« Ce n'est pas le métier d'Orange de fabriquer des contenus multimédias »

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France Télécom a publié cette semaine des résultats annuels supérieurs à ses objectifs. Comment expliquez-vous cette performance ?
Effectivement, nous avons atteint notre objectif de stabilisation du taux de marge brute opérationnelle*, qui a même légèrement progressé, à 36,1 %. De plus, le groupe a généré un cash-flow opérationnel de 7,8 milliards d'euros, au-delà de notre prévision de 7,5 milliards.
Le dernier trimestre de l'année a été particulièrement actif. Pour la première fois, presque tous nos métiers sont en croissance au même moment. En France, nous avons notamment profité des effets de l'iPhone. Ce produit, vendu jusqu'à présent à environ 90.000 exemplaires, a apporté de la notoriété et de la fréquentation aux boutiques. Parallèlement, les efforts pour améliorer notre situation sur le marché britannique ont porté leurs fruits. Enfin, la qualité de nos prestations destinées aux entreprises a permis une stabilisation de cette activité.
2008 sera la dernière année du plan NExT. Que reste-t-il à accomplir ?
Nous avons déjà réalisé une grande partie du plan. Nous avons notamment réussi à réduire notre endettement avec un an d'avance, en ramenant la dette nette à moins de deux fois la marge brute opérationnelle (Ndlr : 1,99 fois à fin 2007). Néanmoins, un certain nombre de transformations restent à achever, dans la restructuration des systèmes d'information ou la poursuite de la réduction des coûts, par exemple.
Le marché attend plus d'annonces au niveau de l'accélération de la croissance. Allez-vous en donner après la fin du plan NExT ?
France Télécom évolue étape par étape. Auparavant, le groupe était un agrégat de divisions juxtaposées. Nous avons avancé vers plus d'efficacité, mais nous n'avons pas encore fait toutes les économies possibles. En 2008, nous finirons l'intégration totale du fonctionnement du groupe. Cette année est essentielle pour asseoir notre activité sur une base saine. Dans le même temps, il y a une mobilisation sur de nouveaux services, qui produiront leurs effets à l'horizon 2010. L'objectif est d'offrir de plus en plus de nouveaux services dans les domaines de la santé, des contenus multimédias ou de la publicité sur Internet. En 2010, nous réaliserons environ 15 % de notre chiffre d'affaires sur ces segments.
Orange vient d'obtenir des droits de diffusion du football : pourquoi avoir postulé ?
Notre position concernant les contenus n'a pas évolué. La valeur de notre réseau augmente lorsque nous proposons des programmes attrayants. Pour autant, ce n'est pas le métier d'Orange de fabriquer des contenus. C'est pourquoi nous négocions des droits de diffusion, que ce soit dans la vidéo ou les jeux.
Concernant le football, notre stratégie a toujours été de proposer à nos clients les meilleurs programmes possibles sur tous les écrans : TV, mobile, PC. Et le prix final de 203 millions d'euros est en ligne avec les revenus que le groupe entend en tirer, soit directement, soit en termes de fidélisation et d'acquisition de clients.
France Télécom est également en discussion avec des opérateurs de satellite. L'objectif est-il de créer un bouquet satellite ?
Non, le satellite est une solution technique complémentaire de l'ADSL. Notre objectif est d'élargir notre base de clients « triple play » (téléphone, télévision, Internet). Pour des raisons techniques, la télévision sur ADSL ne peut couvrir l'ensemble du territoire : elle ne fonctionne pleinement que dans les centre-villes. Par le satellite, nous souhaitons la rendre accessible au plus grand nombre.
En France, la situation évolue avec l'union de SFR et Neuf Cegetel et l'arrivée possible d'un nouvel acteur dans la téléphonie mobile. Sont-ce des menaces pour France Télécom ?
Le rapprochement entre SFR et Neuf Cegetel consacre la pertinence de la stratégie de convergence développée par France Télécom depuis 2005. Cette opération crée un concurrent de même géométrie que nous. Et c'est dans ces situations-là que nous nous exprimons le mieux.
De plus, l'arrivée d'un nouvel entrant dans la téléphonie mobile ne nous fait pas peur et nous nous adapterons. Il n'y a aucun pays où un quatrième opérateur mobile ait réussi à atteindre la rentabilité, surtout lorsqu'il arrive longtemps après les autres. Il serait plus judicieux de mieux développer le réseau mobile le long des grands axes, plutôt que de créer une quatrième licence inutile.
Vous mettez aussi l'accent sur le développement dans les pays émergents. Quelle croissance est attendue dans ces régions ?
La croissance dans les pays émergents a été de 15 % en 2007. L'Egypte et la Roumanie sont particulièrement dynamiques. De plus, nous bénéficions de l'ouverture de licences dans de nouveaux Etats. En 2007, nous nous sommes implantés dans sept pays, principalement en Afrique. Et pour 2008, le Vietnam et l'Algérie font partie de nos objectifs. Les pays émergents sont l'un de nos axes de développement, le deuxième étant les nouveaux services.
Parmi les nouveaux services figurent les applications du mobile dans le milieu de la santé. Quel est le potentiel dans cette activité ?
Il s'agit d'un métier en cours de développement. Le business model n'est pas totalement structuré, et nous réalisons des expériences. Mais, à la différence du segment des contenus multimédias, l'usager n'est pas le payeur. C'est un modèle triangulaire : d'Orange, aux hôpitaux et professionnels de la santé, aux patients. Cela va de la prévention au suivi des maladies chroniques, du maintien à domicile aux systèmes d'information des hôpitaux, jusqu'à une téléopération entre un chirurgien à New York et un malade à Paris. Le potentiel du marché total est évalué à 5 ou 6 milliards d'euros.
En Bourse, le titre offre l'un des rendements les plus élevés du CAC 40. Cette politique va-t-elle se poursuivre ?
Avec un dividende proposé de 1,30 euro pour 2007, France Télécom est l'un des opérateurs qui offrent le plus important rendement aux actionnaires. Pour 2008, nous avons les moyens de poursuivre cette politique tout en préservant notre capacité d'investissement. Nous avons pris des engagements en ce sens.
Le titre France Télécom est une valeur défensive, ce qui n'est pas déshonorant. Mais nous évoluons progressivement vers un mélange entre ce caractère défensif et une composante offensive.
* La marge brute opérationnelle équivaut à l'excédent brut d'exploitation.
