
-
Chute des marchés actions, envolée des matières premières, dégringolade du dollar face aux autres devises, volatilité explosive... Depuis le début de l'année, les opportunités pour les gestionnaires de fonds alternatifs sont nombreuses. Ils conservent leur sang-froid face aux faillites de hedge funds étrangers, sans pour autant chercher à nier les risques inhérents à cette activité. De quoi redorer le blason des hedge funds et montrer que ce type de gestion a plus que jamais sa place dans une stratégie d'allocation d'actifs dynamique.
LE JOURNAL DES FINANCES. Quelle est votre principale stratégie de gestion ? A quels risques êtes-vous particulièrement attentifs ? DOMINIQUE CEOLIN : Notre métier est d'exploiter les incohérences de prix ou de marché entre différents produits financiers. Nous intervenons sur de nombreuses places financières mondiales. Au sein de notre groupe (coté sur Eurolist), nous menons environ quinze stratégies différentes. En ce moment, l'arbitrage de volatilité nous permet de gagner beaucoup d'argent. Par exemple, nous pourrions vendre une option avec une volatilité de 40 % et acheter simultanément une obligation convertible avec une volatilité de 20 % si les deux ont le même sous-jacent action. Concernant notre fonds d'investissement alternatif de droit irlandais, il ne s'agit que d'arbitrages de fusions-acquisitions. Nous sommes donc très attentifs au nombre d'opérations réalisées et surveillons constamment le taux d'échec. Dans le cas d'une offre publique d'échange, nous sommes acheteurs de la cible et vendeurs du prédateur. Dans le cas d'une offre publique d'achat, nous sommes acheteurs de la cible. En revanche, la couverture est plus complexe et peut se faire par la vente de contrats à terme sur l'indice, par exemple.
PATRICE COURTY : Notre fonds Market Neutral permet d'enregistrer une performance absolue, non dépendante des conditions de marché. Nous n'avons pas de problèmes de liquidités car nous intervenons sur les marchés actions. Nous allons par exemple nous positionner à l'achat sur une valeur comme Renault, mais couvrir notre exposition en vendant Nissan, d'autres valeurs du secteur ou des contrats à terme sur indice. Totem Double Levier permet d'enregistrer une performance double de Totem. Enfin, le fonds Moneta Long/Short utilise les mêmes stratégies en conservant une exposition à la hausse du marché actions.
THADDÉE TYL : Rivoli Fund Management intervient sur les contrats à terme d'indices actions, de taux, de devises et de matières premières. Depuis plus de onze ans, nous proposons à nos clients une gestion systématique sans facteurs discrétionnaires. Nos modèles, élaborés par la recherche de Rivoli, prennent position sur les marchés de manière rationnelle, pour profiter des tendances, corrections et inefficiences des marchés. Nous avons des règles très rigoureuses de contrôle de risque qui nous permettent d'ajuster quotidiennement nos positions pour respecter les contraintes de risque que nous nous imposons. Nous proposons une gamme de cinq fonds avec des profils de volatilité très large (de 1 à 14 %). Les performances de nos fonds vont de 4 % à plus de 20 % en 2007, et de 1,5 % à près de 20 % en 2008.
CHRISTOPHE JAUBERT : En tant que fonds multigestion [regroupant une série de hedge funds], nous sommes intéressés par une diversification des risques obtenue à la fois par une diversification des stratégies et des gérants (entre 20 et 40 dans nos portefeuilles). Nous pensons que la stratégie Long/Short actions sera porteuse dans les mois à venir.
GIULIANO RAJABALLY : Nos fonds de fonds alternatifs sont multistratégie et sont très diversifiés. Actuellement on est beaucoup plus favorable aux Long/Short actions, s'ils demeurent faiblement exposés à la hausse des indices boursiers.
LE JOURNAL DES FINANCES. La crise du crédit que nous vivons depuis l'été 2007 vous affecte-t-elle ? Comment expliquer que certains fonds spéculatifs étrangers fassent faillite ? GIULIANO RAJABALLY : Nous sommes quasi absents des stratégies de crédit. Mais cette crise a un impact sur toutes les classes d'actifs, comme les actions. En effet, beaucoup d'investisseurs avec du levier [achat d'actifs à crédit] diminuent leur exposition. Ils ont été obligés de réduire la voilure dans la crise que nous vivons.
