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Malgré le ralentissement économique, le marché américain offre de nouvelles opportunités d'investissement

17/05/2008 00:00 - JDF

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Les marchés financiers ont poussé un ouf de soulagement en constatant que l'économie américaine n'était pas entrée en récession au premier trimestre. La situation économique reste cependant tendue, et la visibilité très réduite. La faiblesse du dollar persiste. Malgré tout, les opportunités sont là.
LE JOURNAL DES FINANCES. La récession économique n'est-elle plus d'actualité aux Etats-Unis ?
MAXENCE DE LAVENÈRE : Les chiffres du premier trimestre ont agréablement surpris. La croissance du PIB reste positive. L'économie américaine détruit moins d'emplois que prévu, et le taux de chômage reste contenu, autour de 5 %. En outre, les entreprises maintiennent leur niveau de productivité, et le coût du travail ralentit. Cela devrait bénéficier à la profitabilité des entreprises mais aussi juguler le risque inflationniste. Les marchés financiers avaient sans doute surréagi à la baisse en début d'année. L'inquiétude demeure cependant sur le niveau de consommation des Américains. La hausse des prix du pétrole et le resserrement du crédit auront forcément un impact négatif. Le cadeau fiscal de l'Administration Bush peut être un facteur de soutien temporaire.
HUBERT GOYÉ : Récession ou pas, la question n'est pas là. Certes, les marchés semblent quelque peu soulagés. Mais le point critique, c'est l'emploi. Or il continue de se détériorer. Les demandes hebdomadaires d'allocations chômage augmentent. La productivité reste bonne, car les entreprises américaines sont gérées de manière très dynamique, et bénéficient de la grande flexibilité du travail. Cependant, les sociétés ont du mal à maintenir leurs marges : les prix à la production grimpent, mais ils sont difficiles à répercuter dans le prix de vente final.
CHRISTOPHE FOLIOT : Les chiffres du premier trimestre ne sont certes pas négatifs, mais il semble difficile d'envisager une reprise de la croissance du PIB en 2008. La stabilisation de la situation macroéconomique mondiale est un pré-requis pour rassurer les marchés, car les entreprises américaines réalisent 45 % de leurs bénéfices à l'étranger. Cette stabilisation risque de ne pas intervenir dans les prochains mois. Mais la clé pour l'économie américaine sera évidemment le niveau de la consommation nationale, l'emploi et le prix des matières premières.
LE JOURNAL DES FINANCES. Le dollar a-t-il atteint un plus bas à 1,60 pour 1 euro ? Quel est l'impact pour les entreprises américaines ?
HUBERT GOYÉ : La faiblesse du billet vert arrange les entreprises exportatrices américaines. Pour l'instant, les autorités monétaires ont clairement joué les exportations en laissant le dollar se déprécier. La politique de la Réserve fédérale (Fed) est compréhensible : elle préfère garder à flot son économie plutôt que tenter, via la hausse des taux directeurs, de juguler une inflation qui est de toute façon importée.
MAXENCE DE LAVENÈRE : Tout porte à croire que le dollar va rester faible dans les prochains mois. Le différentiel de taux n'est clairement pas en faveur d'un redressement par rapport aux devises étrangères, le déficit public reste en outre important, et il n'y a pas de réelle volonté politique d'inverser la tendance. A l'approche des élections, la priorité du gouvernement et des candidats reste de favoriser le consommateur. Le niveau actuel du dollar demeure de toute façon un facteur de soutien aux bénéfices des entreprises.
CHRISTOPHE FOLIOT : Actuellement, la devise américaine est à un plus bas historique contre l'euro. Il est par conséquent temps d'investir en dollars. En effet, le cycle des devises dure en moyenne sept ans. Or cela fait sept ans que l'euro s'apprécie par rapport au dollar. Les fondamentaux de l'économie américaine sont solides. Les déficits budgétaires ne sont pas pires que ceux des pays européens. Hors énergie et produits alimentaires, le déficit commercial se résorbe. L'opportunité d'investissement, avec un horizon moyen-long terme, est donc belle : une économie au tapis, un dollar au plus bas, et des valorisations boursières très attrayantes.
