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L'analyse graphique permet d'envisager un rebond des actions

15/03/2008 00:00 - JDF

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Nous avons réuni les meilleurs analystes techniques de la place afin de mieux comprendre l'évolution des marchés et de connaître leurs scénarios pour les mois à venir. Nous les avons également interrogés sur leurs méthodes d'analyse et sur les indicateurs à retenir dans les conditions actuelles du marché. LE JOURNAL DES FINANCES. Dans quelle configuration est le marché ? ROBERT HADDAD : Après un formidable rally de + 150 % qui a duré quatre ans, le CAC 40 a fortement corrigé à la mi-janvier et a cassé la ligne de cou à 5.240, validant ainsi la tête-épaules (5.772/6.168/5.882), configuration de retournement très baissière, construite entre février 2007 et octobre 2008. Théoriquement, la tête-épaules a un objectif minimal à 4.312 points. Néanmoins, à court terme, il y a de fortes probabilités pour que l'indice reparte à la hausse afin de combler le gap de janvier et attaque ensuite la ligne des 5.240, devenue résistance majeure. Par ailleurs, l'indice a enfoncé en début d'année les 4.730 points, ce qui correspond à ce qui correspond à un retracement Fibonacci de 38,2 % de toute la hausse de 2003 à 2007. Ce signal est très négatif en soi et, tant qu'il restera au-dessous, le risque de correction vers 4.300 points - et plus bas - sera très élevé. GÉRARD SAGNIER : J'utilise beaucoup les seuils de retracement définis par Fibonacci, qui définissent des supports et des résistances très importants pour le marché. Il est évident que le retracement de 50 % est un indicateur très solide, qui correspond au comportement habituel des opérateurs, qui ont tendance à prendre des bénéfices sur la moitié d'un mouvement de hausse. Or un retracement de 50 % de la hausse intervenue entre le plus bas de 2003 et le plus haut de 2007 pourrait nous conduire à 4.400 points sur l'indice CAC 40. Ce qui m'incite à maintenir mon opinion négative, c'est que nous avons cassé une ligne de soutien importante, située à 4.650 points, correspondant au creux atteint en avril 2006. Cela dit, nous ne sommes plus très loin d'un point bas à partir duquel nous devrions fortement rebondir. On peut donc commencer à revenir sur les actions autour des niveaux actuels. CYRIL BAUDRILLART : Les marchés nous disent qu'ils n'ignorent pas toutes ces figures techniques et les objectifs définis par la méthode de Fibonacci. Il faut en effet savoir que d'indice Euro Stoxx 50 a exactement retracé à la baisse 38,2 % de la hausse intervenue entre 2003 et les plus hauts de 2007. Même chose pour l'indice américain Standard & Poor's 500. Aujourd'hui, nous assistons à une très forte accélération haussière sur les matières premières et les obligations d'Etat, avec, à l'opposé, une accélération de la baisse des actions. Ces mouvements sont excessifs et me font penser que nous ne sommes sans doute pas très loin d'une phase de capitulation qui permet d'espérer un très vif rebond d'ampleur significative autour des niveaux actuels. LE JOURNAL DES FINANCES. Quel est le potentiel de rebond du marché à court terme ? OURY MIMRAN : Nous commençons à approcher d'une zone support assez solide, située entre 4.400 points et un point bas de 4.280 points, qui pourrait constituer la base d'une reprise, avec pour premier objectif 5.080 points, correspondant au comblement du gap laissé en janvier. Une poursuite de la hausse au-dessus de ces niveaux permettrait une reprise du trend haussier long terme. Il faut donc suivre de près un support très important situé entre 11.300 et 11.500 points sur l'indice Dow Jones. A moins de 12.000 points aujourd'hui, nous ne sommes pas très loin de ce point à partir duquel les actions européennes pourraient prendre appui pour repartir à la hausse. DAVID PELLECUER : Pour l'heure, nous conservons un objectif de baisse sur l'indice CAC 40 qui se situe dans une zone comprise entre 4.500 et 4.300 points. Cela signifie que nous sommes plus près de la fin du grand mouvement de baisse intervenu l'an dernier. Le marché pourrait encore souffrir de quelques ventes paniques, mais les points bas ne sont sans doute plus très loin. Au-dessous de la zone de 5.200/5.300, la tendance reste malgré tout très fragile, car nous avons assisté en septembre 