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Dans un marché amené à rester volatil, nos experts prônent le stockpicking

01/03/2008 00:00 - JDF

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participant à la table ronde du Journal des Finances le 20 mars 2007 à Paris au siège bd Haussmann -

 
Lors de la dernière table ronde qui a réuni nos quatre experts spécialisés dans la Bourse de Paris et des valeurs françaises, leur constat était simple puisque tous les quatre recommandaient « la prudence sur les actions pour les mois à venir ». A ce moment-là, l'indice CAC 40 tutoyait encore les 5.500 points. Trois mois plus tard, il se situe à un niveau inférieur de 10 % à ce qu'il était alors. C'est dire si le moment est bien choisi pour refaire avec eux, de nouveau, un tour d'horizon du marché parisien, justement quand celui-ci est animé par les publications de résultats des sociétés. LE JOURNAL DES FINANCES. Pensez-vous aujourd'hui que la Bourse de Paris a atteint son point bas ou bien que les marchés mondiaux peuvent connaître une nouvelle vague baissière ? VICTOIRE DE TROGOFF : Pour ma part, il y a quatre risques majeurs que je regarde actuellement de manière très attentive et que je voudrais relativiser. Le premier concerne le marché du crédit, car il se détériore très vite depuis quelques semaines. C'est un phénomène auquel on a déjà assisté au début de l'été 2007, et qui a constitué l'un des signes annonciateurs de la correction boursière du mois d'août. Actuellement, si l'on se fie au marché obligataire, on constate que le taux de défaut de paiement estimé par les investisseurs serait de l'ordre de 40 % alors que dans les périodes les plus noires il n'a jamais dépassé 35 %. Les marchés du crédit anticipent donc un ralentissement extrêmement violent, non encore « pricé » par les marchés actions, ou bien alors sont survendus, ce qui est mon hypothèse. Le deuxième risque, et il est crucial, c'est celui du rationnement du crédit. Ce n'est un mystère pour personne que les prêts effectués par les banques dans leur ensemble sont bien supérieurs aux dépôts. Cela signifie que les emprunteurs vont avoir de plus en plus de difficultés à obtenir des prêts puisque le marché de l'argent sur lequel les banques vont tirer les liquidités nécessaires est actuellement quasi fermé. C'est une question de temps, et la situation durera tant que les banques ne déprécieront pas l'intégralité des pertes subies. A ce jour, elles ont déprécié 120 milliards de dollars de pertes, alors que celles-ci sont estimées par les spécialistes à plusieurs centaines de milliards. Le troisième risque tient à la santé des rehausseurs de crédits. Personne n'a intérêt à ce qu'ils fassent défaut. Donc, logiquement, on devrait voir se mettre en place un système qui fera des banques les principaux soutiens de ces institutions. C'est nécessaire car, sinon, les montants de pertes supportées par les banques seraient encore supérieurs. Enfin, le quatrième risque est le niveau de l'inflation. Pour ma part, je ne crois pas que l'inflation réellement constatée sur les biens et les services va se répercuter à une augmentation des salaires : ce que l'on appelle classiquement une inflation de second tour. Et c'est là un élément très important qui me conduit à penser que sur le plan boursier nous avons vécu les moments les plus difficiles, notamment au mois de janvier. Si bien que nous sommes aujourd'hui dans une phase pleine d'opportunités. MARC FIORENTINO : Jusqu'à présent on a assisté à une large évaporation des liquidités. Ce qui s'est passé sur les marchés financiers au sens large est équivalent à ce qui se passerait si, du jour au lendemain, on supprimait tout effet de levier. Cette raréfaction des liquidités est telle que je ne vois pas aujourd'hui comment on pourrait revenir à la normale. D'autant que le système bancaire ne fonctionne toujours pas, ou au mieux il est convalescent. A la différence