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Monsieur le Président, Votre grande expérience internationale, Monsieur le Président, vous l'a sans doute appris : les Français, ces enfants gâtés de l'Histoire, ne sont jamais satisfaits et ne détestent rien moins que le succès. Aussi, j'essaierai de ne pas tomber dans ce travers national qui consiste à oublier les aspects positifs pour ne voir que les points noirs. Personne, et surtout pas un actionnaire de votre groupe, n'a oublié le formidable élan que vous lui avez donné avec Louis Schweitzer ni ce succès unique dans l'histoire économique qui vit un manager occidental sauver une entreprise japonaise, Nissan. Je ne vous ferai pas davantage le procès de pas savoir tenir votre cours qui a perdu 30 % depuis le début de l'année, alors que Peugeot ne reculait que de 9. Après tout, comme actionnaire, je suis bien placé pour savoir que les performances boursières antérieures de Renault étaient pour une large part dues à « l'effet Ghosn » et je dois reconnaître que je ne me suis jamais plaint de cette surcote due à votre image personnelle. Il était fatal que cet effet s'estompe en attendant la réalisation de votre Contrat 2009 qui prévoit notamment une marge opérationnelle de 6 % et une production de 800.000 voitures supplémentaires. Non, Monsieur le Président, je ne vous ferai pas de procès mesquin. Mais vous comprendrez que je vous fasse part des interrogations suscitées par l'évolution des cours, la situation du marché automobile et l'avancement du Contrat 2009. Elles sont de cinq ordres : 1) Bravo pour le succès international de la Logan. Mais ce succès même ne risque-t-il pas de tirer vers le bas l'image de marque de Renault et d'handicaper par là même des modèles comme la Laguna 3, une de vos priorités ? Bref, n'y a-t-il pas contradiction à vouloir à la fois se relancer dans le haut de gamme et à chercher à devenir le leader mondial des véhicules économiques ? Pour éviter un grand écart commercial et stratégique, ne faudrait-il pas créer une marque propre au haut de gamme, à l'exemple d'Infiniti pour Nissan ? Cette marque, vous l'avez dans votre patrimoine : c'est Alpine. 2) Bravo encore pour la Logan. Mais son bilan financier sera-t-il à la hauteur de sa réussite commerciale ? Réaliser 6 % de marge opérationnelle sur une voiture vendue en moyenne 10.000 euros, cela rapporte moins que 3 % sur une familiale à 25.000. Surtout, la grève récente chez Dacia et les augmentations de salaires massives qui s'ensuivirent illustrent la fragilité du modèle économique low cost. 3) Bravo aussi pour votre récente implantation en Russie et en Inde. Mais vous êtes toujours absent du marché le plus rentable, les Etats-Unis, où General Motors vient de récuser votre alliance. Et curieusement vous ne vous êtes pas intéressé à la Chine, un des marchés les plus prometteurs, avec une croissance annuelle de 15 %. Pourquoi cette absence ? Envisagez-vous de la combler avant que toutes les places soient prises ? Enfin, les actionnaires commencent à s'inquiéter de la dépendance croissante de Renault à l'égard de Nissan. Au cours actuel de Nissan, les 44,3 % du capital détenus par Renault représentent 10,7 milliards d'euros, soit 56 % des 19 milliards de capitalisation de Renault. Que vaut dans ce cas l'ensemble de l'ancienne Régie ? 4) Bravo aussi pour votre dynamisme. Il n'est pas de mois que vous n'annonciez un modèle, une alliance, une implantation. Mais attention ! Si les résultats tardent trop à venir, cette activité sera taxée d'activisme et les marchés y verront le moyen d'éviter les jugements définitifs et de fuir le rendez-vous de 2009 qui paraît d'ores et déjà difficile à tenir. 5) Enfin, question sinon personnelle, du moins de gouvernance : avez-vous l'intention de conserver conjointement la présidence de Renault et celle de Nissan ? La presse japonaise vous reproche ce double emploi qui vous contraint à des navettes de 12.000 km. Ne serait-il pas plus efficient de vous concentrer totalement sur Renault et d'installer au Japon un patron exécutif ? Veuillez croire, Monsieur le Président, à l'expression de ma plus haute considération.