2007 à un croisement de la moyenne mobile des 150 séances avec celle des 50 séances. Cela prendra sans doute encore quelques mois avant de se retourner et d'enclencher un rétablissement durable. ANDRÉ MALPEL : Les graphiques sont l'expression du comportement des intervenants. Leur analyse a pour but de comprendre comment va évoluer le marché. Il serait dangereux de vouloir opérer à partir d'un point précis. Il faut intervenir en fonction de ce que fera le marché au passage des supports et des résistances définis par l'étude des graphiques. S'agissant de l'évolution du marché, je vais me référer aux vagues d'Elliott, qui traduisent bien le comportement des opérateurs. De 2003 à 2007, nous avons connu une hausse, constituée de cinq vagues, qui nous a portés jusqu'à 6.168 points. Aujourd'hui, nous sommes dans une phase de correction très importante. Sur le court terme, nous terminons une première vague « A » qui pourrait nous mener vers 4.000 points. Celle-ci pourrait être suivie d'un rebond jusqu'à 5.200 points. Au-delà, sur le long terme, j'envisage une nouvelle vague de baisse qui pourrait faire descendre l'indice CAC 40 jusqu'à 3.500 points. LE JOURNAL DES FINANCES. Quelles sont vos méthodes d'analyse ? Quels indicateurs privilégiez-vous ? DAVID PELLECUER : Lorsque vous faites de l'analyse technique, votre principal ennemi, c'est vous-même. Il importe d'appliquer des règles simples et surtout d'éviter toute subjectivité. Cela signifie qu'il ne faut pas mêler des éléments d'analyse fondamentale à vos outils techniques. Toute l'information se retrouve par définition dans les cours, donc dans le graphique. Pour les interpréter, il faut se référer à des indicateurs compréhensibles de tous. Les notions de retracement de 50 % d'un mouvement après une période de hausse constituent par exemple un bon outil pour tenter de repérer un retournement de tendance. L'observation des moyennes mobiles, notamment le croisement de la moyenne des 50 Bourses avec celle, plus longue, des 150 séances, est à la portée de tous. Les doubles sommets et les gros supports long terme sont aussi très parlants et parfaitement accessibles. GÉRARD SAGNIER : Je cherche, de mon côté, à repérer des situations de retournement et des divergences entre l'évolution des cours et des indicateurs techniques, comme les oscillateurs, qui permettent de se faire une idée de la puissance d'un mouvement boursier. L'évolution des cours constitue une information importante, mais il est encore plus précieux de savoir si ce mouvement est puissant ou s'il s'essouffle, un peu à la manière d'une balle qui rebondit et dont la course s'infléchit progressivement avant de retomber. L'étude des courbes sous forme de chandeliers japonais est également parlante. Un débutant peut très bien s'orienter en maîtrisant quatre ou cinq figures de base. LE JOURNAL DES FINANCES. L'expérience montre pourtant qu'il n'est pas facile d'intervenir en Bourse sans faire référence aux fondamentaux de l'économie et des entreprises... ROBERT HADDAD : L'analyste technique a toujours une avance franche sur l'analyste fondamental. Comme les prix intègrent quasi immédiatement toutes les nouvelles connues, l'analyse technique permet d'agir rapidement, avant qu'il ne soit trop tard. Dans certains marchés, tel le Forex, les analyses fondamentales, qui peuvent servir à l'élaboration de stratégies de long terme, n'ont que des effets marginaux et temporaires sur le trader qui fait du « scalp » journalier et dont l'horizon de placement est de quelques minutes. Comme c'est le marché le plus liquide et le plus spéculatif de la planète - avec 3.200 milliards de dollars par jour -, l'analyse technique, qui aime les marchés liquides, y trouve son expression la plus aboutie. CYRIL BAUDRILLART : L'analyse technique n'est pas forcément en opposition avec la recherche fondamentale. Mes clients sont généralement des gérants de fonds qui sont des fondamentalistes et qui ont besoin d'assistance pour les aider à prendre les bonnes décisions. Il n'y a pas contradiction, mais complémentarité. Nous leur fournissons des informations sur les points d'intervention, les ordres stop, les supports, les résistances et les objectifs. L'analyse technique a souvent plus d'importance dans une optique de court terme, car la psychologie des marchés y joue un rôle souvent déterminant en