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Rien, quand on le voit, ne laisse imaginer qu'il dirige sexyavenue.com, le premier site français de lingerie et « jouets » pour adultes. C'est avec le plus grand sérieux qu'il parle de Dreamnex, explique le parcours financier de son entreprise et la consécration par la Bourse, lors de l'introduction de la société sur Alternext en 2007. Discret, il souhaite surtout que l'on parle de sa société plus que de lui. « C'est tout de même plus intéressant », argue-t-il.
Ce jeune patron de 38 ans n'a pourtant pas honte de son activité. Il est habitué à faire face aux idées préconçues. Patrice Macar dit même s'en amuser. Il lutte cependant activement contre les préjugés. « J'assume totalement ce que je fais. Je suis même très fier de la réussite de Dreamnex. » Mais ilcontinue, encore aujourd'hui, à se heurter aux a priorides banques et de certains partenaires. « Nous cherchons de plus grands bureaux à Paris et c'est la troisième fois que notre dossier est refusé alors que nous sommes une société cotée avec 20 millions d'euros de trésorerie. C'est aberrant », s'insurge ce jeune Belge, devenu patron d'une société de charme.
Diplômé d'une école de commerce, Pierre Macar a débuté sa carrière à 21 ans, comme plus jeune cadre chez Sony France. Il y travaille comme négociateur auprès de la grande distribution. C'est là qu'il s'initie à l'art de la négociation. « Je me suis retrouvé parfois seul face à sept acheteurs de Carrefour, qui m'attendaient toutes griffes dehors, pour les négociations annuelles. J'y ai appris à être crédible malgré mon visage juvénile et à gérer la pression. Ça a vraiment été une bonne école. » Au bout de quatre ans, il a l'impression de « s'encroûter ». L'envie de se lancer dans l'aventure entrepreunariale anime alors Patrice Macar. Il crée d'abord une société spécialisée dans les opérations promotionnelles, Custom Solutions. L'entreprise fonctionne bien mais le défi d'Internet l'attire. Il se désengage donc peu à peu de sa première société pour fonder Dreamnex.
Inspiré par la lecture du livre Road Ahead, de Bill Gates, il voit dans Internet l'avenir. « A la fin des années 1990, raconte-t-il, j'ai voulu participer à l'effervescence Internet. Je me suis dit qu'on allait vraiment vivre une époque de ruée vers l'or. J'ai cherché avec quelle activité je pourrais me lancer. J'ai choisi le charme, qui marchait très bien aux Etats-Unis. A l'époque, c'était même le seul business avec lequel on pouvait gagner de l'argent. » Mais il est hors de question de faire un site de mauvais goût, à la va-vite, comme il en existe déjà beaucoup. Patrice Macar souhaite se démarquer et rehausser un peu le niveau. « Je ne me reconnaissais pas dans les sites existants. J'ai voulu quelque chose à la fois plus professionnel et plus grand public, tout en étant esthétique et s'adressant aux couples. »
Ce père de deux enfants, conscient que le contenu du site est réservé aux adultes, met en place des sécurités pour en limiter l'accès. Pour accéder aux services, l'utilisateur doit entrer un numéro de carte Bleue.
Le professionnalisme avant tout
L'aventure commence dans le garage de sa maison avec son meilleur ami. L'homme croit beaucoup au travail d'équipe qui permet de prendre de meilleures décisions. Le site entre en activité en février 2000, juste avant la bulle. Six mois plus tard, son acolyte quitte la société. Patrice Macar connaît alors quelques frayeurs. Mais il ne doute pas une seule seconde de la réussite de son projet. Positif, il se souvient de ses années de « galère » comme d'une période très enrichissante. Tout comme lorsqu'il fait face à des difficultés de recrutement. « Le secteur fait peur encore aujourd'hui, mais c'est en même temps un avantage. C'est ce qui fait qu'on n'a pas de concurrent sérieux ! »
Dix ans après la création de Dreamnex, l'homme décide d'introduire la société en Bourse pour faire taire définitivement les mauvaises langues. « Ça a été une très bonne surprise. L'offre a été sursouscrite 10 fois et 72 fonds et banques sont entrés au capital. » Une belle revanche sur tous ses détracteurs. Sa recette : traiter ce business comme n'importe quel autre, avec le même sérieux et un positionnement grand public.
Passionné par la Toile, il ne s'imagine pas faire autre chose. Ce fonceur, amateur de kite surf, aime la rapidité avec laquelle les choses évoluent dans le secteur de l'Internet. « C'est souvent dans le créneau de l'adulte que la plupart des technologies sont lancées, comme la Webcam ou le système des SMS surtaxés. » Prochaine étape à laquelle il croit beaucoup, les services vidéo à la demande sur mobile.