaires j'en déplore le niveau, qui, à mon avis, ne correspond pas aux sous-jacents du groupe. Sur 90 % de nos activités bancaires, le bilan est plus qu'honorable. Seul FSA comporte une part d'incertitude. Il faut garder la tête froide.
Nous souhaitons d'ailleurs maintenir notre politique de dividende. Les décisions seront prises au printemps prochain par l'assemblée générale de mai 2009 en fonction de la situation à ce moment-là .
Comment expliquer les difficultés de votre filiale FSA ?
30 % de l'activité de notre filiale américaine reposait sur le rehaussement des créances ABS (Asset Back Securities). Une partie de ces créances a été profondément affectée par la crise immobilière américaine, au-delà de nos prévisions initiales. Nous avons dû ainsi provisionner 634 millions d'euros, avant impôts, au deuxième trimestre.
Pouvez-nous rappeler le plan mis en place pour circonscrire le risque FSA ?
Nous allons abandonner les activités de rehaussement d'ABS pour nous recentrer sur les services financiers aux collectivités. Afin d'assurer le bon déroulement de cette transition, nous avons annoncé début août l'injection de 300 millions de dollars au capital de FSA. En juin, nous avions octroyé une ligne de crédit de 5 milliards de dollars à la société de gestion d'actifs de l'activité financial products de FSA.
Aviez-vous envisagé une cession de FSA ?
Nous avons examiné l'ensemble des possibilités. Recentrer FSA sur le marché des « muni » nous a semblé être la meilleure solution.
Je suis en effet convaincu qu'il restera toujours une forte demande d'assurances sur le marché américain des financements locaux.
Aujourd'hui, le contexte macroéconomique parle en ce sens. Les Etats-Unis sont entrés dans une forme de récession. Les rentrées fiscales des municipalités vont être mises sous pression. Ce qui rendra ces dernières très sensibles au renchérissement du coût de leur financement. Investir dans les protections des rehausseurs notés AAA ou, pourquoi pas, AA deviendra indis-pensable.
Etes-vous directement menacés par les difficultés de Fannie Mae et Freddie Mac ?
Non, nous ne sommes pas directement menacés car nous n'avons pas de leur papier dans nos portefeuilles. Mais personne n'a évidemment intérêt à leur effondrement. Cela renforcerait la pression sur l'ensemble des acteurs de l'immobilier.
Votre plan sur dix ans, dans lequel vous prévoyiez une croissance annuelle de 10 %, est-il toujours tenable ?
Nous ne passons pas notre temps à réviser nos objectifs. Nous le ferons, si nécessaire, en fin d'année.
Qu'en est-il de votre projet de faire de Dexia une banque universelle en détail ? Des acquisitions sont-elles envisageables ?
La crise ouvre des opportunités. Mais, compte tenu de notre cours de Bourse, nous voulons éviter toute acquisition qui nécessiterait une augmentation de capital dilutive pour les actionnaires.
Quelle est votre analyse sur le marché du financement des collectivités locales ?
L'évolution de ce secteur est relativement indépendante des grands cycles économiques internationaux. Il répond à des demandes locales.
Notre résultat net sous-jacent sur cette activité a progressé de 54 % au deuxième trimestre, grâce à nos trois axes de développement : croissance géographique, enrichissement de la gamme de produits et développement en périphérie de notre activité auprès des collectivités locales dans les domaines de la santé ou du logement, par exemple.
Une sortie de crise prochaine vous paraît-elle probable ?
Je n'y compte pas avant mi-2009 ou début 2010. La crise immobilière américaine est très sévère, je ne crois pas qu'elle puisse durer moins de deux ans. Il est difficile de se projeter aujourd'hui car les signes sont contradictoires.
D'un côté, l'immobilier américain semble doucement se stabiliser, mais, d'un autre, les banques souffrent de plus en plus de la résorption de la liquidité des marchés. Leurs passifs vont se rétracter, ce qui aura un fort impact sur l'économie. En fait, le tableau général me paraît plutôt négatif.
Pouvait-on éviter la crise ?
Les crises sont inévitables, mais la gravité de celle-ci aurait pu être modérée si les banques étaient mieux encadrées. Le milieu financier a besoin d'une véritable gouvernance, et non de normes comptables qui accentuent la volatilité des résultats.
On le voit, la banque joue un rôle majeur de régulation des économies mondiales. C'est une affaire trop sérieuse pour être laissée aux banquiers uniquement.
PROPOS RECUEILLIS À BRUXELLES PAR ANNE DE GUIGNÉ