l'absence de nouvelle fondamentale. Il faut savoir qu'il n'y a pas de méthode miracle opérationnelle en toute occasion. Dans des marchés de tendance, il faut privilégier les indicateurs de type moyennes mobiles. Dans les marchés de range évoluant à l'intérieur de bornes étroites, il faut savoir être « contrariant », c'est-à-dire faire acheter ou vendre dès que les limites sont atteintes, en s'aidant d'indicateurs contrariants de type RSI. Il faut également tenir compte de la volatilité du marché dans ces analyses, ce que certains indicateurs tels que les bornes de Bollinger permettent de faire. OURY MIMRAN : Dans le couple analyse technique et recherche fondamentale, chacun doit trouver sa place. L'analyse technique me paraît très bien adaptée à des opérations de trading qui consistent à jouer des tendances à court terme. Elle permet à la fois de déterminer les points d'intervention sur le marché et d'optimiser la gestion du risque. L'objectif est d'anticiper les retournements du marché avant que cela ne se traduise sur les fondamentaux. Lorsqu'on se situe dans une optique de long terme, il est parfaitement normal de travailler en relation avec l'analyse des fondamentaux. Ce qui est sûr, c'est que pour être opérationnelle, une idée fondamentale doit toujours être validée par le marché. Si ce n'est pas le cas, vous vous mettez en danger. ANDRÉ MALPEL : Les opérations d'achat et de vente ont un impact direct sur le marché. L'analyse fondamentale et des éléments économiques n'a qu'une influence indirecte dans la mesure où elle conditionne le comportement des opérateurs. Mais, de toute manière, toute l'information est toujours dans les cours. La base de notre travail se résume donc à observer leur évolution et à interpréter les mouvements. LE JOURNAL DES FINANCES. Quel est votre sentiment à l'égard du dollar et du pétrole ? ANDRÉ MALPEL : S'agissant du dollar, nous sommes face à une puissante vague de baisse vis-à-vis de l'euro face à laquelle il vaut mieux ne pas s'opposer. Un des principes fondamentaux de l'analyse technique est qu'il ne faut jamais se mettre en travers d'une tendance établie. Celle-ci pourrait nous porter jusqu'à 1,59, puis 1,70 face à l'euro, sans exclure un retour à 1,52 dans l'intervalle. Le pétrole peut de son côté aller jusqu'à 116,50 dollars (plutôt que mon objectif initial d'il y a un an à 120), avant de revenir ensuite sur 86. ROBERT HADDAD : La consolidation euro/dollar durant trois longs mois entre 1,50 et 1,43 s'est finalement terminée - fin février -par l'explosion du niveau très symbolique de 1,50et a ainsi ouvert la voie vers le prochain objectif de 1,57, difficile à conquérir. Il devrait revenir par la suite tester de nouveau le support de 1,50, que nous surveillerons de très près. Mon scénario préféré pour les prochains mois est la consolidation entre 1,57 et 1,50. Pour les passionnés des vagues d'Elliott, le décompte depuis 2000 montre que la cinquième vague actuelle qui continue de se développer pourrait porter l'euro vers 1,675 à l'horizon de décembre 2008. DAVID PELLECUER : Sur le dollar, nous avons un objectif court terme à 1,57 face à l'euro. Nous n'en sommes pas très loin. A moyen terme, nous envisageons une forte probabilité de retour vers la zone de 1,48 à 1,50. Même chose pour le pétrole, qui à 108 dollars n'est pas loin d'un sommet que nous évaluons autour de 112-115. Mais à un horizon plus lointain, un retour vers 85 dollars paraît tout à fait envisageable. OURY MIMRAN : Le pétrole et l'ensemble des matières premières me semblent avoir effectué une grande partie de leur mouvement à court terme, et les premiers signes d'essoufflement ne devraient pas tarder à apparaître. Mais les replis ne devraient pas entraîner de retour sous les 88 dollars. Cependant, à long terme, la tendance reste haussière, ce qui pourrait nous amener à terme vers les 150 dollars. Le prix du baril étant corrélé au dollar, la zone de 1,57 devrait favoriser des prises de bénéfices. CYRIL BAUDRILLART : Nous sommes probablement à l'aube d'un retournement de tendance significatif sur l'ensemble des classes d'actifs, car l'or, le pétrole et les matières premières sont surachetés, de même que l'euro/dollar. Il faut donc s'attendre à une correction, même si les indicateurs montrent que la tendance de long terme reste haussière.
TABLE RONDE ANIMÉE PAR ROLAND LASKINE