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L'or, un placement stérile, mais finalement très rentable

31/05/2008 00:00 - JDF

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« L'or est un placement stérile, complètement idiot, puisqu'il ne rapporte rien », aime à rappeler Philippe Chalmin, professeur à Paris-Dauphine et coordinateur du rapport Cyclope. Le paradoxe est en effet saisissant. Alors que les investisseurs sont en permanence à la recherche du meilleur couple rendement/risque, acheter de l'or physique offre l'assurance de ne toucher aucun dividende et de s'exposer à un risque de volatilité très élevé. Et pourtant, de tout temps, l'homme a acheté des lingots ou des pièces. La relique barbare, tant dénigrée par Keynes, continue de susciter les convoitises et de procurer un sentiment de sécurité à son détenteur. Une unité de mesure En Europe, l'or est coté au comptant à Londres. L'once est l'unité mondiale de référence pour le métal précieux. Une once Troy (du nom de la ville de Troyes en France) correspond à 31,1035 g d'or pur à au moins 99,5 %. Son cours est coté en dollars, et fixé à deux reprises (10 h 30 et 15 heures) sur le marché londonien. L'or fait aussi l'objet de cotations sur les marchés à terme comme le Comex ou le Chicago Board of Trade. Comme n'importe quel actif coté, l'once voit son cours varier en fonction des acheteurs et des vendeurs. Et, depuis le début des années 2000, la demande en or est particulièrement élevée. Le cours de l'once est passé de 254 dollars en avril 2001 à près de 1.000 dollars en mars dernier ! Un quadruplement en cinq ans alors que l'indice CAC 40 abandonne 10 % sur la même période. Vu ces performances récentes, l'or apparaît comme un placement bien moins idiot qu'il n'y paraît. Et, compte tenu du regain d'inflation dans le monde et de la vigueur de la demande asiatique, le mouvement n'est peut-être pas terminé. Une demande mondiale soutenue Plusieurs facteurs influencent l'évolution des cours. Au-delà des fréquentes poussées spéculatives qui peuvent accentuer les variations sur courte période (les hedge funds sont très actifs), les cours de l'or sont d'abord déterminés par la recherche d'équilibre entre l'offre et de la demande mondiale. L'offre dépend, d'une part, de la production minière, qui stagne depuis des années faute d'investissements suffisants dans le secteur, et, d'autre part, des ventes par les banques centrales, qui ont tendance à ralentir leur programme de réduction des stocks. La demande est conditionnée par l'industrie, la joaillerie et la finance. Les industriels utilisent le métal jaune pour ses qualités physiques exceptionnelles. La joaillerie est portée par une forte demande en bijoux en provenance d'Asie : à mesure que les revenus des habitants progressent dans cette région du monde, la demande en joaillerie augmente aussi. Enfin, l'or a retrouvé ses galons de valeur refuge auprès des financiers de la planète depuis 2001. Inversement corrélé au dollar La corrélation entre le cours du dollar et la valeur de l'once d'or est évidente. Elle atteindrait 92 % aujourd'hui. Plus le dollar baisse, plus l'or monte. Face à la chute du billet vert contre les autres monnaies fortes (euro, yen, livre...), les investisseurs institutionnels di-versifient leurs réserves en achetant de l'or. Et comme son cours est libellé en dollars, les heureux détenteurs d'euros ou de yens peuvent se renforcer à bon prix à mesure que la devise américaine baisse. Le cercle vertueux est enclenché. Les bruits de bottes sont aussi favorables au métal jaune. Les cours ont subi une véritable inflation au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. L'intervention américaine en Afghanistan en 2002, en Irak en mars 2003, les attentats de Madrid en 2004, puis le conflit israélo-libanais de 2006 ont contribué à soutenir les cours ces dernières années. Comme en 1973 lors de la Guerre des Six Jours ou en 1980 lors de l'invasion de l'Afghanistan par les troupes de l'Union soviétique, les conflits portent l'or vers ses sommets. Un refuge contre l'inflation Produit de diversification par excellence, l'or est la valeur refuge en période inflationniste. Voyant la valeur de leur capital s'éroder sous l'effet de la poussée des prix, les investisseurs diversifient leurs ressources par un placement physique qui a fait ses preuves. Et si l'or monte aujourd'hui, c'est en partie parce que les investisseurs prennent le pari de l'inflation. Beaucoup pensent que les banques centrales ne pourront pas relever durablement leurs taux d'intérêt. Au vu du ralentissement économique, l'ar-me des taux ne pourra pas être utilisée longtemps. Le spectre de la stagflation (croissance nulle et inflation) revient. L'or à plus de 1.000 dollars n'est peut-être qu'une question de mois...
YANNICK ROUDAUT