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D'un revers de la main, Olivier Piou écarte la tasse de café, le verre de jus d'orange et le panier de viennoiseries. Il fait place nette sur la table du petit-déjeuner et déballe son arsenal de produits maison, dont il ne se sépare jamais : carte Vitale, pass Navigo (transports parisiens), carte bancaire, carte SIM pour téléphone mobile, badge d'entreprise, passeport numérique... Peu disert lorsqu'il s'agit de parler de lui, le patron de Gemalto est intarissable quand vient le moment de présenter les produits développés par le numéro un mondial de la carte à puce (préférer « sécurité numérique » désormais, « carte à puce » fait dépassé). Il se saisit d'un objet qui ressemble à une clé USB. « Ceci est un téléphone portable, décrit-il, enthousiaste. Pas d'écran volumineux, pas de clavier, il suffit simplement de le brancher sur un ordinateur, quel qu'il soit, pour pouvoir téléphoner. »
Olivier Piou est un passionné. Quinze ans qu'il parcourt le monde pour convaincre des bienfaits de la carte à puce - une invention française - et de ses multiples développements. Et il n'a pas chômé : « Aujourd'hui, un adulte sur deux possède dans sa poche un produit Gemalto », aime-t-il à rappeler. Le développement réussi de la carte à puce et des services qui y sont associés le réjouit, et lui permet de se rapprocher chaque jour un peu plus de son objectif : rendre l'environnement numérique plus sûr et plus facile à utiliser.
De la suite dans les idées
« Puissiez-vous vivre une vie intéressante... » Olivier Piou s'efforce de suivre du mieux qu'il peut cette recommandation faite par un Chinois rencontré lors d'un de ses multiples voyages. D'un point de vue professionnel, l'homme est comblé : il a déjà eu plusieurs vies. Sa première, il l'entame dans les services pétroliers, chez Schlumberger. Fraîchement diplômé de l'école centrale de Lyon, il débute sa carrière professionnelle en 1981 dans le groupe américain en tant qu'ingénieur de production, spécialisé dans le dessin industriel. Le pétrole, ce n'est pourtant pas sa tasse de thé. En revanche, la technologie le passionne. Très logiquement, il intègre donc, dans les années 1990, la division transactions électroniques de Schlumberger - un groupe très diversifié -, dans laquelle est notamment logée l'activité cartes à puce.
Commence alors sa deuxième vie professionnelle. Le recentrage du groupe sur les seuls services pétroliers au début des années 2000 scelle le sort de cette branche. Olivier Piou prend la direction de la nouvelle société, baptisée Axalto, et se chargera de son introduction en Bourse en 2004. « A l'époque, chez Schlumberger, on m'a pris pour un fou », se souvient Olivier Piou. L'homme a pourtant bien la tête sur les épaules, et des idées très arrêtées sur l'avenir du secteur. L'industrie avait 20 ans d'âge, la consolidation devenait inévitable. Olivier Piou prend les devants et prépare dans le plus grand secret - pour éviter toute fuite, « nous avons travaillé le plus possible sans intermédiaire financier » - le rapprochement avec Gemplus, coleader du secteur. Finalisée en 2006, la fusion peine à convaincre les marchés. Le cours de l'action Gemalto n'a que très récemment retrouvé son niveau d'avant la fusion. Les résultats 2007 sont en effet venus confirmer les promesses faites par son P-DG.
Malgré les doutes du marché, Olivier Piou n'a jamais abdiqué. Il a promis aux investisseurs que la marge d'exploitation atteindrait 10 % en 2009. Tout sera mis en oeuvre pour que cet objectif soit réalisé.
Certains le jugent autoritaire et impatient. Il avoue volontiers être quelqu'un de « déterminé » : « Lorsqu'un objectif a été décidé en commun, il n'y a pas d'états d'âme à avoir : celui-ci doit être atteint dans le temps imparti.»« Dans un secteur où la valeur des produits se construit sur la nouveauté, son impatience est une qualité », estime Philippe Cabanettes, directeur des ressources humaines de Gemalto et ami de longue date. A la tête d'une entreprise de 10.000 employés, le patron de Gemalto a hérité de ses années Schlumberger une certaine rigueur dans la méthode de gestion. « C'est un ingénieur, il est très structuré », complète Philippe Cabanettes.
Si Olivier Piou a bien les pieds sur terre, il ne manque pas une occasion d'avoir la tête dans les étoiles. Dans les rares moments de temps libre qu'il ne consacre pas à sa famille, ce jeune grand-père de 49 ans étudie le principe des voiles solaires. Il n'exclut pas une troisième vie professionnelle dans le secteur spatial. Mais le moment n'est pas encore venu. Pour l'instant, c'est le cours de l'action Gemalto qu'Olivier Piou souhaiterait voir monter jusqu'au ciel.