de Victoire, je pense qu'il y a bel et bien de l'inflation. On l'a nié trop longtemps. Mais elle est là. Aujourd'hui elle se traduit en termes de pouvoir d'achat dans l'opinion. Mais demain ou dans quelques mois, elle devrait entraîner une certaine érosion des profits. GÉRARD AUGUSTIN-NORMAND : Ce que je constate actuellement avec les publications de résultats des sociétés cotées, c'est que les dirigeants de sociétés sont dans l'ensemble plutôt optimistes, même s'ils savent rester prudents sur le déroulement de l'exercice en cours. C'est vrai, ils anticipent de l'inflation, avec à la clé des tensions salariales. Et c'est ce qui justifie les niveaux de valorisation assez faibles que l'on constate actuellement. Par ailleurs, il me semble qu'il existe sur le marché une prime à la liquidité qui s'observe par la désaffection dont souffrent les valeurs moyennes. PATRICK LEGUIL : Je crois effectivement qu'il est réaliste de s'interroger sur les effets de second tour de l'inflation. Celle-ci a commencéen Allemagne, qui avait auparavant fait preuve d'une rigueur salariale sans précédent. Mais c'est un fait que l'inflation revient en force. A tel point que même nos textiles importés de Chine ont vu leur prix atteindre leur plus haut niveau depuis dix ans. Concernant le marché boursier, et en dépit de ces craintes inflationnistes, je crois que l'on a défini un point bas en cotant une récession. Le recul des résultats des sociétés a été largement pris en compte. De même que les problèmes de liquidités. D'un autre côté, les bilans des groupes cotés sont dans une situation remarquable. Ce qui leur permet de saisir toutes les opportunités disponibles. MARC FIORENTINO : Pour ma part, je crois que nous sommes dans un bear market, c'est-à-dire un marché baissier, depuis environ un an. Dans tous les bear markets, on peut assister à des rebonds puissants de 15 à 20 % avant de repartir à la baisse. On a touché un point bas. A partir de là, le CAC 40 devrait remonter assez vite vers 5.200 points pour rechuter ensuite. Il faut en effet bien avoir à l'esprit qu'on est désormais dans un nouveau monde, marqué par de l'inflation et pas de liquidités. VICTOIRE DE TROGOFF : Je ne sais pas dire si le point bas du marché parisien a été touché. Tout ce qui me semble clair, c'est qu'à l'heure actuelle il y a beaucoup d'opportunités sur le marché. LE JOURNAL DES FINANCES. Avez-vous constaté les uns et les autres des retraits de liquidités importants au cours du trimestre écoulé ? VICTOIRE DE TROGOFF : S'agissant de Fidelity, nous avons vu arriver de nouvelles souscriptions de la part d'épargnants qui s'inscrivent dans une optique à long terme. MARC FIORENTINO : J'ai constaté principalement des retraits en ce qui concerne les produits monétaires dynamiques, et en particulier les « monétaires dynamiques », sans doute dans le sillage des incidents qui ont défrayé la chronique au cours de l'été dernier. PATRICK LEGUIL : Il y a eu, c'est certain, beaucoup d'arbitrages, mais sans aucun affolement. Beaucoup de particuliers ont notamment délaissé les OPCVM investis dans les valeurs moyennes. GÉRARD AUGUSTIN-NORMAND : Tout le monde a pu observer une décollecte significative. Mais ce mouvement est aujourd'hui stabilisé. LE JOURNAL DES FINANCES. Comment voyez-vous évoluer la Bourse de Paris et les valeurs françaises d'ici au début de l'été ? MARC FIORENTINO : Je crois réellement que nous sommes dans une période de rebond qui va porter l'indice CAC 40 autour de 5.200 points avant une rechute, probablement d'ici à l'été. PATRICK LEGUIL : Je suis un peu plus prudent car je crois qu'à court terme le marché n'est pas sorti de la nasse. Un rebond est probable, mais quand et pour combien de temps ? Avant ou après la publication des résultats des groupes américains pour le premier trimestre? En tout cas, ces comptes-là seront déterminants, particulièrement pour le secteur bancaire qui n'a pas fini de régler