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« L'affaire Kerviel »  pointe les défaillances de la banque

09/02/2008 00:00 - JDF

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Entre les enquêtes officielles, les officieuses, les rapports gouvernementaux et les déclarations de l'intéressé, « l'affaire Kerviel » commence à sortir des brumes des premiers jours. Les défaillances des systèmes de contrôle, aggravées par la proximité entretenue par le trader avec ses anciens collègues des back et middle office, semblent responsables de la colossale perte de 4,9 milliards d'euros.

Après la stupeur et l'incompréhension, enfin les premières explications. Mis en examen pour « faux et usage de faux, abus de confiance et introduction dans un système de traitement automatisé de données informatiques », Jérôme Kerviel a été entendu par les juges d'instruction du TGI de Paris, Françoise Desset et Renaud Van Ruymbeke. Sa déposition, divulguée dans les médias, donne du fil à retordre à sa hiérarchie. Il assure que ses responsables « ne pouvaient qu'être au courant » de ses agissements et qu'ils ont fermé les yeux tant que ses positions restaient gagnantes. Selon le jeune opérateur, dépasser ses limites de trading pour accroître ses gains serait une pratique courante dans les salles de marché de la Société Générale. Il aurait d'ailleurs obtenu la promesse d'un bonus de 300.000 euros pour 2007, soit six fois plus que celui reçu en 2006. Dans un entretien accordé à l'agence AFP le mardi 5 février, Jérôme Kerviel déclare « assumer sa responsabilité », mais refuse d'être le « bouc émissaire de la banque ». Il s'estime « désigné par la Société Générale », alors qu'il ne voulait que « faire gagner de l'argent à la banque » et n'avait « jamais eu d'ambition personnelle dans cette affaire ».

Le ministère de l'Economie s'est penché sur la question des responsabilités des différents acteurs. Dans un rapport remis lundi 4 février au Premier ministre, Bercy pointe huit failles importantes dans les systèmes de contrôle de la banque. Selon cette étude, « certains mécanismes de contrôle interne de la Société Générale n'ont pas fonctionné et ceux qui ont fonctionné n'ontpas toujours été suivis des modifications appropriées ». La commission bancaire, tout comme les commissions des Finances de l'Assemblée nationale et du Sénat ont également auditionné les principaux protagonistes.

Ils n'ont pas encore rendu leurs conclusions. Du côté des gendarmes boursiers, l'Autorité des marchés financiers (AMF), ainsi que son équivalent américain la Securities and Exchange Commission (SEC), ont entamé leurs propres enquêtes.

Mais pour l'instant, c'est du Herald Tribune que sont venues les informations les plus détaillées sur les causes du scandale. Le quotidien international a eu accès aux e-mails échangés entre Eurex, le marché à terme où le trader prenait des positions, et les responsables du contrôle de la SG. Le 7 novembre, la Bourse européenne signale à un responsable des contrôles de la SG que le trader Jérôme Kerviel a engagé depuis sept mois plusieurs transactions d'un montant inhabituel. Quinze jours plus tard, un autre expert des risques de la banque lui répond que ces montants s'expliquent par la volatilité des marchés. Alors qu'Eurex réclame plus d'explications, le risk manager s'appuie sur des documents falsifiés par Kerviel pour justifier l'ampleur des transactions... Quand il réentend parler du trader un mois plus tard, la banque a été allégée de 4,9 milliards d'euros.

Anne de Guigné