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« Nous démontrons notre capacité à sauver nos marges en augmentant nos prix »

02/08/2008 00:00 - JDF

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La Bourse a très bien accueilli votre résultat trimestriel. Comment expliquez-vous ces bonnes performances ? Les bons résultats publiés ce trimestre démontrent notre capacité à défendre nos marges et notre profitabilité en augmentant nos prix de vente. Ceux-ci ont progressé de 8,1 % en moyenne, ce qui représente un effet positif de 95 millions d'euros qui compense la flambée des coûts d'approvisionnement et une partie de l'effet de change. En début d'année, nous avions prévenu le marché que nous étions confrontés à un double défi lié au renchérissement du prix des matières premières d'une part et à des effets de change très défavorables d'autre part. Nos craintes se sont confirmées puisque, sur le seul deuxième trimestre, la hausse des matières première nous a coûté 78 millions d'euros et la baisse du dollar face à l'euro et au real brésilien, 34 millions. En dépit de cela et malgré des volumes stables qui traduisent notre volonté de donner la priorité aux prix, nous annonçons un résultat opérationnel en hausse de 15 %, ainsi qu'un bénéfice net trimestriel de 35 millions d'euros, contre 3 millions l'an dernier. Pensez-vous pouvoir continuer à imposer des hausses de prix dans un environnement marqué par des craintes de ralentissement ? La demande est restée ferme au deuxième trimestre et nous ne percevons aujourd'hui aucun signe de ralentissement. Nous sommes bien entendu attentifs à l'évolution de la conjoncture mais profitons toujours du dynamisme des pays émergents d'Asie et d'Amérique latine, où nous réalisons 44 % de notre chiffre d'affaires, contre seulement 17 % aux Etats-Unis, par exemple. De plus, notre positionnement sur des marchés de substitution, avec des produits innovants correspondant aux enjeux développement durable de nos clients, nous permet de passer les hausses de prix nécessaires. Quelles sont vos prévisions pour l'année 2008 ? En dépit d'un impact négatif lié à la hausse du prix des matières premières que nous estimons à plus de 300 millions d'euros en année pleine, contre 120 millions en 2007, nous pensons que notre excédent brut d'exploitation (Ebitda) sera très proche de celui dégagé l'an dernier, avec un écart qui ne devrait pas dépasser 5 %. Le bénéfice net par action devrait par ailleurs progresser en raison, par exemple, des économies de frais financiers consécutives à la restructuration de notre dette intervenue en mai 2007. Votre bilan porte 1,65 milliard euros de dettes au 30 juin 2008. La faiblesse de votre structure financière ne constitue-t-elle pas un handicap ? Le groupe a une structure financière solide et plus de 300 millions d'euros de cash disponible dans son bilan. Notre dette doit s'apprécier par rapport à notre capacité à générer du cash par notre activité courante. Or, de ce point de vue, avec un endettement financier qui représente environ 1,8 fois l'Ebitda, nous nous rapprochons de la situation de nos pairs. Nous n'avons sur notre dette obligataire aucune échéance avant 2013 et 2014, et nous générerons à nouveau un cash-flow libre largement positif cette année. La cession des isocyanates permettra également à Rhodia de poursuivre la réduction de sa dette. L'enjeu, aujourd'hui, pour Rhodia n'est pas sa dette mais sa capacité à défendre ses marges dans un contexte de hausse du prix des matières première et d'effets de change défavorables. Comment évoluera le dividende cette année ? Nous avons distribué un premier dividende au titre de l'exercice 2007 en affichant notre volonté de faire croître ce dividende au fil du temps. Les perspectives que nous dressons aujourd'hui devraient nous permettre de réaliser cet objectif dès 2008. Où se situent vos relais de croissance ? Le groupe opère sur six secteurs d'activité, dont quatre sont identifiés comme des plates-formes de croissance. C'est le cas du polyamide (le Nylon), dans lequel nous produisons des polymères ou des plastiques techniques. Nous fournissons également des formulations industrielles et des solutions de haute performance à des industries telles que la cosmétique ou la détergence. Nous sommes leaders des silices de haute performance, des compositions à base de terres rares et des diphénols. Enfin, nous disposons d'une position forte sur le marché des crédits carbone du fait de notre engagement historique dans la réduction de nos émissions de gaz à effet de serre. Avec 44 % de l'activité réalisée en Asie et en Amérique du Sud, nous sommes très présents dans les pays émergents qui offrent de belles perspectives de croissance. Quelle est la pérennité de vos revenus issus de la vente de carbone ? Rhodia réduit fortement ses émissions de gaz à effet de serre et valorise ses efforts dans le cadre du protocole de Kyoto. Les crédits d'émission de CO2 ont généré 32 millions d'Ebitda au cours du deuxième trimestre. Nous avons aujourd'hui une bonne visibilité sur les volumes de crédit que nous générerons jusqu'en 2013. Par ailleurs, le marché des crédits carbone s'est beaucoup développé, avec des prix qui se sont appréciés au cours des douze derniers mois. Rhodia évolue dans un secteur considéré comme cyclique. Que répondez-vous au marché ? Les bons résultats que nous venons de réaliser montrent notre capacité de résistance dans une conjoncture difficile. Nous avons, comme la plupart de nos concurrents d'ailleurs, fortement réduit notre exposition aux cycles économiques en nous orientant vers des activités à plus forte valeur ajoutée et en concentrant notre portefeuille sur des métiers où nous avons des positions de leader mondial. La chimie est à la base de nombreuses applications industrielles et de la vie quotidienne, et apporte des solutions toujours plus innovantes. Elle a un bel avenir devant elle. Vous travaillez à hauteur de près de 50 % sur des produits à base de pétrole. Qu'en est-il de la chimie verte ? Nous augmentons sans cesse la part de notre production à partir de matières premières renouvelables. Ainsi au Brésil, où nous réalisons 17 % de notre chiffre d'affaires, nous sommes le premier consommateur industriel d'éthanol fabriqué à partir de la canne à sucre. Au global, le tiers de notre activité est réalisé sur des produits satisfaisant aux attentes environnementales de nos clients. Dans l'automobile, par exemple, nos matériaux à base de terres rares pour la catalyse, nos plastiques techniques qui viennent en substitution de pièces métal, et nos silices de haute performance pour des pneus à faible consommation de carburant aident les constructeurs à répondre aux enjeux majeurs que constituent les économies d'énergie, la réduction des émissions de CO2 et la préservation de la qualité de l'air.
PAR ROLAND LASKINE