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Moins de 240 millions de dollars. C'est le prix que va mettre sur la table JP Morgan Chase pour prendre le contrôle de la banque d'affaires Bear Stearns. Soit moins de 2 dollars par action. En clôture de la séance du vendredi 14 mars, le titre Bear Stearns cotait encore 30 dollars. Il avait atteint son plus historique, à 171 dollars, en janvier 2007. A cette époque, la capitalisation boursière approchait 23 milliards d'euros. Elle a donc été divisée par près de 95 en quinze mois. En début de semaine dernière, le président de la banque d'affaires expliquait pourtant, dans un communiqué, que le bilan comme la situation de liquidité de l'établissement étaient solides, contrairement aux rumeurs de marché courant depuis plusieurs jours. Ce communiqué ne semble d'ailleurs pas mensonger puisque la banque disposait de 17 milliards de dollars de liquidités à cette date. La situation s'est pourtant détériorée dans des proportions dramatiques en moins de quarante-huit heures. En cause, des retraits massifs de fonds de la part de certains clients. Les hedge funds Renaissance Technologies et S3 Partners auraient, par exemple, retiré 55 milliards de dollars confiés à la banque ces dernières semaines.
La Fed finance le rachat de Bear Stearns par JP Morgan Dans l'impossibilité de faire face à ces retraits massifs, les dirigeants de Bear Stearns ont dû recourir à une aide extérieure. Le secours vient de la Réserve fédérale (Fed) elle-même. Mais par un biais détourné. Dans un premier temps, JP Morgan Chase a mis à disposition de la Bear une ligne de crédit à 28 jours financée directement par la Fed. La situation devenant intenable, JP Morgan passe alors à la vitesse supérieure en mettant en place un rachat pur et simple de Bear Stearns durant le week-end dernier. En titres. Et pour moins de 240 millions de dollars. L'opération est sans risque pour l'acquéreur puisqu'il bénéficie d'un prêt de la Fed d'un montant de 30 milliards de dollars. Objectif : ne pas liquider les actifs douteux de la cible en quelques jours, et risquer ainsi de faire replonger les marchés. JP Morgan précise ainsi son intention de gérer dans une optique de moyen terme les actifs acquis. Cette opération a d'ailleurs été jugée particulièrement attrayante par les investisseurs puisque le titre de l'acquéreur a bondi de plus de 11 % lors de la séance du 17 mars, alors que les Bourses mondiales en général, et les valeurs bancaires en particulier plongeaient. Au total, l'opération est toutefois plus coûteuse. En tenant compte des frais engagés pour la fusion, des provisions destinées à couvrir les risques juridiques et de l'assainissement du bilan de la banque acquise, la facture globale devrait être d'environ 6,3 milliards d'euros. Un surcoût qui n'enlève pas tout intérêt à l'opération. Au point que le premier actionnaire de Bear Stearns, le Britannique Joseph Lewis, qui détient près de 10 % du capital et fait face à une moins-value de 1 milliard de dollars, serait à la recherche d'une solution alternative.
Lehman Brothers publie un premier trimestre rassurant Ce sauvetage express a quand même inquiété les investisseurs, qui n'ont pas compris comment la valeur d'une banque pouvait être 16 fois inférieure à sa capitalisation boursière. Quel est l'état réel des banques, surtout celles ne possédant pas de réseau ? Les titres des grandes bancaires d'affaires ont fortement décroché lors de la séance de lundi 17 mars. Le plus vulnérable semblant être Lehman Brothers, comme le montre la chute de l'action de près de 20 % sur cette seule séance. Dès le lendemain, la banque publiait toutefois ses résultats pour le premier trimestre, clos le 28 février. Ils ont cette fois rassuré les investisseurs : le bénéfice recule, certes, de 57 % par rapport à la même période de l'exercice précédent, mais il s'établit tout de même à 489 millions de dollars. Et les liquidités dépassent les 30 milliards de dollars, ce qui devrait lui permettre de résister à des retraits massifs s'ils se présentaient. Conséquence : une remontée du titre en flèche, avec un gain de près de 40 % en séance. De son côté, Goldman Sachs, la plus importante des banques d'affaires, faisait également état d'une publication rassurante, avec un bénéfice net largement en retrait mais toujours positif de plus de 1,5 milliard de dollars. Surtout, ce résultat est supérieur de près de 25 % aux attentes des analystes. Des publications qui prouvent que toutes les banques d'affaires ne sont pas en passe de mettre la clé sous la porte.