la note de ses excès passés. Il faudra que ces comptes soient bien passés à la paille de fer pour que le rebond puisse intervenir ensuite. VICTOIRE DE TROGOFF : Pour ma part, je crois que la publication des résultats aura beaucoup moins d'impact que les éléments macro-économiques. Si l'on apprend au cours des semaines qui viennent que, la baisse des taux aidant, le niveau de défaillance des subprimes est inférieur à ce qui est actuellement « pricé » dans les indices, alors, il y aura un rebond du marché. GÉRARD AUGUSTIN-NORMAND : A l'heure actuelle le marché est mûr pour un rebond. Mais les investisseurs sont le nez à la fenêtre. Et le marché risque de rester longtemps encore à la merci d'inquiétudes liées aux banques et au marché du crédit. LE JOURNAL DES FINANCES. Pensez-vous que les niveaux de valorisation atteints par certaines valeurs vont entraîner des mouvements spéculatifs, voire des batailles boursières ? GÉRARD AUGUSTIN-NORMAND : Malheureusement il ne faut pas rêver. Je pense qu'il y a une telle aversion au risque que les sociétés vont rester prudentes quelque temps encore, de même que leurs banquiers. Et il faudra peut-être attendre davantage pour assister à des mouvements spéculatifs, mais on ne peut exclure des opérations à ce niveau attrayant. VICTOIRE DE TROGOFF : J'ai l'impression qu'on se retrouve un petit peu comme en 2003, avec un marché prêt à rebondir, mais avec des sociétés encore très prudentes. Pour mémoire, il avait fallu attendre quelques années après le point bas pour voir se dérouler de grands mouvements de fusions- acquisitions. MARC FIORENTINO : Il y a tout de même une différence importante avec 2003, c'est que rarement les sociétés se sont retrouvées à des niveaux de valorisation aussi faibles, mais les profits des entreprises vont significativement baisser. PATRICK LEGUIL : Aux Etats-Unis, on assiste tout de même à une opération de grande envergure comme l'offre de Microsoft sur Yahoo!. De même, sur les groupes de matières premières, il y a des mouvements spectaculaires. Il est clair que les groupes ont des situations bilantielles saines, des liquidités, et que les proies ne sont pas chères. Mais pour l'instant ils préfèrent racheter leurs propres titres que lancer des OPA, soit une curieuse utilisation de capitaux aujourd'hui devenus plus rares et plus chers. LE JOURNAL DES FINANCES. Quels sont les secteurs, les valeurs et les stratégies boursières que vous recommandez pour les trois mois à venir ? VICTOIRE DE TROGOFF : Mon premier conseil, c'est de rester investis en actions. Car lorsque l'on achète, actuellement, on sait qu'on n'achète pas cher. Dans ces conditions, il y a trois valeurs qui me viennent à l'esprit : LVMH qui est à son PER relatif le plus bas, Iliad qui est très décoté, et puis Eurotunnel à travers les différents titres hybrides. PATRICK LEGUIL : Je suis d'accord avec Victoire, ce n'est sûrement pas le moment de se sauver. En revanche, on peut s'intéresser à une valeur défensive comme Roche, dans la pharmacie, LVMH ou Dior, qui est très décoté, et Vivendi. MARC FIORENTINO : Dans le marché tel qu'il se présente, je crois qu'il ne faut pas hésiter à acheter une valeur pour la revendre dès qu'elle affiche un gain de 10 à 15 %. En outre, j'observe qu'actuellement les valeurs les plus défensives sont les valeurs Internet. Bien sûr, elles ne sont pas ni importantes ni très liquides. Mais elles présentent un beau potentiel. C'est le cas de LeGuide.com, d'Adverline, et de Netbooster. Et à ces trois valeurs, j'ajouterai nécessairement la Société Générale, qui ne pourra pas échapper à une opération. GÉRARD AUGUSTIN-NORMAND : Je suis moi aussi très attiré par Dior, surtout après sa baisse récente. La décote du titre est très excessive. Je recommande aussi Guyenne & Gascogne, qui se trouve dans une situation atypique, et enfin la Société Générale, qui, de prédateur, est devenue proie.
TABLE RONDE ANIMÉE PAR YVES DE KERDREL