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Arkema est mieux armé que Rhodia pour s'adapter aux défis de la chimie

05/07/2008 00:00 - JDF

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Des histoires opposées Longtemps lesté par un lourd passif, Rhodia avait rassuré ces dernières années, en renouant avec les bénéfices en 2006 et en générant un flux de trésorerie libre positif (161 millions d'euros) au titre de 2007. L'annonce des perspectives 2008 a inversé la tendance (lire plus bas). De son côté, Arkema, ancienne filiale de Total introduite en Bourse en 2006, a d'abord pâti d'une certaine mé-fiance. Mais les résultats 2006 et surtout 2007 ont illustré la formule du P-DG, Thierry Le Hénaff : « Notre faiblesse fait notre force. » En effet, Arkema est encore en phase de redressement, ce qui lui permet d'enregistrer des gains de productivité importants. Conséquence : le titre Arkema affiche une progression de plus de 20 % depuis son introduction en mai 2006, quand Rhodia perd 45 % sur la période. Depuis le début de l'année, les deux titres sont à la peine, mais Rhodia plonge de 60 % quand Arkema recule de « seulement » 24 %. Un « pricing power » rassurant Rhodia comme Arkema réalisent l'essentiel de leur activité dans la chimie de spécialités, dont le pétrole représente 50 à 60 % des coûts. Particulièrement exposés, les deux groupes mettent en avant leur pricing power, cette capacité à répercuter sur leurs prix de vente les augmentations de matières premières. Au premier trimestre, Rhodia est ainsi parvenu à afficher un effet prix positif de 4,8 %, couvrant la « quasi-totalité » de ses coûts, et Arkema a passé une hausse de tarif moyenne de 6 %. Les deux chimistes se disent confiants dans leur capacité à poursuivre cette tendance, fondée sur leur pouvoir de négociation. « Nous nous classons dans les trois premiers mondiaux dans l'ensemble de nos activités», souligne Pascal Bouchiat, directeur financier de Rhodia. Reste que les conditions actuelles de marché ne plaident pas en faveur d'une décorrélation de la demande par rapport aux prix. L'approvisionnement diffère En tant qu'ancienne filiale de Total, Arkema bénéficie de conditions d'approvisionnement particulières auprès du pétrolier pour certains produits (hydrogène, polyéthylène...). Chez Rhodia, les prix des matières premières sont « indexés soit sur des prix marchés - fixés mensuellement ou trimestriellement -, soit sur des prix publiés » par les fournisseurs, explique José Matias, directeur des achats. Un facteur inquiétant, selon les analystes de JPMorgan, qui pointent « un risque de volatilité accrue des coûts dans les trimestres à venir ». Une sensibilité au change Rhodia réalise 15 % de ses ventes aux Etats-Unis et Arkema tire 40 % de ses revenus de la zone dollar. L'impact de change sur le chiffre d'affaires a été négatif de 4 % au premier trimestre pour Arkema. Rhodia explique le recul de son excédent brut d'exploitation (Ebitda) de 11 % sur la période « principalement » par ce facteur. Des relais de croissance variés A l'heure du ralentissement américain, les chimistes comptent profiter des besoins des pays émergents. Rhodia réalise 44 % de ses ventes en Asie et en Amérique latine. Les dirigeants d'Arkema sont en retard sur le sujet, mais comptent faire passer le poids de la zone Asie de 13 % à 20 % en 2012. Le groupe vise aussi 400 à 500 millions d'euros d'acquisitions, sans précision de zone, sur les trois prochaines années. Les deux chimistes misent aussi sur l'environnement (lire encadré). « Un tiers du chiffre d'affaires de Rhodia provient de produits liés au développement durable, entrant dans la fabrication de pneus ou de lampes à basse consommation d'énergie, par exemple », indique Pascal Bouchiat. Des perspectives contrastées Arkema dispose incontestablement de la meilleure visibilité. Ses dirigeants ont confirmé viser 10 % de marge brute d'exploitation cette année et 12 % en 2010, contre 9,1 % l'an dernier. Chez Rhodia, la rentabilité est meilleure (13,6 % en 2007), mais l'excédent brut d'exploitation est attendu en recul « de 5 % au plus », hors crédits carbone, en 2008. Explication donnée par Jean-Pierre Clamadieu : le pricing power du groupe lui permet de gonfler ses revenus, mais pas ses profits. En résumé, les dirigeants d'Arkema privilégient la rentabilité à la croissance - celle-ci est attendue stable pour 2008 -, tandis que ceux de Rhodia ont adopté la stratégie inverse. Un bilan plus solide pour Arkema Le bilan de Rhodia demeure fragile. Bien que renégociée l'an dernier et « constituée d'obligations et de convertibles à maturité 2013 », précise Pascal Bouchiat, la dette nette du groupe s'élevait à 1,5 milliard d'euros fin 2007, pour des fonds propres comptables (avec engagements de retraite) négatifs. « La dette nette représente 1,8 fois l'Ebitda, contre une moyenne de 1,5 fois pour les comparables mondiaux », s'inquiètent les analystes de JPMorgan. Arkema, lui, présente un ratio d'endettement raisonnable de 24 %.
NOTRE CONSEILArkema a notre préférence, bien que le titre se négocie 9 fois nos estimations de profits pour 2008, contre 7,5 fois pour Rhodia.
Mais le groupe combine visibilité et potentiel de progression de ses résultats. Achat pour viser 45 euros (code : AKE, Comp. A, SRD).
Après le fort recul du titre, nous demeurons à l'achat spéculatif sur Rhodia avec un objectif de 13 euros (RHA, Comp. A, SRD).
AUDREY TONNELIER