Les mousquetaires de l'évasion

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Parquet en chêne clair, statuettes africaines ou bouddhas éparpillés sur 1.800 mètres carrés... A peine a-t-on franchi la porte de la vaste Cité des voyageurs, fief du groupe situé au coeur du IIe arrondissement de Paris, que l'atmosphère du lieu invite à la découverte et au dépaysement. Bienvenue chez Voyageurs du Monde ! Leader français du voyage individuel sur mesure, ce tour-opérateur a dégagé l'an dernier un chiffre d'affaires supérieur à 200 millions d'euros, contre à peine 30 millions lors de son rachat, en 1996, par une bande de trois copains inséparables : Jean-François Rial, Alain Capestan et Lionel Habasque.
Passionné et enthousiaste peut-on lire à propos du premier en guise de préambule dans le rapport annuel du groupe. Ténacité de bâtisseur et persévérance qualifient le deuxième. Enfin, le dernier est vanté pour son sens de la mesure. Mais plus que sur la réunion de qualités indispensables à la bonne marche d'une entreprise, ce trio s'est construit sur une solide amitié, née il y a plus de vingt-cinq ans à la sortie d'études supérieures en statistique et actuariat. Excepté un goût commun pour l'aventure et les voyages, rien ne prédestinait au départ les trois jeunes gens aux métiers du tourisme. C'est donc dans la finance que ces « forts en maths » feront leurs premières armes, avant d'occuper ensemble, quelques années plus tard, des fonctions dirigeantes au sein de la société d'information financière Fininfo. Mais, moins flambeurs que la plupart de leurs collègues de l'époque, les trois compères rêvent d'horizons plus larges. Et surtout, ils veulent être leurs propres patrons. En 1992, Jean-François Rial et Alain Capestan font le grand saut. Grâce aux stock-options levées chez Fininfo, ils investissent chacun 10 millions de francs pour racheter un petit voyagiste qu'ils redressent et rebaptisent Comptoir des Déserts. « A l'époque, nous passions pour fous », se remémore Jean-François Rial, dont le salaire est divisé par quatre du jour au lendemain.
En 1996, Voyageurs du Monde, enseigne fondée dix-sept ans plus tôt, est reprise par la petite bande. Pour relancer la marque alors en perte de vitesse, l'idée est de se démarquer en proposant des voyages itinérants, minutieusement préparés sur la base de longs entretiens avec le client. A la clé, des séjours facturés 2.000 euros en moyenne, plus du double par rapport au panier de la profession. « Comparé à la prestation, nos prix restent compétitifs », se défend Jean-François Rial. Et d'ailleurs, les clients, dont le nombre grossit au fil des ans, plébiscitent la formule. De quoi entretenir les ambitions les plus folles. « Mon rêve serait d'ouvrir une agence à New York », s'enthousiasme Alain Capestan. Pour l'heure, le voyagiste édifie patiemment son réseau, lequel comptera 23 agences à la fin de 2008.
Un partage du pouvoir équitable
Le secret de cettesuccess story ? Sans nul doute une affection mutuelle et un lien de confiance inébranlable. La devise des trois mousquetaires du roman d'Alexandre Dumas : « Un pour tous et tous pour un!» leur sied à merveille. Le tout dans une bonne humeur permanente car ces éternels adolescents disent s'amuser en travaillant. Mais derrière l'image d'Epinal, un esprit de commando anime ce trio où les rôles sont parfaitement distribués. A Jean-François Rial, la communication et les habits de P-DG. A Alain Caspestan, les finances, les agences et les hébergements de charme, une activité d'hôtellerie lancée en 2000 avec l'ouverture de Riadsau Maroc. Enfin, Lionel Habasque gère Terre d'Aventures, leader sur ce créneau, et Nomade Aventure, sa version low cost. Tous trois revendiquent un partage du pouvoir équitable. « Ne pas être seul pour les choix les plus graves, cela n'a pas de prix », clament-ils en choeur ! De même, pas de pacte d'actionnaires entre eux mais la même volonté farouche de garder le contrôle de leur société « pour rester libres » : un besoin vital, surtout chez Jean-François Rial, de loin le plus rétif à toute forme d'autorité.
Enfin, pour resserrer les liens, ils organisent, une fois l'an, une virée à l'autre bout du monde sans femme ni enfants. Un périple toujours placé sous le signe du développement durable et du respect des cultures locales. Car ces professionnels du tourisme prônent une conception très éthique de leur métier. Par exemple, face au réchauffement climatique et aux inégalités de richesse dans le monde, ils militent, à leur niveau, pour l'instauration d'une taxe de solidarité sur les billets d'avion et financent des opérations de microcrédits. Et d'avouer, non sans une certaine fierté : « L'an dernier, nous avons investi 200.000 euros dans ce type d'opération. »
