Archives Journal des Finances

Un homme de terrain pour séduire la Bourse

26/07/2008 00:00 - JDF

  Texte plus grand Texte plus petit Séparateur
Après trente ans passés dans le groupe à occuper divers postes dans des filiales avant d'en prendre la direction opérationnelle en 2004, il ne cache pas sa joie. Jean-Louis Chaussade a partagé avec ses équipes un même enthousiasme pour écrire cette nouvelle page de l'histoire de Suez Environnement. « Equipe », un mot qui revient souvent dans ses discours. « On peut extraire beaucoup plus d'énergie d'une équipe que d'une somme d'individus, même brillants », déclare en substance l'intéressé qui a souvent utilisé sa « pêche » pour redonner confiance et motiver ses collaborateurs dans les situations difficiles qui ont jalonné son parcours.
En 1988, dix ans après ses débuts chez Degrémont comme ingénieur, il est envoyé en Espagne, à Bilbao, où l'ETA vient de faire sauter le siège de la société dont il est chargé de la restructuration. C'est le début d'un long parcours d'expatrié dans des pays hispanophones. « A partir de ce moment, je suis devenu latino », déclare Jean-Louis Chaussade. En 1992, une nouvelle mission l'attend à Barcelone, où il mène à bien le redressement d'Aguas de Barcelona, puis celui de la filiale locale de Dumez qui vient alors de fusionner avec la Lyonnaise des Eaux. « Chaque fois, on a fait appel à moi pour relancer des filiales en difficulté. C'étaient des missions compliquées », reconnaît-il. Souvent guidé par ses intuitions, il s'en tire plutôt bien.
Repéré par sa hiérarchie, il se voit proposer en 1996 un poste en Argentine alors qu'il n'a pas vraiment envie de quitter Barcelone où il coule des jours heureux avec sa femme et ses quatre filles. Ce bon vivant s'accommode bien de la vie nocturne locale. Mais Buenos Aires est une opportunité qui ne se refuse pas. Il s'agit de diriger une des plus grandes concessions d'eau du groupe à l'étranger.
Après avoir vu l'Espagne post-franquiste accéder à la modernité, il s'envole en famille vers ce qui est alors considéré par de nombreux investisseurs comme un nouvel eldorado. Mais, cette fois-ci, le voyage n'aura pas une fin très heureuse. Car, s'il n'a rien à se reprocher sur le plan opérationnel, Jean-Louis Chaussade va subir de plein fouet la fin du miracle argentin. Il ne laisse pourtant paraître aucune amertume lorsqu'il évoque cet épisode de sa vie professionnelle. Au contraire. « L'Argentine a été une expérience passionnante. Nous y avons vécu des moments très forts, surtout lorsque nous avons amené l'eau potable dans les bidonvilles et raccordé 2 millions d'habitants supplémentaires au réseau. » Contraint de quitter le pays, le groupe subira de lourdes pertes financières.
Des racines solides dans le Périgord
Qu'importe, l'expérience aura amené les dirigeants de Suez à plus de prudence dans leurs projets de développement à l'international. « Quant à Jean-Louis, cet échec l'a perturbé, mais pas abattu. Au contraire, cela lui a donné l'envie de rebondir », confie un de ses proches. Retour aux sources, en France, où Gérard Mestrallet lui confie les rênes de Degrémont et la difficile tâche de mettre en oeuvre un plan social. Il se voit ensuite offrir en 2004 les commandes de Suez Environnement. C'est la fin d'un long parcours d'expatrié pour ce fils de préfet, habitué depuis l'enfance à déménager régulièrement.
Paris, mais surtout sa maison dans le Périgord, où il consacre ses week-ends non pas à cultiver son jardin mais à planter des arbres, sont devenus ses points d'ancrage.
Fasciné par l'aventure du canal qui a ouvert la Méditerranée sur l'Asie, il occupe aujourd'hui le bureau des anciens gouverneurs de la Compagnie du Canal de Suez. Bureau dans lequel était installé il n'y a pas si longtemps Gérard Mestrallet. On ne peut d'ailleurs s'empêcher de s'interroger sur le fonctionnement de ce curieux tandem. D'un côté, un pur produit des grandes écoles françaises, rompu aux arcanes du pouvoir et familier du CAC 40. D'un autre, affichant également une belle brochette de diplômes (Sciences-Po, Harvard), un homme « heureux d'avoir eu la chance de progresser dans ungroupe qui lui a donné la possibilité de faire tant de métiers différents ». Le tandem fonctionne bien, au dire de leur entourage respectif. « Avec sa nature, sa force de caractère, Jean-Louis impose souvent le style de la relation », déclare, un brin amusé, un membre du comité exécutif. Mais dans le cas présent, Mestrallet reste le maître du jeu.
On imagine mal Jean-Louis Chaussade devenir un chantre de la communication sous prétexte qu'il dirige une société désormais cotée en Bourse. « Il continuera plutôt à faire du terrain, car c'est de là qu'il tire sa légitimité », conclut un collaborateur.
CATHERINE REKIK