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France Télécom est prêt. Le groupe a lancé un projet d'offre amicale sur l'opérateur scandinave TeliaSonera le 5 juin. Rien n'est joué dans ce dossier, qui pourrait changer la donne dans le secteur des télécoms en Europe.
Que propose France Télécom ? Le projet d'offre amicale de France Télécom porte sur 100 % du capital de TeliaSonera. C'est une opération mixte à 52 % en numéraire et le reste en échange de titres. L'offre porte sur l'échange d'une action TeliaSonera contre 63 couronnes suédoises (6,8 euros) ou de 3 nouvelles actions France Télécom pour 11 actions existantes TeliaSonera. Selon le français, cette opération serait relutive sur le bénéfice net par action dès 2009 et dès 2011 sur le cash-flow par titre.
Pourquoi une telle union ? Cette opération ferait de France Télécom le quatrième opérateur de télécoms mondial par les revenus. Le groupe veut être plus puissant dans un environnement en évolution. En effet, des équipementiers comme Nokia se lancent dans les services, tandis que des acteurs de l'Internet comme Google se lancent dans la téléphonie mobile. France Télécom veut donc une audience plus large pour ses services d'opérateur convergent (téléphonie fixe, mobile, Internet). Cela concerne notamment les données multimédias (vidéos, images, etc.), dans lesquelles le groupe investit. TeliaSonera a une stratégie similaire. De plus, ses marchés historiques sont dans des pays matures, où la consommation de données multimédias progresse. TeliaSonera a aussi des actifs dans des régions où la téléphonie mobile avance, comme la Russie ou l'Asie centrale. France Télécom fait donc valoir le potentiel de ces pays émergents. Mais la plupart des analystes considèrent que d'autres acquisitions seraient plus intéressantes que TeliaSonera pour viser la croissance. D'autant que le scandinave n'a que des participations dans plusieurs de ces Etats et qu'il pourrait rencontrer des difficultés à se renforcer dans certains de ces opérateurs.
Comment l'offre valorise-t-elle l'opérateur suédois ? Au total, sur la base du cours de France Télécom au 4 juin et des conditions de financement, le prix proposé par titre ressort à 56,22 couronnes suédoises, soit une valorisation de 27,1 milliards d'euros pour TeliaSonera. La prime sur le cours de clôture du 4 juin est d'environ 4,6 %. De plus, France Télécom a nettement mieux valorisé sa cible potentielle qu'il ne l'est lui-même en Bourse. L'action du français se paie moins de 9 fois le bénéfice net attendu pour 2008 (5,5 milliards d'euros), contre 14 fois pour TeliaSonera, selon le projet. La valeur d'entreprise représente 11 fois le résultat d'exploitation de TeliaSonera, contre moins de 8 fois pour France Télécom.
Quelle réaction à l'offre ? Le conseil d'administration de TeliaSonera a rejeté la proposition indicative de France Télécom, estimant qu'elle
« sous-évalue significativement le potentiel » de l'opérateur nordique. Les investisseurs parient sur un léger relèvement de l'offre. En effet, sur la base du cours des deux actions le 5 juin au soir et des conditions de l'offre, le prix théorique de l'action TeliaSonera serait de 55,25 couronnes suédoises. Or, l'action TeliaSonera a clôturé le 5 juin à 57,50 couronnes suédoises, soit environ 4 % de plus. De son côté, le titre France Télécom a chuté de 5,1 % le jour de l'annonce. L'ampleur de l'opération fait peur, car c'est la plus grosse acquisition depuis l'absorption d'Orange en 2000. Toutefois, France Télécom a défini des critères financiers stricts et confirmé le respect des engagements sur le dividende.
Quel serait l'impact sur l'endettement ? Gervais Pellissier, directeur financier du groupe, considère l'opération réussie si France Télécom obtient 50 % du capital et une action supplémentaire au minimum. En valeur absolue, l'endettement du nouveau groupe ressort, selon nos calculs, à près de 53 milliards d'euros à fin 2008. Ce niveau n'a pas été atteint depuis 2002 (68 milliards de dette financière nette). Les investisseurs, marqués par cette époque, sont donc craintifs. Mais ces chiffres doivent être étudiés en valeur relative. Sur la base du rachat de 100 % des parts de TeliaSonera, l'endettement final ressortirait à environ 2,4 fois l'excédent brut d'exploitation (EBE) du nouveau groupe (1,99 fois en 2007). Il représenterait près de 105 % des fonds propres, un niveau inférieur à celui de France Télécom à fin 2007 (110,6 %). Cela reste donc raisonnable. L'agence de notation Standard & Poor's a d'ailleurs maintenu ses notes de crédit sur France Télécom, avec des perspectives stables. L'ouverture de négociations entraînerait la mise sous surveillance négative, pour étudier l'impact d'une offre. A moyen terme, le groupe pense revenir à un endettement de 2 fois l'EBE, ce qui semble faisable.
L'offre sera-t-elle relevée ? Le management s'est donné quinze jours pour discuter de la proposition avec TeliaSonera et éventuellement l'ajuster. Toutefois, le ratio d'endettement du nouveau groupe par rapport à l'excédent brut d'exploitation ne devra pas excéder 2,5 fois. La marge de manoeuvre est donc étroite. D'autre part, aucun autre candidat ne s'est manifesté jusqu'à présent pour acheter TeliaSonera.
Quelles sont les synergies attendues ? Les synergies sont faibles. A part leurs filiales espagnoles, la présence géographique des deux opérateurs est complémentaire. Aucune suppression d'emploi ne serait prévue en cas de rapprochement. France Télécom fait valoir des synergies opérationnelles pour les achats, les investissements dans les réseaux ou la recherche-développement. Soit des économies de 1 % des recettes pro forma 2007 d'ici à 2013 : environ 630 millions d'euros.
Quel est le calendrier prévu ? Après les quinze jours de discussion du projet, France Télécom prévoit un à deux mois de période de « préacceptation » de l'offre, sous réserve de l'accord du conseil d'administration et des deux actionnaires principaux de TeliaSonera. Le dossier sera notamment soumis à l'approbation des actionnaires de France Télécom lors d'une assemblée. Enfin, une période d'acceptation devrait durer trois semaines, avec la publication du document d'offre.
NOTRE CONSEILL'opération, mal perçue par le marché, devrait peser sur le titre. Mais elle nous semble réalisable financièrement. On peut jouer le rendement à court terme et à moyen terme les solides fondamentaux. Objectif abaissé à 25 euros (code : FTE, Comp. A, SRD).