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« 2008 est une année d'intégration et de structuration »

26/04/2008 00:00 - JDF

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En 2006, vous indiquiez que le mariage de CanalSat et de TPS conduirait à un doublement du cours de l'action à l'horizon 2010. Or, le titre Vivendi a reculé de plus de 17 % depuis le début de l'année. Comment l'expliquez-vous ? Il faut tout de même rappeler que Vivendi surperforme régulièrement les indices sectoriels médias et télécoms. Notre discours est donc mieux perçu que celui de nos comparables. Toutefois, dans l'absolu, notre cours est effectivement en baisse. Il y a plusieurs raisons à ce phénomène. D'abord, l'état actuel des marchés d'actions : les investisseurs, à mes yeux, exagèrent le risque de ralentissement économique. Nous n'observons pas ce phénomène dans nos métiers sur le premier trimestre et notre activité est totalement en ligne avec nos prévisions. Il y a, de plus, des raisons sectorielles : les valeurs médias ont été sanctionnées en Bourse. Enfin, l'action Vivendi a perdu son caractère spéculatif. Ceux qui misaient sur l'idée d'une OPA ont vendu le titre. De fait, le cours actuel ne traduit pas notre performance économique. Nous avons subi récemment un décalage irrationnel de 15 % environ. Mais je peux rassurer nos actionnaires : Vivendi a un profil de forte croissance des résultats et du chiffre d'affaires. De plus, le titre offre un rendement important, avec un dividende passé de 60 centimes à 1,30 euro en trois exercices. Le rapprochement entre SFR et Neuf Cegetel est lancé. Qu'apportera cette opération ? Elle crée un opérateur unifié présent sur tous les marchés des télécoms et mieux armé pour investir dans les infrastructures. Ce nouvel acteur sera un concurrent plus efficace de France Télécom. En France, le marché de la téléphonie mobile est très compétitif. A l'inverse, le marché du fixe est ouvert depuis onze ans, mais France Télécom reste hypermajoritaire. Ce groupe réunit près de 50 % des abonnés dans l'ADSL [Ndlr : technologie d'Internet haut débit]et capte 85 % de la marge dégagée par ce marché tous opérateurs confondus. Nous sommes obligés de louer des capacités de réseau à France Télécom à des prix qui ne diminuent pas. Nous avons demandé au régulateur que baissent l'abonnement téléphonique et les tarifs de dégroupage. Cette fusion entraînera-t-elle des licenciements ? Je démens à nouveau tout projet de licenciements. Car il s'agit d'une fusion de sociétés complémentaires et d'augmenter leur croissance. Quand des ajustements sont nécessaires, ils se traitent par le dialogue social. La concurrence sur le marché français de la téléphonie mobile tend à s'intensifier. Quel sera l'impact sur les marges de SFR ? Les marges de SFR sont déjà largement affectées. Elles ne progressent plus depuis deux ans, sous l'influence du législateur européen et du régulateur français. Nos gains de productivité sont intégralement rendus au consommateur. Pour les mêmes dépenses, les clients ont désormais beaucoup plus de services. De plus, la concurrence s'est intensifiée depuis l'arrivée d'une quinzaine de MVNO [Ndlr : opérateurs de réseau mobile virtuel]. Ceux-ci sont devenus numéro un de la conquête d'abonnés France Télécom investit de plus en plus dans le domaine des contenus multimédias. Quelle est votre position face à ces initiatives de l'opérateur historique ? France Télécom est devenu un groupe de télévision. Il a acheté des films, des séries télévisées et du sport premium pour fabriquer des chaînes à sa marque, comme d'autres entreprises de télévision le font. France Télécom vient concurrencer directement TF1, M6 et Canal+. Le risque est que cet opérateur utilise la considérable rente dégagée dans son activité de téléphonie fixe pour acheter des contenus plus chers que ce que peuvent mettre les chaînes existantes. D'un côté, on a augmenté de 25 % l'abonnement téléphonique, de l'autre on fait monter le prix des produits vendus par Warner en France. C'est un sujet que les pouvoirs publics ne peuvent pas ignorer. Oui à la concurrence si les règles sont les mêmes pour tous. Les deux dernières acquisitions (Activision et Neuf Cegetel) ont été réalisées dans des domaines très différents : les jeux vidéo et les télécoms. Quel est le lien entre ces activités ?  Notre objectif est de développer chacun de nos cinq métiers. Durant les deux dernières années, nous avons réalisé une opération structurante dans chacun d' entre eux. Il y a des synergies et une complémentarité entre nos filiales. Nous agissons pour qu'elles travaillent ensemble. La performance de nos métiers par rapport à leurs concurrents démontre la pertinence de notre modèle. La vente de musique sur les nouveaux supports permettra-t-elle de compenser la baisse des ventes de CD ? Le numérique représente près de 20 % du chiffre d'affaires d'Universal Music. Les ventes de CD diminuent et le numérique ne compense pas tout à fait ce recul. Mais nos efforts nous permettent d'enregistrer une marge d'exploitation de 12 % dans ce métier. Universal Music passe d'une culture de maison de disques à une culture de divertissement musical. Coup sur coup, vous avez réalisé des opérations significatives. Doit-on en déduire qu'il n'y aura plus d'acquisitions dans les prochaines années ? 2008 est une année d'intégration et de structuration. Dans les mois qui viennent, chaque métier doit, en priorité, montrer sa capacité à réaliser ses objectifs. Le groupe dispose encore de marges de manoeuvre. Vous n'avez pas caché vouloir racheter les minoritaires de vos filiales. En avez-vous la possibilité  ? Concernant Canal+ France, TF1 et M6 (qui détiennent 15 % du capital) éont une possibilité de sortie fin 2009 à un prix minimal de 1,150 milliard d'euros. Quant à SFR, un retrait de Vodafone n'est pas d'actualité. Il faudra faire preuve de patience. Nous pourrions aussi, à l'avenir, détenir plus de 53 % du capital de Maroc Télécom, mais la société restera cotée. Nous garderons trois sociétés cotées : Activision Blizzard, Maroc Télécom et Canal+ SA. Qu'adviendra-t-il de votre participation de 20 % dans NBC Universal ? Nous avons la possibilité de céder cette participation à General Electric chaque année au quatrième trimestre. Les résultats de NBC Universal sont satisfaisants. Vivendi s'est endetté pour financer les deux dernières acquisitions. Quel sera l'impact sur la solvabilité du groupe ? La dette financière nette sera comprise entre 10 et 11 milliards d'euros fin 2008. Depuis quatre ans, notre dette est très bien couverte par notre excédent brut d'exploitation. Par ailleurs, pour renforcer nos fonds propres, nous pensons d'ici à juin 2009 réaliser une éventuelle augmentation de capital comprise entre 1 et 2 milliards d'euros. Nous ferons tout pour éviter de diluer nos actionnaires, mais, dans nos plans actuels, nous pensons qu'il faut renforcer nos fonds propres pour la solidité et la signature de Vivendi.
PAR FABIENNE BOULOC ET LAURE BURRUS