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Comment investir sur les valeurs Alternext en 2008 

02/02/2008 00:00 - JDF

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Nous avons convié cinq spécialistes des valeurs moyennes à débattre sur l'évolution d'Alternext en 2008, ses enjeux et ses risques. Un éclairage indispensable pour bien investir après la chute des cours de ces dernières semaines.

LE JOURNAL DES FINANCES. Comment jugez-vous le bilan 2007 d'Alternext ?

MURIEL FAURE : Le bilan est contrasté. Les performances boursières ont été décevantes. L'indice Alternext Allshare a perdu plus de 4 % en 2007, portant à 15 % son repli depuis le 29 décembre 2006. Cela étant dit, il y a tout de même eu un grand nombre d'introductions en Bourse, dont plus de la moitié par appel public à l'épargne (APE). Internet est resté le secteur phare par son dynamisme et la performance boursière de ses valeurs, à l'inverse du secteur informatique.

CYRIL TEMIN : Le bilan est aussi positif en termes d'opérations secondaires. Plusieurs sociétés introduites en 2005 ou 2006 ont de nouveau fait appel au marché à travers des augmentations de capital, des émissions de bons de souscription d'achat et d'obligations convertibles.

Il y a également eu une procédure de garantie de cours avec un changement de contrôle et un LBO. Ce qui montre clairement la maturité de ce marché et son début de succès après deux années et demie de fonctionnement.

DAMIEN RAHIER : Je salue pour ma part l'éclaircissement effectué par l'AMF sur la possibilité pour les particuliers déclarés avertis au sens de la directive MIF d'investir sur des valeurs introduites par placement privé, ce qui devrait améliorer encore la liquidité d'Alternext. Reste désormais à attendre la sortie du décret qui permettra aux sociétés de racheter leurs propres actions, dans les mêmes conditions que pour les sociétés cotées sur le marché réglementé Euronext.

EMMANUEL DAMPOUX : Alternext a effectivement continué d'évoluer dans le bon sens : outre une meilleure liquidité, la taille des opérations en termes de fonds levés a augmenté, les sociétés ont vu leur chiffre d'affaires sensiblement progresser et la plupart d'entre elles ont réalisé les objectifs fixés lors de leur introduction en Bourse, notamment en termes de croissance externe. On peut seulement regretter que sur une centaine d'introductions initialement prévue, seule une quarantaine ait été réalisée. La crise financière de l'été dernier a bru- talement mis un coup de frein à l'activité. L'année 2008 devrait révéler les plus solides affaires de ce compartiment.

LE JOURNAL DES FINANCES. Justement, comment évoluera Alternext en 2008 ?

ROBERT DE VOGÜÉ : Il faut clairement s'attendre à un nombre beaucoup moins important d'introductions en Bourse en général, et sur Alternext en particulier, en raison d'une problématique de valorisation telle que nous en avons déjà connu pendant la crise 2002-2004. Peu de sociétés seront prêtes à s'introduire en Bourse en sacrifiant leur valorisation, seule et pourtant unique manière de réussir dans un marché baissier.

CYRIL TEMIN : Alternext devrait néanmoins rester une alternative de financement intéressante. Il faut s'attendre notamment à la poursuite d'opérations secondaires avec la réalisation de nouvelles levées de capitaux ou d'opérations plus structurelles comme l'attribution gratuite de BSA. Enfin, les sociétés innovantes pourraient tirer leur épingle du jeu. Elles devraient bénéficier de la forte capacité d'investissement des FCPI.

Ces fonds, qui leur sont spécialement dédiés, restent les seuls investisseurs à disposer d'une vraie marge de manoeuvre puisqu'elles ont collecté près d'un milliard d'euros l'an passé.

DAMIEN RAHIER : J'attire de mon côté l'attention sur le fait que certaines affaires pourraient cette année ne pas tenir leurs objectifs de croissance. Comparé aux autres compartiments, Alternext devrait être statistiquement plus touché boursièrement par ces mauvaises nouvelles, compte tenu de la maturité relativement jeune des sociétés qui y sont cotées.

