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« Plus belle la vie », le titre de la série qui cartonne sur France 3, tournée dans les studios de la Belle-de-Mai, un des pôles de compétitivité les plus attractifs de la métropole, reflète-t-il l'état d'esprit des Marseillais aujourd'hui ? Sans doute l'expression est-elle trop réductrice. Une chose est sûre cependant : l'image de Marseille a bel et bien changé. Longtemps perçue comme un haut lieu de la pègre, la ville a également pâti du déclin de son port de commerce à la fin des années 1970 et de la fermeture progressive de nombreux sites industriels. Chômage record, insécurité, centre-ville en voie de paupérisation, la grande métropole du Sud aborde les années 1990 avec de nombreux handicaps, alors que ses voisines Barcelone et Gênes entrent de plain-pied dans la modernité. Et pourtant, la citée phocéenne ne manque pas d'atouts. Dès ses origines, au VIe siècle avant J-C, Marseille affirme sa vocation de port de commerce tourné vers la Grèce et l'Asie mineure, tandis que l'arrière-pays regorge de terres agricoles fertiles. L'histoire économique de la région est étroitement liée à son dynamisme commercial, qui atteint son point culminant à l'époque des colonies. Marseille sera la première ville de France à se doter d'une chambre de commerce, en... 1599. Il ne reste plus grand-chose aujourd'hui des grandes industries qui ont fait la réputation de la ville, le savon, les céramiques, les huiles, etc. Mais le port autonome, qui s'étend sur plusieurs dizaines de kilomètres, reste le premier port de France et de Méditerranée. Euroméditerranée, fer de lance du renouveau économique ? Il faudra attendre les années 1990 pour que l'Etat et les pouvoirs publics locaux prennent la pleine mesure de la situation désastreuse dans laquelle se trouve la ville, dont le nombre d'habitants ne cesse de décliner (10.000 Marseillais par an quittent la cité durant cette décennie), tandis que le taux de chômage explose la barre des 20 %. Une opération d'intérêt national, baptisée Euroméditerrannée, est mise en place en 1995. L'objectif est d'entreprendre une vaste rénovation de la ville dans le but de « faire de Marseille une métropole de premier plan au sein de la zone de prospérité partagée décidée par l'Union européenne et douze pays méditerranéens dans le cadre du processus de Barcelone ». Telle est la mission que s'est fixée Euroméditerranée. Concrètement, l'établissement public prévoyait de rénover une bonne partie du centre-ville, environ 315 hectares compris entre le port autonome, le Vieux-Port et la gare Saint-Charles, et de doter la ville des infrastructures nécessaires dans le domaine de la culture (avec la création d'un Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée) et de la formation. Parallèlement, Euroméditerranée a l'ambition d'attirer en son centre de nombreuses sociétés. Entre 1995 et 2006, trois protocoles financiers sont signés entre l'Etat et les collectivités, pour une dotation globale de 531 millions d'euros. Au total, d'ici à 2012, il est prévu que l'opération d'intérêt national « génère sur la ville plus de 3 milliards d'euros d'investissements privés en plus des fonds publics investis ». Le bilan, douze ans après son lancement, est plutôt positif. Euroméditerranée, c'est aujourd'hui 600.000 m2 de bureaux, 6.000 logements réhabilités ainsi que la création et l'aménagement de 20 hectares d'espaces publics. Sans compter les 6.800 emplois nets créés entre 1996 et 2006. « La baisse du chômage sur Euroméditerranée/centre-ville est plus rapide que sur tout Marseille », indique-t-on chez Euroméditerranée. Sans doute, mais certains n'hésitent pas à souligner que la dynamique économique est difficile à évaluer en termes d'emplois. Le taux de chômage à Marseille, pourtant réduit de 23 % en 1999 à 12 % environ en 2006, reste plus élevé que la moyenne nationale et, surtout, a baissé moins vite que dans le reste de la région Paca. Euroméditerranée n'a pas non plus convaincu sur son potentiel à attirer les sièges régionaux de grands groupes français ou internationaux. Mais il faut donner du temps au temps. Les pouvoirs publics en sont convaincus, et, en décembre 2007, un décret a autorisé l'extension de 170 hectares, en grande partie des friches industrielles, du périmètre d'Euroméditerranée. Le tourisme, un axe fort de développement Mais tous les projets de développement de la métropole ne s'arrêtent pas au centre-ville marseillais. Du côté de Luminy a émergé un pôle santé (Orphem) pour attirer les sociétés biotechnologiques et pouvoir enfin traduire le potentiel de recherche de Marseille en termes économiques. A Château-Gombert, ce sont toutes les activités liées à l'optique qui sont mises à l'honneur. « Sur le territoire métropolitain se sont développées des industries de pointe, notamment dans l'arrière-pays. Cette aire représente près de 50 % du poids économique de la région Paca », indique Jacques Pfister, président de la CCI de Marseille. Du côté d'Aubagne et de La Ciotat s'implantent des sociétés à fort contenu technologique. « Il reste encore beaucoup de travail à faire pour que Marseille- Provence ait une vraie dimension métropolitaine et puisse entrer dans le top 20 des métropoles européennes », précise Jacques Pfister. Sans doute à cause d'un manque de cohésion entre la volonté d'accélérer le développement économique de la métropole et la mise en place de politiques de transport (notamment pour désengorger certains axes routiers), de logement et de formation adaptées. Reste le tourisme, qui devrait constituer un des principaux axes de développement économique. Depuis la mise en circulation en 2001 du TGV, qui a mis la cité phocéenne à trois heures de la capitale, le nombre de passagers a doublé, pour atteindre 15 millions en 2007. Les Français et les touristes étrangers ont redécouvert les plages et les calanques de Marseille ainsi que son important patrimoine culturel. Ce qui s'est traduit par de nombreux investissements en infrastructures hôtelières. Parallèlement, le nombre de croisiéristes a explosé (+ 14 % en 2007), un argument de poids pour appuyer le projet de l'établissement public Euroméditerranée, « Les Terrasses du port ». Environ 300 millions d'euros devraient être investis pour transformer une partie des docks en lieux d'accueil (bars, restaurants, etc.) pour les touristes et les plaisanciers. Le premier port de commerce de France va-t-il pour autant se transformer en grand port de plaisance ? Non, car si, au port autonome de Marseille, on se félicite du nombre croissant de croisiéristes, on souligne surtout que pour la première fois de son histoire le million de conteneurs a été atteint, ce qui constitue « une étape symbolique avant le saut des 2 millions attendus en 2010, avec la mise en service des deux futurs terminaux à conteneurs Fox 2XL ». S'il y a un projet sur lequel tout le monde s'accorde, c'est la candidature de Marseille au titre de capitale européenne de la culture en 2013. Une victoire permettrait de donner un sérieux coup d'accélérateur aux grands projets d'infrastructures et au développement du tourisme local. Marseille, porte de l'Europe du Sud Quel sera le rôle de Marseille dans le projet d'Union de la Méditerranée appelé de ses voeux par le président de la République ? Il est sans doute trop tôt pour le dire tant le projet suscite des interrogations en Europe. Mais Marseille et la région Paca ont, depuis quelques années déjà, repris l'offensive dans le Bassin méditerranéen à travers des accords de jumelage et de coopération décentralisée comme ceux conclus avec la région de Tanger-Tétouan, la Wilaya d'Alger, le gouvernorat d'Alexandrie ou la ville d'Haïfa. Si, dans un premier temps, les accords ont porté sur la coopération en matière de formation et d'échanges culturels, les relations économiques devraient s'intensifier.