L'état-major d'EADS est fragilisé par l'enquête de l'AMF
Après bientôt deux ans d'enquête, l'Autorité des marchés financiers (AMF) a rendu son avis définitif sur les ventes suspectes de titres EADS intervenues avant l'annonce au marché de retards de fabrication dans le programme A380. Cette dernière avait provoqué le 13 juin 2006 le plongeon de plus de 26 % du cours de l'action. Le collège du gendarme de la Bourse a notifié des griefs de mauvaise communication financière à l'encontre du leader aéronautique européen, mais également de délit d'initié à l'égard de certains de ses dirigeants. La nouvelle n'a pourtant guère suscité l'émoi des investisseurs. Le cours de Bourse de l'action EADS a même gagné plus de 8 % sur la semaine. Il faut dire que l'avis final de l'AMF confirme pratiquement les conclusions qui avaient été une première fois notifiées au parquet et révélées par la presse en octobre 2007. Selon le quotidien Les Echos, sur les 1.200 cadres d'EADS qui ont exercé leurs stock- options au cours de deux périodes strictement réglementées en novembre 2005 et mars 2006, dix-sept personnes sont finalement soupçonnées par l'AMF d'avoir eu au préalable connaissance des difficultés d'Airbus et d'avoir manqué à leur obligation de s'abstenir de vendre leurs titres. En tête des accusés, l'ancien président du groupe Noël Forgeard, mais également l'actuel patron d'Airbus, Thomas Enders, ainsi que les groupes actionnaires Lagardère (lire encadré ci-dessous) et DaimlerChrysler. Par ailleurs, le marché a, pour le moment, de quoi rester dans l'expectative dans la mesure où les résultats de l'enquête de l'AMF ne constituent qu'une étape dans la longue procédure judiciaire ouverte en novembre 2006 pour « délit d'initié, recel et diffusion d'informations fausses ou trompeuses ». Au-delà des sanctions pécuniaires que pourrait se voir infliger EADS, le risque dans ce scandale tient surtout à l'éventuelle mise en cause des dirigeants du groupe, qui pourrait fragiliser l'équilibre franco-allemand au sein de l'état-major et replonger le constructeur aéronautique dans une crise politique. Sans compter l'impact sur sa réputation et ses performances commerciales à l'international.
NOTRE CONSEILVendre vers 17 euros. Le potentiel de rebond du titre nous paraît limité au regard du retard pris dans la réalisation des restructurations qui doivent permettre au groupe de faire face à la baisse du dollar (code : EAD, Comp. A, SRD).
Christelle Donger