MURIEL FAURE : Même s'il pourrait y avoir effectivement des déceptions au niveau des résultats, les valorisations actuelles des sociétés sont désormais très attrayantes, ce qui devrait être propice à des regroupement, notamment dans les services informatiques et les métiers de l'Internet.

On peut ainsi espérer que des valeurs plus importantes en termes de capitalisation et donc plus liquides émergeront. Par ailleurs, il est fort probable que les rares introductions qui se réaliseront et susciteront de l'intérêt concerneront des secteurs très porteurs, comme l'énergie et l'environnement.

LE JOURNAL DES FINANCES. Que vous suggère le récent décrochage des cours sur Alternext ?

ROBERT DE VOGÜÉ : Il existe un vrai problème structurel de notre industrie de la gestion d'OPCVM. Certaines gestions ont collecté des capitaux considérables, entre autres auprès de CGPI (conseillers en gestion de patrimoine indépendant), sur la thématique des sociétés petites et moyennes, de qualité mais peu liquides. Ces collectes abondantes ont d'abord eu pour effet de faire surperformer ce gisement de valeurs par rapport aux larges capitalisations. Mais la crise des subprimes a provoqué des mouvements de rachats sur ces OPCVM spécialisés, et donc des ventes sur leur portefeuille de valeurs petites et moyennes, que le marché n'a pu absorber qu'au prix de décotes de cours, entraînant à leur tour une pression des ventes encore plus forte, jusqu'au cataclysme de ces derniers jours. Pour éviter un tel dysfonctionnement, il est nécessaire de recréer le principe d'un « ratio poubelle » limitant à par exemple 50 % la part des portefeuilles d'OPCVM qui serait accessible aux sociétés cotées sur Eurolist C, Alternext et le Marché Libre. En revanche, pour ceux investissant principalement sur ces valeurs selon les règles actuelles, un préavis de 2 à 4 semaines serait demandé, à la souscription comme au rachat, afin de donner au gestionnaire le temps de trouver la liquidité dont il a besoin.

CYRIL TEMIN : Je ne suis pas vraiment d'accord. Tout renforcement de la réglementation viendrait selon moi à l'encontre du développement d'Alternext et de l'amélioration de son fonctionnement. Ce sont en vérité l'attitude des CGPI et leur réaction hâtive qui posent problème. Il conviendrait qu'ils prennent des décisions plus appropriées à leur horizon d'investissement de long terme.

MURIEL FAURE : Le problème posé autrement, je dirais qu'il y a un vrai décalage entre les fonds dédiés aux valeurs moyennes à cotation quotidienne, et donc à liquidité immédiate, et les actifs sous-jacents peu liquides, lesquels le sont d'autant moins en période crise. Quelle que soit la solution envisagée, il me paraît nécessaire que les investisseurs paient l'immédiateté de cette liquidité jusqu'à présent « gratuite » afin de ne pas laisser le gestionnaire en supporter tout seul les risques inhérents.

LE JOURNAL DES FINANCES. Investir sur des valeurs introduites par placement privé est-il risqué ?

CYRIL TEMIN : Il n'y a pas de risque particulier, outre ceux relatifs aux valeurs moyennes. Le processus d'introduction est très similaire à celui suivi par les entreprises faisant appel public à l'épargne. Les documents d'information que nous éditons en tant que listing sponsor sont aussi complets et rigoureux que ceux visés par l'AMF. La seule différence réside dans la liquidité plus faible de ces valeurs. C'est pourquoi je serais favorable à un assouplissement de la réglementation leur permettant d'être cotées en continu, ce qui est pour le moment interdit.

DAMIEN RAHIER : Le seul vrai risque pour un particulier est d'avoir plus difficilement accès aux informations de ces entreprises une fois leur introduction passée. Il faut bien avoir conscience qu'elles n'ont pas d'obligation de communiquer en dehors de leurs résultats semestriels et annuels.

CYRIL TEMIN : A noter que certains brokers prennent aujourd'hui des précautions techniques en bloquant systématiquement tous les ordres passés sur de telles valeurs...