LE JOURNAL DES FINANCES. Les résultats des sociétés au premier trimestre ont été plutôt bien accueillis. Qu'est-ce que cela augure pour le reste de l'exercice 2008 ?
MAXENCE DE LAVENÈRE : Si l'on ne prend pas en considération les deux extrêmes, à savoir les valeurs financières - en forte baisse - et les pétrolières - en forte hausse -, la hausse moyenne des bénéfices par action s'est élevée à environ 5 %. Pour une économie en berne, ce n'est pas si mauvais que cela, d'autant que les prévisions des analystes semblent optimistes pour cette fin d'année.
CHRISTOPHE FOLIOT : Les sociétés fortement exposées aux marchés internationaux ont réalisé de belles performances en début d'année, contrairement à celles focalisées sur l'économie nationale. La Bourse reflète bien cette tendance. En revanche, les anticipations de croissance des résultats pour le second semestre semblent trop optimistes. Le marché attend une hausse moyenne de 10 % des bénéfices en 2008. La poursuite de la dégradation économique aux Etats-Unis ne plaide pas pour de telles performances. Un point d'interrogation demeure, en outre, quant à l'évolution de la conjoncture à l'étranger, notamment dans les pays émergents, et au comportement du dollar.
HUBERT GOYÉ : Tout réside dans la comparaison avec les attentes, qui sont généralement bien gérées, et dans les réservoirs de demandes. Dans la foulée des Etats-Unis, les économies des pays émergents ralentiront très certainement, mais leur croissance restera soutenue, compte tenu des besoins en infrastructures et de l'évolution irréversible du mode de consommation. Et les grandes sociétés américaines vont continuer d'en profiter cette année.
LE JOURNAL DES FINANCES. Quelle stratégie d'investissement prônez-vous : approche sectorielle ou focalisation sur les valeurs ?
MAXENCE DE LAVENÈRE : Notre stratégie diffère quelque peu dans la mesure où nous ne sélectionnons pas directement des valeurs mais nous concentrons sur des thématiques précises au travers de fonds. Nous favorisons les gestions privilégiant les grandes valeurs de croissance bénéficiant de leur exposition à la croissance internationale et de la faiblesse de la devise américaine, leur permettant de compenser un ralentissement de l'économie nationale. L'avènement de la technologie mobile, notamment dans les pays émergents, où la demande est forte, devrait bénéficier aux grandes valeurs technologiques comme Qualcomm, Cisco ou Hewlett-Packard. De même, les besoins alimentaires de la planète entraînent un net regain d'intérêt pour le secteur de l'agribusiness, comme pour celui des énergies renouvelables. Cependant, à l'extrême, il peut être intéressant de revenir sur les thématiques très décotées comme la promotion immobilière ou les banques, qui ont toujours été les segments leaders lors des récents rebonds.
CHRISTOPHE FOLIOT : Nous investissons une partie de notre portefeuille en valeurs décotées par rapport à leur secteur ou au marché. A ce titre, il existe de plus en plus de candidats dans l'économie nationale américaine. Une société comme Sprint Nextel, opérateur de télécoms, est valorisée à ce jour au-dessous de la valeur de ses actifs. Nous nous concentrons par ailleurs sur des thématiques structurelles porteuses. L'environnement en est une, compte tenu du retard des Etats-Unis en la matière. Les candidats à la présidence ont des positions favorables sur ce sujet et le secteur des énergies alternatives pourrait bénéficier d'incitations concrètes dès 2009. Le secteur bancaire, certes sinistré, offre aussi des opportunités d'investissement, notamment dans la banque de détail.
HUBERT GOYÉ : Nous sommes surexposés notamment sur certains biens de consommation durable, l'industrie aéronautique ou encore des nouvelles technologies, indispensables pour l'amélioration de la productivité de ces économies émergentes. Le potentiel des valeurs liées à la thématique environnementale est en effet important. Le domaine de l'énergie n'est pas à exclure. Mais nous préférons nous positionner en amont de ces secteurs, en misant par exemple sur leurs fournisseurs, des sociétés de services pétroliers, qui profitent d'une demande forte malgré la hausse des cours du baril.
TABLE RONDE ANIMÉE PAR ROMAIN GUEUGNEAU