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Le cinéma, encore mal aimé en Bourse

17/05/2008 00:00 - JDF

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Starlettes aux aguets sur la Croisette, strass et paillettes à l'hôtel Martinez, montée des marches, le Festival de Cannes offre l'occasion d'étaler la richesse de l'industrie cinématographique. Mais sur les marchés financiers, le business du film est loin d'être aussi flamboyant. Un analyste va même jusqu'à affirmer que « les sociétés de production, comme les stades de foot, n'ont rien à faire en Bourse ».
Si les sociétés de production de séries et d'émissions télévisées fonctionnent comme des prestataires de services auprès des chaînes de télévision, les revenus des maisons de production cinématographique sont en revanche plus aléatoires. En effet, les performances financières de Gaumont, principal intervenant du secteur en France, évoluent en dents de scie. En 2006, Gaumont a vu ses facturations bondir de 32 % et son bénéfice net multiplié par 3,4. Mais, dans le cinéma, les succès d'hier ne garantissent pas les revenus de demain. En 2007, les résultats de Gaumont plongent : le groupe affiche une perte nette de 7 millions, pour un chiffre d'affaires ramené à 73 millions d'euros. Et, comme l'indique Matthieu Mouly, analyste médias chez Natixis, « les marchés ont besoin de régularité, alors que l'activité des sociétés de production cinématographique est très volatile ».
En effet, la durée de vie d'un film s'étale sur une période comprise entre trois et sept ans. Les premières recettes du film ne sont touchées que, dans le meilleur des cas et au plus tôt, six mois après le tournage, qui se déroule généralement en été, lorsque les journées sont plus longues. Les premières recettes générées par les sorties en salle sont donc enregistrées sur l'année fiscale suivant le tournage. En conséquence, si les recettes des films antérieurs ne sont pas suffisantes pour couvrir les coûts de financement à la charge du producteur (31 % du total des coûts en moyenne en 2006), la maison de production risque d'enregistrer une perte.
Autre facteur d'incertitude sur le secteur, les recettes des films ne sont pas garanties. Investir dans une société de production donne donc l'impression de jouer à la roulette russe.
Comme le précise Matthieu Mouly, « les performances des films sont imprévisibles. Un film a priori comme les autres, à l'image des Ch'tis,peut avoir un succès phénoménal, mais une société avec un bon track record peut sortir un film qui subit un échec commercial ».



Un système de préfinancement à la française
La spécificité française, qui permet de minimiser les risques de l'activité, consiste à permettre la vente du film avant son tournage. La prévente s'apparente en somme au pré-financement. Ainsi, Europacorp, la maison de production de Luc Besson, n'entame le tournage d'un film que si celui-ci est prévendu à 80 %, ce qui lui permet de couvrir ses coûts.
La mère patrie des frères Lumière a mis en oeuvre d'autres mesures pour encourager la production de films. Les Régions contribuent significativement au financement des films, et des crédits d'impôt encouragent les producteurs à tourner en France.
Cette dernière mesure a été mise en place pour enrayer la vague de délocalisation de 2004. Plafonnés à 1 million d'euros, les crédits d'impôt ne sont pas significatifs pour les films à gros budget, mais ils ont nettement encouragé la production de films plus modestes. Or les films à plus gros budget rencontrent un plus grand succès à l'international et dégagent une meilleure rentabilité que ceux de dimension française. Une réforme est donc en cours pour abolir ce plafond.

Les producteurs, derniers servis dans le partage des recettes
Dans le pire des cas, le producteur ne touche pas un centime sur les entrées en salle. En effet, les différents mandataires, moyennant leur contribution financière au film par l'achat des droits en amont, s'assurent des minimums garantis sur les recettes futures.
Ainsi, le distributeur qui a acheté les droits en salle sera le premier servi sur les ventes de billets. Une fois que le distributeur a atteint son point mort, les recettes supplémentaires sont au bénéfice du producteur.
Le principe de rémunération des producteurs est identique pour la distribution de vidéos. Tant que le film est en salle, la maison de production peut se rabattre sur la vente des produits dérivés et autres gadgets, qui ne consituent cependant pas des revenus significatifs.
Les chaînes de télévision qui achètent les droits de diffusion ou assurent la coproduction de certaines oeuvres disposent généralement de ces droits pour une durée de trois ans, au cours desquels les chaînes payantes (CanalSat) puis les chaînes gratuites (TF1, M6) diffusent le film.
En 2006, les films français diffusés en première partie de soirée ont ainsi généré 13 % d'audience pour TF1. La source n'est donc pas à négliger pour une industrie audiovisuelle en panne de relais de croissance. Lorsque cette échéance touche à son terme, les sociétés de production détiennent enfin l'intégralité des droits du film.
Toutefois, Hervé de Rocquigny, directeur conseil chez Neufize OBC, précise : « Ce n'est pas si simple ! Les producteurs cherchent en effet à récupérer tous les droits sur un film. Pour ce faire, ils doivent racheter les droits aux différents investisseurs, si cela est permis par le contrat. Le remembrement permet de constituer un catalogue qui sera par la suite revendable. »

Les catalogues de droits sont difficiles à valoriser
Passé les trois années de la première phase d'exploitation du film, au cours desquelles le producteur ne gagne pas grand-chose, le film est amorti à 100 %. Une fois amortie, sa valeur est enregistrée positivement à l'actif du bilan.
Méfiance, toutefois : certains producteurs n'hésiteraient pas à « sous-amortir » leur catalogue de films. Ainsi, les dotations aux amortissements déduites du chiffre d'affaires seraient moins élevées, et le profit articiellement gonflé.
Le catalogue de droits, trésor des maisons de production, est valorisé par des auditeurs extérieurs. Sa valeur dépend des flux de cash futurs générés par l'exploitation des droits des films (rediffusion TV, vidéo en France et à l'international...). Or ces revenus ne sont pas linéaires sur le long terme. En effet, les ventes de vidéos tendent à diminuer, tant en volume qu'en valeur. En 2007, elles ont ainsi chuté de 10,7 %, principalement attaquées par le piratage.
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