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Quand les cours chutent, les OPA ressurgissent !

09/02/2008 00:00 - JDF

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« Le temps des boursiers n'est pas celui des entreprises », affirme le dicton. Entre la vision à court terme des investisseurs et celle à long terme des entrepreneurs, un fossé existe. Fort de ce constat, il apparaît légitime qu'au regard des niveaux de valorisation actuels et en dépit du faible moral des investisseurs, certaines entreprises commencent à lorgner leurs concurrents. Car si la Bourse broie du noir, la marche des affaires continue. C'est ce que Microsoft vient de rappeler aux investisseurs en dévoilant son projet d'offre publique d'achat (OPA) sur le moteur de recherche Internet Yahoo! pour un montant de 44,6 milliards de dollars.

Logique industrielle contre raisonnement financier

Cette offre nous livre trois enseignements. Le premier est évident : des opportunités d'achats se dessinent si l'on veut bien raisonner en logique industrielle et non plus en logique purement boursière. Microsoft profite de la chute des cours pour proposer à tous les actionnaires de Yahoo! le rachat de leurs actions à un prix supérieur de 62 % au dernier cours de Bourse. De 34 dollars à fin octobre, l'action Yahoo! est tombée à moins de 20 dollars avant l'annonce de l'offre. A ce niveau de cours, la valorisation du moteur de recherche faisait un retour en arrière de quatre ans ! Une aubaine pour Microsoft.

Toutes les sociétés cotées dont le capital n'est pas majoritairement contrôlé par un groupe d'« actionnaires amis » sont susceptibles de faire l'objet d'une offre d'achat. Dès lors que plus de 50 % du capital ou des droits de vote sont aux mains du public, ce qui est le cas de Yahoo!, l'OPA est possible. A mesure que le cours d'une valeur plonge, la probabilité d'une OPA augmente.

Des sociétés disposent de cash abondant

Le deuxième enseignement de ce raid surprise est que les grandes sociétés qui disposent de cash ou d'un levier d'endettement, en raison de leur bonne santé financière, n'hésiteront pas à passer à l'offensive si les synergies industrielles sont au rendez-vous. Les conditions de crédits ont beau être plus tendues depuis six mois, de nombreuses entreprises disposent d'une marge de manoeuvre financière. Et elles peuvent mettre le prix pour s'offrir une cible ! Steve Ballmer et son conseil d'administration n'ont pas hésité à proposer 31 dollars par action pour emporter l'adhésion des actionnaires de Yahoo! au projet. C'est le troisième enseignement de cette affaire. Si une vague d'OPA se matérialise dans la seconde partie de l'année 2008, les actionnaires audacieux qui osent acheter aujourd'hui les sociétés potentiellement « opéables » vont bénéficier de primes très attrayantes.

Payer le juste prix

Pourquoi ? Parce que les raiders, les initiateurs de l'offre, n'auront d'autre choix que de payer le juste prix s'ils veulent emporter la bataille rapidement. Une OPA peut toujours être contrée. Une contre-OPA peut se matérialiser. Si Microsoft ne cache pas son impatience et propose aujourd'hui une prime juteuse aux actionnaires de Yahoo!, c'est pour dissuader tout protagoniste de lancer une contre-offre. S'il veut échapper à la firme de Redmond, Yahoo! peut s'enquérir d'un « chevalier banc », une société qui serait prête à voler à son secours en surenchérissant sur le prix proposé par Steve Ballmer. Perçu en sauveur, le chevalier blanc reçoit généralement l'aval du conseil d'administration de la société agressée, lequel invite ensuite les actionnaires à répondre positivement au contre-projet.

De nombreuses cibles à la Bourse de Paris

Microsoft a décidé de faire une offre à 100 % en cash. En période de déprime boursière, ce type de proposition a en effet plus de chances de séduire les investisseurs en quête de liquidités qu'une offre en titres (il s'agit alors d'une offre publique d'échange ou OPE). Le raider propose aux actionnaires de la proie d'échanger leurs actions contre les siennes.

L'offre aurait pu aussi être mixte. Le paiement est alors proposé en partie en titres et l'autre en cash... C'est l'un des scénarios évoqués en cas d'opération de la BNP Paribas sur Société Générale. Après Yahoo!, quelle sera la prochaine cible ? En Europe, Société Générale, bien sûr, Schneider, Valeo, Vallourec, Saint-Gobain, Ubisoft... sont autant de valeurs susceptibles de faire l'objet d'une offre. D'autant qu'entre les fonds souverains, les industriels chinois et indiens ou les grands groupes occidentaux soucieux d'augmenter leur part de marché, les prétendants sont légion.

YANNICK ROUDAUT