DOMINIQUE CEOLIN : Cette crise n'est pas seulement une crise du crédit. C'est aussi une crise de confiance. Les analystes financiers commencent à se méfier des poids lourds du CAC 40, trop endettés, et de leur capacité à faire face à une tension des crédits. De plus, il y a une hausse des échecs des acquisitions par des fonds d'investissement qui font appel au crédit.
CHRISTOPHE JAUBERT : La crise que nous vivons est le résultat d'une utilisation excessive de l'effet de levier, d'une trop forte concentration des positions et d'une illiquidité complète d'un certain nombre de marchés. Chez HDF, nous avons réduit depuis dix-huit mois notre exposition aux stratégies crédit les plus directionnelles. Cependant, nous sommes convaincus qu'un gérant compétent en Long/Short crédit peut avoir des performances satisfaisantes à moyen terme. C'est une affaire de diversification et de maîtrise des risques.
THADDÉE TYL : Rivoli n'est pas exposé au marché du crédit. Nous nous sommes toujours refusés à mener une stratégie sur ces produits. Nous estimons que les risques réels sont particulièrement difficiles à évaluer. De plus, la liquidité quotidienne que nous offrons nous impose de traiter des marchés et des produits financiers totalement liquides.
PATRICE COURTY : Tous les cinq ans, il y a une crise du crédit. Il y a eu d'autres crises, comme celles des
junk bonds [Ndlr : « obligations pourries »] et des caisses d'épargne américaines au début des années 1990. La faillite du fonds Carlyle Capital Corporation est due à un recours exagéré à l'effet de levier. De plus, les positions détenues n'étaient pas assez liquides. Déjà au moment de la quasi- faillite du fonds LTCM en 1998, les effets pervers d'un recours exagéré à l'effet de levier avaient été mis en avant. Parmi les nombreuses opérations auxquelles il se livrait, ce fonds spéculatif arbitrait des obligations d'Etat à vingt-neuf et trente ans. Cela fonctionnait, mais, quand il y a eu une panique sur le marché, l'irrationnel l'a emporté et le différentiel de rémunération entre les deux échéances a augmenté de manière considérable. Au final, le LTCM a dû déboucler ces positions dans des conditions désastreuses.
LE JOURNAL DES FINANCES. La gestion alternative est souvent critiquée pour son opacité. Qu'avez-vous à répondre à vos détracteurs? DOMINIQUE CEOLIN : Il est normal que nous gardions nos secrets de fabrication car il s'agit d'un métier très concurrentiel. De plus, nous ne voulons pas faire de publicité pour nos fonds de droit irlandais réservés aux investisseurs qualifiés, car l'AMF demande à juste titre une retenue commerciale sur ce type de produit.
THADDÉE TYL : Tout dépend de la volonté de transparence du gérant. Pour notre part, les risques affichés sont bien ceux qui sont pris. Si un investisseur est intéressé par notre gestion, nous sommes en mesure de lui offrir de nombreuses informations sur notre gestion et sur nos fonds.
PATRICE COURTY : Faut-il vous rappeler que des fonds de trésorerie dynamique ont appauvri des entreprises et des particuliers ? Il était difficile de faire la différence entre un fonds de trésorerie dynamique et un fonds classique, d'où une certaine opacité.
DOMINIQUE CEOLIN : D'ailleurs, nous pouvons nous demander ce que signifie gestion de trésorerie dynamique. Pour moi, c'est de la gestion alternative dont les risques sont mal maîtrisés. Le problème, c'est que les gens ne connaissaient pas les risques qu'ils prenaient.
CHRISTOPHE JAUBERT : La gestion de certains fonds de trésorerie reste opaque. Nous nous apercevons en regardant attentivement les prospectus que de nombreux fonds se sont placés sur des créances américaines à très haut risque. Même si parfois cela ne concerne que 5 % de l'ensemble des positions qui sont prises, les risques sont présents.
