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LE BLOG-NOTES DE L'ACTIONNAIRE

17/05/2008 00:00 - JDF

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Monsieur le Président, Comme l'immense majorité de vos actionnaires, je vous ai fait confiance l'an passé pour contrer l'offensive du fonds activiste Pardus Capital Management. Votre capacité à mouiller votre chemise auprès des investisseurs, votre activisme, si je peux me permettre ce jeu de mots, m'ont séduit. Vous m'avez convaincu lorsque vous avez expliqué que Valeo n'avait pas vocation à racheter l'américain Visteon, en difficulté, et de sauver ainsi la mise de Pardus, également actionnaire de référence. Vous m'avez réconforté lorsque vous avez promis une stratégie plus imaginative en concentrant vos efforts d'innovation sur trois grands domaines (l'aide à la conduite, l'efficacité de la propulsion, l'amélioration du confort à bord) et en restructurant l'outil de production. Grâce à ce travail de nettoyage, Valeo a été moins touché par la flambée du prix des matières premières et par la déprime du marché automobile. Ainsi, vous êtes resté rentables alors que nombre de concurrents sont dans le rouge, comme Faurecia en France ou Visteon aux Etats-Unis. Malheureusement, le cours de Bourse n'a pas suivi : de plus de 40 euros lors de l'assemblée générale de mai 2007, l'action est tombée aux alentours de 26 euros. Une chute de plus d'un tiers, c'est beaucoup, même en tenant compte des secousses du marché ! Vous imaginez la déception des actionnaires qui vous ont suivi l'an passé. Leur principale interrogation porte évidemment sur l'attitude à adopter à l'égard de Pardus. Pouvez-vous maintenir votre intransigeance alors que le fonds activiste se dit prêt à parler et à collaborer avec vous ? En ne demandant plus que deux administrateurs au lieu de huit, Pardus ne vous tend-il pas une perche ? N'est-il pas opportun, en outre, de profiter de la relative faiblesse de ce fonds touché par la crise financière pour trouver une issue à ce bras de fer ? D'autant que votre position capitalistique s'est également affaiblie depuis l'assemblée générale de l'an dernier. A cette époque, Pardus ne contrôlait que 14,2 % du capital de Valeo ; aujourd'hui, il en possède près de 20 % et il a conclu avec Morgan Stanley un accord qui pourrait réserver des surprises lors de l'assemblée du 20 juin. Il s'est engagé, en effet, à racheter les 11 % du capital de Valeo détenus par Morgan Stanley au cas où ce dernier désirerait s'en défaire. De là à ce que les deux partenaires votent de concert à l'assemblée il n'y a qu'un pas, et il suffirait que certains actionnaires déçus les rejoignent pour constituer une minorité de blocage. Car si la ficelle de Pardus, qui voulait sauver sa mise chez Visteon en faisant racheter l'entreprise américaine par le français, était un peu grosse, l'intervention du fonds activiste pose au moins deux questions incontournables : 1) Votre stratégie de modernisation contrôlée de mise en place progressive de nouveaux produits n'est-elle pas trop prudente pour pouvoir briser la malédiction qui pèse sur les équipementiers automobiles et que l'on pourrait résumer ainsi : ils fournissent aux constructeurs automobiles les innovations, ils assurent une part croissante de la plus-value des véhicules, mais ils en retirent des marges de sous-traitants. Du point de vue de l'actionnaire, l'idée proposée par Pardus consistant à opérer des coupes franches pour devenir « un leader mondial plus spécialisé » n'est-elle pas plus à même de réveiller le cours de Bourse ? 2) Mon propos n'est pas de donner systématiquement raison à Pardus ni de prôner une alliance avec Visteon. Mais n'y a-t-il pas quelque chose de bon dans l'idée d'une alliance ou d'une grosse acquisition internationale ? Et si, comme vous le pensez, la solution Visteon n'est pas la bonne, avez-vous en tête une autre alliance potentielle, au Japon par exemple ? Peut-on imaginer dans l'équipement automobile un pendant au mariage réussi de Renault et de Nissan chez les constructeurs ? En vous remerciant de l'attention que vous voudrez bien porter à cette correspondance, je vous prie de croire, Monsieur le Président, à l'expression de ma plus haute considération.