EMMANUEL DAMPOUX : Une solution serait la mise en place d'un système d'identification permettant aux investisseurs de distinguer instantanément dans la cote les valeurs introduites par placement privé de celles ayant eu recours à l'APE. Une proposition d'un tout autre ordre serait de diminuer de 5 à 3 millions d'euros le minimum de son capital qu'une société doit obligatoirement ouvrir dans les deux ans précédant son introduction. Cela permettrait d'élargir l'accès de ces sociétés à un plus grand nombre d'investisseurs non institutionnels mais qualifiés, je pense notamment à certains CGPI.

LE JOURNAL DES FINANCES. Alternext s'ouvre aux valeurs étrangères. Doit-on être plus vigilant sur ces dossiers ?

MURIEL FAURE : J'avoue être toujours suspicieuse pour les sociétés américaines. Si ces dernières sont si belles, pourquoi ne trouveraient-elles pas alors des investisseurs sur leur propre marché, qui est le plus grand au monde ?

CYRIL TEMIN : Mais le rôle d'Alternext est surtout d'accueillir des entreprises issues de pays européens limitrophes, dont les Bourses ne sont pas encore structurées pour les valeurs moyennes. Je pense à l'Espagne, à l'Italie ou la Belgique.

On peut investir d'autant plus sereinement sur ces sociétés que l'intermédiaire financier a pris en amont toutes les précautions nécessaires quant à la sincérité des comptes, la clarté de l'information, la cohérence des prévisions...

DAMIEN RAHIER : On peut effectivement être relativement confiant en ce qui concerne l'introduction de sociétés européennes qui, par leur culture de management, leur modèle de développement ou encore leurs normes comptables, peuvent être appréhendées de la même manière que les sociétés françaises. Je suis en revanche très réservé sur des sociétés d'autres continents.

EMMANUEL DAMPOUX : Il faut savoir que les places européennes sont engagées dans une course à l'international. Et à ce titre, Alternext se doit d'attirer de nouvelles sociétés et des investisseurs étrangers.

Tout son enjeu sera de rester vigilant quant à la qualité des opérations pour éviter de tomber dans les travers de son concurrent britannique, l'AIM, qui n'hésite pas à séduire des sociétés de pays exotiques grâce à des procédures d'admission et de contrôle plus souples. L'exercice sera d'autant moins simple qu'un regain de nationalisme vient freiner l'obtention de passeports européens pour introduire des sociétés en France.

LE JOURNAL DES FINANCES. Quel est votre conseil actuel pour investir sur Alternext ?

DAMIEN RAHIER : Il faut garder à l'esprit de ne jamais investir à 100 % dans des titres peu liquides au risque de s'exposer comme actuellement à des évolutions erratiques des cours.

Il est donc raisonnable de ne pas investir plus de 10 à 25 % de son portefeuille sur Alternext. Je privilégierais en particuliers les sociétés disposant d'un label Anvar, qui devraient bénéficier d'une meilleure tenue de leur cours de Bourse en raison du dynamisme des FCPI évoqué précédemment.

ROBERT DE VOGÜÉ : En toute honnêteté, je suis incapable aujourd'hui de donner une recommandation à part celle de ne plus vendre et de ne pas se précipiter pour acheter. Il y aura certainement des opportunités d'achat, mais le niveau de volatilité est tel qu'il est vraiment difficile aujourd'hui de savoir quand le jeu de massacre sur les marchés se terminera.

EMMANUEL DAMPOUX : Mieux vaut revenir à des critères d'investissement basiques. On optera pour des valeurs ayant une bonne visibilité, des revenus récurrents ou un carnet de commandes élevé, un profil rentable, un bilan sain et un potentiel d'appréciation de leur titre au moins égal à 30 %.

CYRIL TEMIN : Il faut aussi analyser l'historique de la société, juger la communication des dirigeants tant en période euphorique qu'en période de crise, la façon dont ils ont tenu ou pas leurs engagements...

Enfin, il faut s'attacher à investir dans des sociétés dont on comprend le métier. Le tout en s'informant régulièrement de leur actualité et en suivant plus attentivement que jamais l'évolution des cours de Bourse.

MURIEL FAURE : Le marché devrait effectivement rester très volatil. Si bien que même si les fondamentaux des sociétés sont très bons et leurs valorisations attrayantes, l'investisseur doit se placer dans une optique de long terme avec l'idée de mobiliser ses liquidités pour au moins trois ans.

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