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Un futur qui menace et un autre qui protège

15/03/2008 00:00 - JDF

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Les nouvelles grandes manoeuvres concertées des banques centrales occidentales (troisièmes du genre depuis août 2007) soulignent une fois encore à quel point la crise financière n'en finit pas d'être toujours bien présente. Et ne semble pas vouloir se résorber dans un futur proche, entretenant la défiance des banques les unes vis-à-vis des autres. Les lecteurs de cette chronique n'en seront guère surpris, s'ils se souviennent des lignes par lesquelles, il y a quelques mois, nous tentions de tempérer l'optimisme (certes mesuré) des banques américaines concernant l'impact de la crise des subprimes, à l'occasion de la présentation de leurs résultats du troisième trimestre 2007. Nuages noirs Que l'on nous pardonne cet insolent rappel en forme de « On vous l'avait bien dit ! », dont nous ne saurions bien sûr tirer aucune gloire - nous n'avions fait à l'époque que recueillir l'avis de quelques experts fixant au premier trimestre 2008 le pic des défauts de paiement des emprunteurs américains, ce dont il n'y avait plus qu'à tirer des conséquences fort logiques. Il s'agit surtout de marteler une nouvelle fois à quel point les temps risquent de s'avérer difficiles pour encore quelques mois, comme en témoignent les tout récents déboires de la banque Bear Stearns. D'autant que d'autres acteurs que les particuliers américains pourraient bien à leur tour faire des trous dans les bilans des banques qui leur ont prêté de l'argent - ce qui ne devrait pas les inciter plus qu'aujourd'hui à s'accorder mutuellement leur confiance -, comme semble l'annoncer la faillite programmée de l'un des fonds du puissant groupe de capital-investissement Carlyle. Et plus généralement, ce sont toutes les sociétés dont le modèle économique repose sur l'abondance du crédit (c'était le cas de la banque Northern Rock, nationalisée par la couronne britannique pour éviter son naufrage) qui sont aujourd'hui menacées lorsque se tarit le robinet à liquidités, ainsi devenues denrées rares. Face aux nuages noirs qui s'amoncellent, il se trouve pourtant de plus en plus d'investisseurs à miser sur le futur pour se protéger du présent. C'est là tout le sens et la cause des nouveaux records atteints par l'or noir, devenu un investissement financier à part entière et un véritable instrument de couverture. Car la hausse du pétrole n'a rien d'une flambée spéculative. Il s'agit plutôt de ce que les Anglo-Saxons appellent, dans leur jargon imagé, un flight to quality, à traduire plus ou moins littéralement par « fuite vers la qualité », et qui consiste à investir dans des actifs tangibles et pérennes pour se protéger des aléas de la conjoncture à court terme. De fait, quand bien même le brut pourrait subir quelques dégagements liés au sortir de l'hiver et à une baisse probable de la demande que pourrait engendrer une récession américaine (voire un ralentissement économique mondial), on peut être assuré d'une chose : de par sa raréfaction inéluctable, l'or noir ne peut que voir son prix s'apprécier toujours davantage. Peu d'actifs offrent aujourd'hui une telle sécurité. Enfin presque... parce qu'en réalité, c'est la plupart des matières premières qui se trouvent aujourd'hui dans la situation du pétrole et servent d'instruments de couverture à des investisseurs en mal de confiance dans les temps présents. Comment expliquer autrement, par exemple, la hausse continue des minerais face à des perspectives conjoncturelles peu reluisantes ? Ce phénomène est particulièrement frappant en ce qui concerne le cuivre, un indicateur avancé traditionnel de la tendance économique. Le métal rouge est en effet un matériau essentiel pour des pans entiers de l'industrie, et son évolution traduit généralement les anticipations des entreprises. Appétit vorace Or, malgré les craintes actuelles pour la santé de l'économie mondiale, le prix du cuivre ne cesse pareillement de battre des records, ce que ne suffit pas à expliquer la faiblesse de l'offre. Là encore, nombre d'investisseurs misent sur l'avenir. D'abord, à court terme, sur le fait qu'une croissance de la demande intérieure chinoise pourrait bientôt prendre le relais des importations américaines, et donc entretenir son appétit vorace pour les matières premières, mais surtout, à plus large échelle, sur un mouvement a priori inexorable et toujours plus consommateur de ressources : le développement économique en marche des pays dits émergents. Ces nouvelles formes de couverture contre les conjonctures déprimées ont-elles détourné les investisseurs des protections traditionnelles ? L'affirmer serait un bien grand pas à franchir. Mais force est de constater qu'en France le secteur des télécoms, malgré sa faible sensibilité à la baisse du dollar et aux perspectives économiques mondiales, n'a guère joué son rôle habituel d'amortisseur de la baisse des indices, hormis Neuf Cegetel, dont la valeur boursière est fixée depuis des mois par le projet de rachat par sa maison mère, SFR. Ainsi, l'action France Télécom a bien du mal à faire mieux que le CAC 40 (il n'y a guère que sur un an que le titre bat significativement l'indice). Il est vrai que dans un contexte de raréfaction des liquidités et d'extrêmes tensions sur le marché du crédit, les sociétés très endettées, comme l'est encore l'opérateur historique français, n'offrent pas un profil très rassurant. Et c'est sans doute également la raison pour laquelle Iliad, malgré des résultats une nouvelle fois époustouflants, reste boursièrement plombé. Les investisseurs estiment visiblement que le numéro trois français des télécoms a bien trop de fers au feu pour ses capacités financières, ce qui pourrait l'amener à lever des fonds en Bourse ou à s'endetter. Qu'on en juge : développement d'un réseau de fibre optique, acquisition d'une licence de téléphonie mobile de quatrième génération (et construction du réseau qui va avec), et peut-être aussi rachat du fournisseur d'accès Internet Alice, prochainement mis en vente par Telecom Italia. Lequel se trouve désormais dans une situation qu'a bien failli connaître France Télécom il y a peu : attaqué de toutes parts sur son marché intérieur par la concurrence, et forcé de vendre ses relais de croissance à l'international pour assurer l'ordinaire. Jeter un oeil par-dessus les Alpes pour contempler le futur auquel on a échappé, voilà qui peut rassurer par les temps qui courent.