LE JOURNAL DES FINANCES. La législation française est contraignante pour les fonds spéculatifs. Qu'en pensez-vous ? Quelles sont vos relations avec le régulateur ? THADDÉE TYL : En effet, la législation française est plus contraignante qu'à l'étranger. Mais ce niveau d'exigence élevé en termes de protection des investisseurs est un atout pour les fonds français car l'investisseur prend beaucoup moins de risques qu'en choisissant un fonds domicilié dans des territoires plus exotiques.
DOMINIQUE CEOLIN : Nous avons des échanges constructifs avec le régulateur sur de nombreux sujets liés à la gestion alternative. Néanmoins, je regrette que certaines démarches soient lourdes pour les petites sociétés de gestion.
PATRICE COURTY : Les produits à capital garanti proposés par les grandes banques peuvent s'avérer décevants car ils ne permettent parfois pas de suivre l'inflation. De notre côté, nos fonds alternatifs ont enregistré des performances positives chaque année depuis 2001. Les risques sont maîtrisés.
CHRISTOPHE JAUBERT : Grâce à la multigestion, les investisseurs peuvent accéder à des fonds étrangers dans de bonnes conditions. Nous nous attachons à sélectionner soigneusement les gérants en question. La gestion alternative se fait à l'échelle mondiale et affiche un couple rendement/risque intéressant pour une gestion de patrimoine avec un horizon de moyen terme.
LE JOURNAL DES FINANCES. Qu'avez-vous envie de dire à un lecteur qui envisage de placer de l'argent dans la gestion alternative ? Quel pourcentage de ses avoirs faut-il investir dans des fonds de ce type ? DOMINIQUE CEOLIN : Un fonds de fonds (multigestion) apparaît comme une bonne solution en termes de diversification des risques pour des épargnants « standards ». Le groupe ABC Arbitrage est un groupe pérenne, et nous prenons toutes les dispositions pour éviter un incident. Depuis le début de l'année, nous enregistrons des performances supérieures à celles de la même période de 2007 sur l'ensemble du groupe. L'an dernier, nous avons offert au total 0,43 euro de dividende, pour un cours d'environ 5 euros actuellement [Ndlr : plus de 8 % de rendement net]. Pour autant, nous déconseillons à un épargnant d'investir tous ses avoirs dans la gestion alternative car personne n'est à l'abri d'un problème.
THADDÉE TYL : La gestion alternative est évidemment nécessaire dans un portefeuille correctement diversifié car elle offre une performance régulière et surtout décorrélée des gestions classiques. Que l'on parle de gestion classique ou alternative, l'essentiel est de diversifier au mieux son portefeuille. L'attrait de la gestion alternative apparaît clairement dans des périodes moroses ou de crise, notamment sur le marché actions. D'ailleurs, si vous demandez à un banquier suisse ce qu'il fait de ses fonds, il vous répond qu'il les place pour une large majorité en gestion alternative.
CHRISTOPHE JAUBERT : La gestion alternative doit se faire dans une optique de moyen terme. Par exemple, pour sortir d'un fonds multigestion, il y a un préavis de trente jours. Sur la durée, c'est un très bon moyen de générer une performance régulière et relativement sûre (nos fonds Long/Short gagnent 7,3 % par an depuis dix ans, mais perdent 3,3 % depuis début 2008).
GIULIANO RAJABALLY : Cela demande avant tout une bonne analyse du patrimoine du client et une bonne définition de ses objectifs et contraintes. Le client doit aussi comprendre les risques qu'il prend comme pour tout autre investissement, sachant qu'un investissement en alternatif doit se faire en général sur un horizon de moyen terme. Depuis le début de l'année, les fonds sont stables, mais ils ont permis de gagner environ 6 % net par an ces dernières années.
PATRICE COURTY : Le montant minimal d'investissement est de 10.000 euros seulement pour les particuliers avertis. Depuis 2001, nous arrivons à générer une performance positive. De plus, nous bénéficions de la recherche et du savoir-faire sur les sociétés moyennes (entre 1 et 5 milliards d'euros de capitalisation) de Moneta Asset Management. Le fonds Moneta Long Short a gagné 5,9 % l'an dernier, et nos fonds alternatifs sont positifs depuis le début de l'année.